La leçon alex. : ayant tout quitté nous…, fait ressortir mieux que la leçon reçue : nous avons tout quitté et…, cette idée que l'abandon de tout n'a été que la condition de l'acte essentiel de suivre Jésus. - Il y avait eu en effet, dans la vie des disciples, un jour où une alternative toute semblable s'était posée pour eux. Ils l'avaient résolue dans un sens différent. Que devait-il résulter pour eux de cette conduite ? Pierre le demande naïvement au nom de tous. La forme de sa question dans Matthieu : Que nous en arrivera-t-il ? renferme plus positivement que celle de Luc et de Marc l'idée d'une récompense attendue. Dans le récit de Matthieu, le Seigneur commence par entrer dans la pensée de Pierre ; il lui fait, à lui et aux Douze, une promesse spéciale, l'une des plus magnifiques qu'il leur ait adressées. Puis, dans la parabole des ouvriers, il les avertit de ne pas tirer orgueil de cette circonstance, qu'ils ont été les premiers à le suivre. Mais il faut avouer que le revirement de sentiment entre cette promesse et la parabole est extrêmement brusque. Et puisque Luc place cette même promesse dans une tout autre circonstance (22.28-30), à laquelle elle convient parfaitement, il est naturel de supposer que, comme dans tant d'autres cas, Matthieu l'a placée ici par une association d'idées qui se comprend facilement. D'après Luc et Marc, la promesse par laquelle Jésus a répondu à Pierre en ce moment, est de nature à s'appliquer à tous les fidèles ; et il devait en être ainsi, si Jésus ne voulait pas favoriser le sentiment d'élévation propre, qui se trahissait dans la question de son apôtre. Cette forme : Il n'y a personne qui… (Marc et Luc), trahit précisément l'intention de donner à cette promesse la plus large application possible. - Toutes les relations de la vie naturelle trouvent leur analogue dans les liens formés par la communauté de la foi. Il résulte de là pour le croyant une riche compensation à la rupture douloureuse des liens de la chair, rupture que Jésus connaissait fort bien par expérience (8.19-21 ; comp. avec 8.1-3). Tout vrai croyant acquiert, comme lui, dans cette vie supérieure, des frères à aimer, des enfants à élever, des parents à vénérer et à soigner, toute une nouvelle parenté spirituelle qu'il enrichit de son amour et dont il savoure en retour l'affection sous les formes les plus variées. Luc et Marc parlent outre cela de maisons et Matthieu de champs. La communion de l'amour chrétien procure en effet à chaque croyant la jouissance des biens de toute nature appartenant à ses frères. Cependant, pour que les disciples ne croient pas que c'est à un paradis terrestre qu'il les convie, il ajoute dans Marc : avec des persécutions. Matthieu et Luc n'avaient assurément aucune raison dogmatique de retrancher ce correctif important, s'ils l'eussent connu, surtout si Luc écrivait, comme on le dit, à une époque postérieure où l'Eglise était déjà en butte aux persécutions. - Luc omet également ici la maxime : « Plusieurs des premiers seront les derniers, etc… ? par laquelle se termine ce morceau dans Marc, et qui introduit, dans Matthieu, la parabole des ouvriers.
En face de ce morceau, la critique doit reconnaître que si le salut par la pauvreté volontaire y est réellement enseigné, il ne l'est pas moins décidément par les deux autres synoptiques ; que c'est par conséquent l'hérésie, non pas de Luc, mais de Jésus lui-même ; - ou plutôt une saine exégèse ne trouvera rien de pareil dans l'enseignement que nos trois évangélistes s'accordent à mettre dans la bouche du Maître.
6. La troisième annonce de la Passion. (18.31-34)
Versets 31 à 38. L'annonce :