Un homme de haute naissance va demander au suzerain du pays qu'il habite la royauté sur ses concitoyens. Avant d'entreprendre ce voyage qui doit être long, - car le suzerain habite une contrée éloignée, - cet homme, préoccupé de l'administration future de l'Etat quand il sera de retour, décide de mettre à l'épreuve les serviteurs qui ont formé jusqu'ici sa maison dans sa position d'homme privé, afin de faire d'eux, quand il reviendra comme roi, ses employés. Pour connaître jusqu'à quel point il peut compter sur leur fidélité et sur leur capacité, il confie à chacun une somme d'argent à faire valoir en son absence. Pendant qu'il se livre à ces préparatifs, ses concitoyens, ses futurs sujets, protestent auprès du suzerain contre son élévation à la royauté. - Par le terme εὐγενής, de haute naissance (v. 12), Jésus fait allusion au titre de fils de David qui lui était généralement donné à ce moment-là (18.39 ; Matth.21.9), et peut-être même à sa dignité de Fils de Dieu. - Μακράν est adverbe, comme 15.13. Le grand éloignement renferme la notion d'une longue absence ; c'est la réponse au παραχρῆμα, incontinent, du v. 21. - Les traits du tableau suivant sont empruntés à la situation politique de la Terre-Sainte à cette époque. Josèphe raconte qu'à la suite de la mort d'Hérode-le-Grand, des faits analogues à celui qui est ici mentionné, eurent lieu plus d'une fois. Ainsi lorsque Archélaüs, après la mort de son père, se rendit à Rome pour obtenir sa succession, ou lorsque Antipas fit une démarche du même genre après la mort de son frère Philippe. Dans le premier cas, les Juifs firent à Rome une contre-démarche pour demander à l'empereur d'être plutôt annexés à l'empire romain. Assurément Jésus n'a pas voulu faire allusion à l'un de ces faits spécialement ; seulement il a emprunté à cette situation générale les couleurs de son tableau. - Le terme de βασιλεία, signifie ici, non royaume, mais royauté. Avant de régner visiblement sur Israël, Jésus doit recevoir dans le ciel la souveraineté de la main de son Père (Matth.28.18). - Les mots : et revenir, se rapportent à la Parousie et à l'établissement du règne extérieur de Christ, qui doit la suivre.
Verset 13. Les dix serviteurs représentent la totalité des croyants dont Jésus met ici-bas l'activité à l'épreuve (comp. les dix vierges, Matth.25.). - Une mine est une somme peu considérable, comme l'indique le terme ἐν ἐλασχίστῳ, peu de chose, du v. 17. La mine gréco-romaine, probablement adoptée alors par les Juifs, valait environ 300 €. Voilà la somme que chaque serviteur doit chercher à faire valoir, en apparence pour augmenter la fortune de son maître, en réalité pour donner la mesure de sa fidélité. Cette mine représente la grâce du salut accordée à tous les croyants avec la mission de se l'approprier et de la répandre, en particulier par le moyen du témoignage évangélique. Avec la leçon ἕως, jusqu'à ce que, du T. R., le verbe ἔρχεσθαι, venir, désigne uniquement le moment du retour. Avec le ἐν ᾧ des alex., que les uns entendent dans le sens de « pendant quoi » (le πραγματεύεσθαι des serviteurs), les autres dans celui de « pendant que, » le ἔρχεσθαι renferme le voyage, et non pas seulement l'arrivée.
Au v. 14 Jésus décrit, en empruntant une image aux circonstances du temps, le refus obstiné des Juifs de reconnaître sa dignité messianique, durant tout le temps qui séparera son départ de son retour.
2o Verset 15 à 27. Le jugement.
Versets 15 à 19. Les bons serviteurs :