La ville de Jéricho (ce nom signifie ville des parfums) devait être à cette saison dans toute sa beauté. C'était, comme on l'a appelée, l'Eden de la Palestine (Edersheim : Un bosquet de palmiers, de rosés et d'arbres à baume). Elle était située à une demi-lieue au nord-ouest du misérable hameau actuel qui porte encore ce nom. - A remarquer la construction hébraïque du v. 35, qui ne se trouve ni dans Matthieu ni dans Marc ; ce serait donc Luc qui l'aurait introduite, s'il n'avait pas sa source propre ! - Le mot ἐγγίζειν, approcher, ne laisse aucun doute sur l'endroit où eut lieu le miracle. C'était avant d'entrer dans la ville. D'après Marc et Matthieu, ce fut en sortant de la ville. De plus, Matthieu parle de deux aveugles et non pas d'un seul. Quant à ce second point, la cécité est un cas si fréquent en Palestine, que la présence d'un second aveugle n'a rien d'improbable. Il faudrait seulement admettre que la guérison du second n'avait rien eu de remarquable, tandis que celle de l'autre aurait été rendue plus frappante par certains traits particuliers conservés dans les récits de Luc et de Marc. Quant à la différence des lieux, Morison pense que la demande des deux aveugles a eu lieu à l'entrée de la ville, mais que Jésus a traversé la ville sans y donner suite et que ce n'est qu'après la sortie qu'il y a répondu ; Luc aurait raconté le fait au point de vue du commencement, Marc et Matthieu au point de vue de la fin de cet épisode. Ou bien on fait remarquer (Beweis des Glaubens, 1870, VI et VII) que d'après Josèphe et Eusèbe, il y avait deux Jérichos, l'ancienne et la nouvelle ville, et que la guérison pouvait avoir eu lieu à la sortie de la première et à l'entrée de la seconde. Keil pense que Luc a placé la guérison du plus remarquable des deux aveugles avant l'arrivée chez Zachée, afin de ne pas interrompre plus tard le récit de son séjour chez ce péager et du départ de sa maison. Bleek, Holtzmann et Weiss pensent aussi que c'est intentionnellement que Luc a déplacé le fait, afin d'avoir à sa disposition la présence de la grande foule de peuple qui jouait un rôle dans son tableau. Mais ce trait n'était pas plus essentiel au tableau de Luc qu'à celui du Marc ; et pourquoi la foule ne se serait-elle pas retrouvée auprès de lui, après la nuit passée chez Zachée ? Si l'on rejette toutes les conciliations indiquées, il faut reconnaître que le récit de Marc mérite de tous points la préférence, soit à cause de son origine probable (la narration de Pierre), soit en raison des minutieux détails qui le distinguent. Ainsi, dès l'abord, il indique le nom de l'aveugle : fils de Timée, et le désigne comme un personnage connu : Bartimée, l'aveugle. Un croit entendre la chronique du lieu. - L'allocution de fils de David caractérise Jésus comme l'héritier du trône israélite ; c'est un hommage messianique non déguisé. Ce trait suffirait pour montrer l'état des esprits à ce moment. La réprimande qu'adressent à l'aveugle les membres du cortège (v. 39), ne porte point sur l'emploi de ce titre. Il leur semble bien plutôt qu'il y a de la présomption, de la part d'un mendiant, à arrêter ainsi au passage un si haut personnage. La leçon du T. R. σιωπήση, qu'il fît silence, est probablement tirée des parallèles. Il faut lire avec les alex. σιγήση, qu'il gardât le silence ; c'est un terme plus rarement employé.
Versets 40 à 42. Le miracle :