Déjà deux fois Jésus avait annoncé à ses disciples ses prochaines souffrances (9.21 et suiv. ; 9.43 et suiv.). Cependant, comme le prouve la demande des deux fils de Zébédée (Matth.20.20 ; Marc.10.35), il n'avait pas été compris, et leurs espérances étaient toujours tournées vers un règne terrestre très prochain. C'est pourquoi Jésus sent le besoin de revenir une troisième fois sur ce sujet. En agissant ainsi, il travaillait en même temps à diminuer le scandale que cet événement leur causerait et même à en faire un appui de leur foi, lorsqu'ils rapprocheraient plus tard la catastrophe des paroles par lesquelles il les y avait préparés. Comp Matth.20.17 et suiv. ; Marc.10.32 et suiv. ; Jean.13.19. Marc introduit cette troisième annonce par un préambule remarquable : Jésus les devance sur le chemin ; ils suivent, étonnés et effrayés. Cette peinture rappelle l'expression : il affermit sa face (Luc.9.51), ainsi que les paroles des disciples et de Thomas (Jean.11.8,16). Quel accord de fond sous ces formes diverses ! - Le terme παραλαβών, ayant pris à lui, indique un moment où Jésus s'isola avec ses apôtres, et durant lequel eurent lieu cet entretien, puis sans doute la demande des fils de Zébédée et les discours qui suivirent dans les deux autres synoptiques. Cette circonstance cadre on ne peut mieux avec le récit que fait Jean de la retraite de Jésus à Ephraïm à cette même époque, immédiatement avant son entrée à Jérusalem (Jean.11.54). - En général, Luc ne cite pas les prophéties ; il le fait ici une fois pour toutes et comme en bloc. Cette parole dans sa bouche montre avec quelle clarté il avait reconnu dans les prophéties de l'A. T. la figure du Messie et en particulier celle du Messie souffrant ; comp. Ps.23. ; Es.53. ; Zach.11 ; 12.10. - Le datif τῷ υἱῷ peut dépendre de γεγραμμένα : « écrites pour le Fils de l'homme, » comme sa feuille de route ; ou de τελεθήσεται : « seront accomplies à l'égard du Fils de l'homme, » en sa personne. La première construction est plus naturelle. La forme du futur passif qu'emploie Luc indique l'abandon passif à la souffrance, plus énergiquement que les futurs actifs de Matthieu et de Marc. Le genre de mort n'est pas indiqué dans Luc et Marc aussi positivement que dans Matthieu (σταυρῶσαι). Néanmoins les détails, dans cette troisième annonce, sont plus précis et plus dramatiques que dans les précédentes ; ce qu'il n'est nullement nécessaire d'expliquer, comme le fait Reuss, par l'influence des faits accomplis sur la forme du récit. Weiss insiste sur le fait que Luc mentionne ici les moqueries et la flagellation (dont il ne parle pas dans le récit de la Passion) pour prouver qu'il copie Marc. Mais dans ce cas pourquoi omettrait-il le παραδιδόναι, l'acte par lequel Jésus sera livré aux grands sacrificateurs et aux scribes, acte qu'il racontera lui-même plus tard aussi bien que Marc ? Et la forme de tout le discours est si différente !
Verset 34. L'effet :