On sait avec quelle impatience les pharisiens attendaient la manifestation du règne messianique. Il est naturel qu'ils désirassent connaître l'opinion de Jésus sur ce sujet. C'était probablement là l'un des buts de la visite de Nicodème (Jean.3). Il n'y a dans le texte aucun motif de voir dans cette question une moquerie (Calvin) ou un piège tendu à Jésus (Meyer). Sans doute, ils eussent été réjouis de le mettre dans l'embarras à cette occasion ou de lui arracher quelque hérésie. - Cette question reposait sur une notion très extérieure du royaume divin ; son avènement se présentait à leur esprit comme un grand et subit coup de théâtre. Au point de vue de l'Evangile, cette attente n'est pas absolument fausse, sans doute ; un nouvel état de choses extérieur doit, succéder à l'état actuel, mais seulement après qu'il aura été préparé dans l'humanité par un travail spirituel opéré dans le fond des cœurs, et c'est cet avènement intérieur du royaume que Jésus trouve bon de faire ressortir avec de tels interlocuteurs, comme il l'avait fait avec Nicodème, qui venait à lui avec une question analogue. L'expression μετὰ παρατηρήσεως, de manière à être observé, se rapporte à l'observation d'un fait qui tombe sous les sens. Le présent ἔρχεται, vient, est celui de l'idée. Le royaume de Dieu ne s'établit point d'une manière visible. Il se peut donc qu'il se trouve là sans qu'on s'en doute, et c'est précisément le cas ; comp. 11.20 : « le royaume de Dieu vous a surpris. » - Voici, voilà : ces mots expriment l'impression de ceux qui croient pouvoir constater la présence du royaume messianique dans une apparition visible quelconque. Le ἰδου γάρ, car voici, qui suit, oppose à cette vue fausse le savoir infaillible de Jésus et l'étonnement de ses auditeurs qui apprennent de sa bouche l'existence invisible de l'état de choses dont, la venue les préoccupe. - La locution ἐντὸς ὑμῶν est expliquée par presque tous les interprètes modernes dans le sens de : au, milieu de vous, par conséquent en la personne de Jésus lui-même, ou bien en celle de Jésus et de ses disciples. Philologiquement ce sens est possible, et il peut s'accorder avec le contexte. Le raisonnement dans ce cas est celui-ci : « Ce royaume vient si peu de manière à frapper les sens qu'il est déjà là parmi vous sans que vous vous soyez aperçus de son arrivée. » Mais la vraie antithèse logique de la première proposition du verset : ici, là…, » n'est point la présence locale et visible de Jésus et des siens au milieu de ceux qui l'interrogent ; c'est bien plutôt la nature intérieure et spirituelle de cet état de choses qu'ils appellent le règne de Dieu ; et par conséquent le sens : au-dedans de, vous, répond mieux à l'idée du contexte. Aussi, malgré toutes les critiques de Weiss et d'autres, cette dernière explication est-elle préférée par Hofmann, Schanz, Keil, etc. Il est clair que dans ce sens le présent ἐστί, est, est celui de l'idée, de l'essence, comme le ἔρχεται du v. 20. Jésus ne pouvait pas dire d'une manière abstraite : « au-dedans de l'homme ; » il devait dire à ses auditeurs qui comptaient y participer eux-mêmes : « au-dedans de vous (si jamais vous le possédez). » Ce sens s'accorde mieux avec la place du régime avant le verbe, ce qui lui donne l'accent ; avec le choix de la préposition ἐντός, au-dedans de (le intus latin), en opposition à ἐκτός (voir Passow) ; enfin avec la réponse de Jésus à Nicodème : « Si quelqu'un ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » C'était déjà le sens admis par Chrysostome et Calvin.
Versets 22 à 37 : L'apparition du royaume.
Aux pharisiens, Jésus a dû rappeler ce qu'ils ignoraient, l'essence spirituelle du royaume. Cependant Jésus n'a point voulu nier par là l'apparition extérieure et finale d'un état de choses divin. Pour développer cet autre côté de la vérité, il se tourne vers ses disciples, parce que ce n'est qu'à ceux qui possèdent déjà un commencement de vie spirituelle, qu'il peut parler avec fruit de son retour futur. De plus l'idée de la venue du royaume se présentait à ce second point de vue comme la réapparition de Jésus lui-même, et cette vérité ne pouvait par conséquent être annoncée qu'à des croyants. On voit combien la Revue de théologie tombait juste, quand elle disait : « Les deux premiers versets (v. 20. 21) sont en contradiction avec le reste et n'ont aucun rapport avec ce qui suit » (1867, p. 386) !
L'enseignement de Jésus porte sur quatre points :
- quand et comment Jésus reparaîtra-t-il (v. 22 à 25) ?
- quel sera l'état du monde à ce moment-là (v. 26 à 30) ?
- quelle sera la condition morale à remplir pour être sauvé, dans cette crise suprême (v. 31 à 33) ?
- le triage qui en résultera (v. 34 à 37).
1o Versets 22 à 25. Le quand et le comment :