Il ne s'agit plus des disciples en général, mais spécialement des apôtres (v. 5). La question soulevée paraît, en effet, avoir été en rapport étroit avec la tâche apostolique. La foi à laquelle se rapportait cette demande était, comme le montre la réponse, non la foi qui donne la force de pardonner et par laquelle on est sauvé, mais celle par laquelle on opère des miracles au service du règne de Dieu ; comp. 1Cor.12.9 ; 13.2. - Cette demande des apôtres peut avoir été provoquée par quelque manifestation extraordinaire de la puissance de Jésus que les disciples désiraient pouvoir imiter dans l'accomplissement de leur mission, par exemple, le dessèchement du figuier stérile (Matth.21.20). Hofmann croit que la demande se motive plus naturellement par quelque expérience qu'auraient faite les apôtres de l'impuissance de leur foi, comme celle racontée 9.40. Mais la réponse de Jésus renferme plutôt une gradation, dans ce sens : « Si vous aviez…, non seulement vous feriez ce que j'ai fait, par exemple, faire sécher ce figuier, mais même vous lui diriez : Déracine-toi et… » - S'il y avait l'article τήν, la, devant πίστιν, foi, le sens serait : « Ajoute la foi à toutes les autres choses que nous avons déjà. » Sans l'article, le sens ne peut être que celui-ci : « Ajoute de la foi à la somme de celle que nous avons ; fais grandir, fortifie notre faible foi. »
Verset 6. La leçon εἰ εἴχετε, si vous aviez, est évidemment une correction destinée à mettre ce verbe d'accord avec le verbe principal ἐλέγετε ἄν, vous diriez. Il faut lire avec les alex., l'Alexandrinus et d'autres byz. : εἰ ἔχετε, si vous avez. Cette expression peut s'expliquer de deux manières : « Vous demandez d'avoir plus de foi que vous n'en avez ; cela n'est pas nécessaire ; il ne s'agit pas ici de peu ou de beaucoup. Ayez seulement de la foi : si petite soit-elle, en la mettant en œuvre lorsque vous y êtes appelés, vous accomplirez des merveilles. » Ainsi Buttmann (Beiträge zur Krit. und Gramm. des N. T. ; Studi. u. Krit., 1858, p. 483-485). Ou bien le sens peut être : « Oui, vous avez réellement besoin de plus de foi que vous n'en avez ; car si vous en aviez davantage, vous opéreriez au besoin les mêmes œuvres que moi. » Dans ce second sens, le : si vous avez, serait mis pour : si vous aviez, comme dans beaucoup de cas (2Cor.11.4 et chez les classiques) où le fait est d'abord supposé réel, dans la proposition conditionnelle, puis traité comme non réel dans la principale. Il me paraît que, comprise dans le premier sens, la réponse de Jésus s'adapte plus naturellement à la demande des apôtres. Jésus leur répond que, forte ou faible, la foi ouvre la porte à l'action de la toute-puissance divine, la seule puissance réelle dans l'univers, celle qui a posé le monde et qui en reste la maîtresse. Lorsque, par la foi, la volonté humaine a trouvé le secret de se confondre avec cette force des forces, elle est élevée par là au pouvoir souverain et, dans la conscience de cette position, elle est capable, même dans le domaine de la nature et chaque fois que le règne de Dieu l'exige, d'enlever l'obstacle (ôter le mûrier) et de le transformer en moyen (planter l'arbre dans le sable de la mer). - L'aoriste ὑπήκουσεν ἄν, il aurait obéi, est très remarquable. La chose se fût trouvée faite aussitôt que dite.
Weiss pense que Luc a tiré cette parole de Matth.17.20, en la remaniant d'après Marc.11.23, et que c'est lui par conséquent qui a imaginé la prière que, d'après lui, les apôtres adressent à Jésus. Mais pourquoi Luc substituerait-il dans ce cas un mûrier à la montagne de Matthieu et de Marc ? A quoi bon ce changement qui affaiblit plutôt l'image ? Jésus peut parfaitement avoir prononcé plus d'une fois une sentence de ce genre qui avait un caractère proverbial. On est conduit fatalement à des suppositions telles que celles de Weiss, par son opinion sur l'origine de nos synoptiques. - Quant à moi, il me paraît tout simple de penser que la prière des disciples, rapportée par Luc, a été adressée à Jésus par les apôtres à l'occasion de la dessiccation du figuier maudit par lui le jour précédent (Marc.11.20). Il y a un singulier rapport entre l'exhortation que leur adresse Jésus chez Marc : « Ayez de la foi en Dieu » (ἔχετε πίστιν θεοῦ), et la demande : « Ajoute-nous de la foi, » chez Luc. Le terme de mûrier a aisément pu être substitué par Luc à celui de figuier.
Versets 7 à 10. Le non mérite des œuvres :