Les neuf Juifs, voyant là une sorte de dû, continuent leur chemin, heureux de la guérison, mais le cœur fermé à la reconnaissance. Le dixième, Samaritain, pénétré plus profondément du sentiment de son indignité et de la gratuité de ce don, éprouve le besoin de témoigner sa gratitude au donateur. Il glorifie Dieu à haute voix, en poussant, des cris de reconnaissance (v. 15), mais sans oublier l'instrument humain (v. 10). Remarquez la différence entre δοξάζειν et εὐχαριστεῖν, rendre gloire et rendre grâces, adorer et remercier.
Verset 17. En reconnaissant en lui un Samaritain, Jésus sent jusqu'au vif la différence entre ces cœurs simples, en qui vibre encore le sentiment naturel de la reconnaissance, et les cœurs juifs, tout rouillés d'orgueil et d'ingratitude pharisaïques ; et aussitôt sans doute le sort futur de son Evangile dans le monde se présente à sa pensée. C'est là pour lui un des nombreux préludes du rôle des Juifs et des païens dans l'histoire du règne de Dieu. Il se contente néanmoins de ne faire ressortir expressément que le contraste actuel. - L'absence du αὐτῶ, à lui, avec εἶπεν, il dit, est intentionnelle. Le v. 17 est une réflexion qu'énonce Jésus. Sa réponse réelle à l'action de grâces du Samaritain se trouve au v. 18 (αὐτῷ). - Le verbe εὑρέθησαν a pour sujet, non le participe ὑποστρέψαντες pris substantivement, mais un ἄλλοι sous-entendu. - Si Jésus rappelle à cet homme que c'est sa foi qui l'a guéri, c'est certainement pour lui faire comprendre l'importance de cet acte moral et le rôle que cette même foi peut jouer encore dans sa vie en lui procurant une guérison plus excellente. Ainsi, par son retour, cet homme resserre le lien que le bienfait avait formé entre lui et la personne de Jésus, tandis que ce lien se rompt entièrement pour tous les autres par le fait de leur ingratitude.
La critique suspecte ce récit à cause de sa tendance universaliste. Mais s'il eût été inventé dans un but didactique, la leçon à en tirer dans le sens paulinien n'eût certainement pas été passée sous silence. Il faudrait aussi suspecter dans Matthieu la guérison du serviteur du centenier païen : et cela avec plus de raison encore, puisque là Jésus insiste sur la leçon générale à tirer du fait.
2. L'avènement du Christ. (17.20 à 18.8)
Ce morceau comprend :
- Une question des pharisiens sur l'époque de l'apparition du règne de Dieu et la réponse de Jésus (v. 20 et 21) ;
- Un enseignement, de Jésus à ses disciples sur ce sujet (v. 22 à 37) ;
- La parabole du juge inique, qui applique pratiquement aux croyants le sujet qui vient d'être traité (18.1-8).
Versets 20 et 21 : La spiritualité du royaume.