Bleek pense que, puisqu'il s'agit du retour du Seigneur comme juge, être pris doit signifier périr, et être laissé, signifier échapper. Mais le moyen παραλαμβάνεσθαι, prendre à soi, recueillir comme sien, ne peut avoir qu'un sens favorable (Jean.14.3). Et saint Paul a bien compris ce mot dans ce sens ; car ce n'est probablement pas sans relation avec cette parole qu'il enseigne 1Thess.4.17 l'enlèvement dans les airs des croyants vivants au retour de Christ ; c'est ici l'ascension des disciples, comme conséquence de celle du Maître. Ἀφιέναι : abandonner, laisser en arrière, comme 13.35. - L'exemple du v. 34 suppose que la Parousie a lieu de nuit, celui du v. 35 la suppose arrivant de jour. Si l'on veut pousser l'explication jusqu'à la minutie, on peut dire que, la Parousie ayant lieu simultanément pour la terre entière, pour un hémisphère ce sera de jour, pour l'autre, de nuit. Mais peu importe ; l'idée est que soit qu'il dorme, soit qu'il agisse, l'homme sera laissé, s'il n'est pas assez détaché d'avance pour se livrer sans délai au Seigneur qui passe. - On usait, chez les anciens, de moulins à bras. Quand la meule était grosse, deux personnes la tournaient ensemble. - Le v. 36, qui manque dans presque tous les Mjj., est tiré du passage parallèle dans Matthieu. - Ainsi les êtres les plus étroitement rapprochés ici-bas, seront en un clin d'œil séparés pour jamais.
La question des apôtres (v. 37) est une question de curiosité. Quoique Jésus y eût déjà répondu au v. 24, il en profite pour clore l'entretien par une déclaration qui indique l'extension au monde entier du jugement ici annoncé ; cette idée est en relation directe avec celle du v. 24. Le phénomène naturel signalé par Job.39.33, est employé par Jésus comme le symbole de l'universalité de ce jugement. Le corps, c'est l'humanité purement mondaine et destituée de la vie de Dieu (v. 26-30 ; comp. 9.60 : Laisse les morts…). Les aigles représentent le châtiment fondant sur une telle société. Il n'y a, dans cette image, aucune allusion aux étendards romains, puisque rien dans le discours précédent ne se rapporte à la ruine de Jérusalem. Comp. Matthieu lui-même, Matth.4.28, où cette parole s'applique aussi à la Parousie. - L'aigle proprement dit ne vit pas en troupes, sans doute, et ne se nourrit pas de cadavres. Mais ἀετός ainsi que נשר Prov.30.17, peut (comme le fait voir Furrer, Bedeut. der bibl. Geogr. p. 18) désigner le grand vautour (gyps fulvus), égal à l'aigle en taille et en force, que l'on voit par centaines dans la plaine de Génézareth. Quelques Pères ont appliqué l'image du corps à Jésus glorifié, et celle des aigles aux saints qui l'accompagneront à son avènement. Cette explication n'a aucune vraisemblance. - Comp. le tableau du jugement qui aura lieu à la Parousie d'après Apoc.19 et suiv.
Sur la relation générale entre ce discours et celui de Matthieu ch. 25, voir à la fin du ch. 21. Nous ne dirons ici qu'une seule chose ; c'est que Weiss lui-même reconnaît que Matthieu a combiné au ch. 25 deux discours primitivement distincts, qui se trouvaient séparés dans le Matthieu apostolique comme Luc nous les a conservés au ch. 17 et au ch. 21 ; le premier traitant exclusivement de la Parousie, tandis que le second se rapportait spécialement à la ruine de Jérusalem. Weiss rejette avec raison l'idée défendue par Meyer et Keil, que les paroles communes aux deux discours ont pu être répétées par Jésus dans deux circonstances différentes. Cette supposition peut s'appliquer à certaines maximes proverbiales, mais non à des paroles aussi marquantes que v. 24 ; 26-28 ; 32 ; 37.
3. - 18.1-8 : La veuve et le juge inique.
Cette parabole se rattache étroitement à l'enseignement précédent sur l'avènement du royaume de Dieu. Jésus a déclaré aux pharisiens que ce fait est avant tout intérieur et spirituel ; puis il a annoncé aux disciples l'apparition extérieure de ce règne après un état de mondanité générale dans lequel l'humanité serait plongée. Et maintenant il leur fait l'application de cette vérité, en les exhortant à hâter par leurs prières cette grande délivrance et à ne pas se relâcher, même si elle vient à tarder longtemps. Weiss pense que Luc a par erreur transformé, dans son préambule, cette parabole en une exhortation générale à la prière. Il l'aurait ainsi détournée de son véritable sens qui, dans la pensée de Jésus, se rapportait directement à la Parousie. Mais cette relation avec la Parousie n'est nullement niée par le préambule de Luc (v. 1) ; au contraire, elle résulte de la formule ἔλεγε δὲ καί qui, comme toujours, annonce un dernier mot sur le sujet qui vient d'être traité, et par le αὐτοῖς, leur, qui montre que Jésus continue, d'après Luc lui-même, à s'adresser aux mêmes auditeurs. Le devoir de la prière instante et persévérante, en effet, est en rapport direct avec le danger que courra l'Eglise des derniers temps de se laisser subjuguer par l'assoupissement charnel dans lequel tombera le monde et qui vient d'être décrit dans le tableau précédent. Au milieu de cette humanité sans Dieu la position de l'Eglise sera celle d'une veuve qui n'aura plus pour arme que sa prière incessante. Malheur à elle si elle laisse tomber de ses mains cette arme ! La puissante concentration de la prière sera le seul moyen par lequel elle pourra conserver sa foi et accélérer la fin de cet état anormal.
Versets 1 à 5. La parabole :