Jésus décrit la disposition d'âme qui, dans cette crise suprême, sera la condition du salut. Le Seigneur passe avec son cortège céleste. C'est l'affaire d'un clin d'œil. Il prend à lui tous ceux des habitants de la terre, qui, par leur détachement des biens terrestres, sont intérieurement prêts à le suivre et prennent vers lui un libre et joyeux essor. Les autres, retenus par le lien moral qui les attache aux biens d'ici-bas, restent en arrière. Ainsi précisément avait péri la femme de Lot avec les biens dont elle ne pouvait se séparer. - Conformément à sa méthode habituelle, Jésus caractérise la disposition d'âme dont il parle, par une série d'actes extérieurs dans lesquels elle se réalise. La Revue de théologie (art. cité, p. 337) reproche à Luc d'appliquer ici à la Parousie le conseil de fuir, qui n'a de sens qu'appliqué à la ruine de Jérusalem (Matth.24. Et Weiss envisage v. 31-33 comme une intercalation due à la plume de Luc ; car plusieurs expressions ne pouvaient originairement. s'appliquer qu'à une fuite dans le sens propre et telle que celle décrite dans Matthieu.24.16-20 (les judéo-chrétiens fuyant devant l'invasion romaine). Luc aurait donné à ce tableau un sens spirituel en l'appliquant selon son idée favorite au détachement des biens terrestres. Mais n'est-ce pas l'inverse qui est vrai ? N'est-ce point plutôt le premier évangéliste qui a introduit au milieu des paroles relatives à la fuite proprement dite certaines expressions qui originairement se rapportaient au détachement moral et auxquelles Luc conserve leur véritable application ? On ne travaille pas aux champs, et l'on n'est pas tranquillement assis sur la terrasse de sa maison, quand l'ennemi approche et a déjà envahi le pays. Ces traits ne s'appliquent donc nullement à la ruine de Jérusalem ; ils conviennent au contraire parfaitement au tableau de Luc. La Parousie surprend les hommes. Que celui qui est à la ville, sur sa terrasse, ne descende pas pour emporter ses meubles ; mais qu'il suive sans hésiter le Seigneur, abandonnant tout. Que celui qui est en pleine campagne, ne revienne pas pour chercher ses effets ; il lui arriverait comme à la femme de Lot !
Verset 33. Vouloir sauver sa vie, c'est se cramponner intérieurement à quelque objet avec lequel on identifie son bonheur, c'est là le moyen de perdre sa vraie vie, le salut, de périr avec le monde. Perdre sa vie, c'est avoir l'énergie sainte de tourner à l'instant le dos à tout ce qui n'est pas le Seigneur lui-même ; ce sera à ce moment-là le seul moyen de la conserver. Voir à 9.24. Il faut sans doute lire avec le Vaticanus περιποιήσασθαι, acquérir, qui ne se trouve qu'ici, plutôt que σῶσαι, sauver. Jésus substitue dans la seconde proposition au terme σώζειν, sauver sa vie (9.24), celui de ζωογονεῖν, littéralement : enfanter vivant, (le terme est celui par lequel les LXX expriment le pihel et l'hiphil de chajah (vivre) ; ainsi proprement : faire vivre, ou bien aussi dans un sens affaibli : (Gen.6.19) conserver en vie. Le mot ζωογονεῖν est employé souvent dans ce dernier sens par les LXX (ainsi Ex.1.17 ; Jug.8.19 ; 1Sam.27.9 ; 1Rois.20.31). Luc lui-même l'emploie de la même manière Act.7.19. Je n'oserais donc maintenir, comme je l'avais fait précédemment, le sens de rendre la vie naturelle vivante en la transformant en vie spirituelle, glorifiée. - Le triage qui s'opérera à cette heure-là rompra instantanément toutes les relations terrestres, même les plus intimes. De là résultera un nouveau groupement de l'humanité en deux sociétés nouvelles : les pris et les laissés. C'est ce que décrivent les versets suivants.
4o Versets 34 à 37. Le triage opéré par la Parousie :