Nous assistons au réveil du mort. Et quel réveil ! Le ἐν τῷ ᾅδῃ porte non sur ἐπάρας qui a son déterminatif dans ὑπάρχων, mais sur ὁρᾷ : « . Etant dans l'Hadès…, il voit… » L'idée de souffrance n'est pas encore dans les mots ἐν τῷ ᾅδῃ, que nos versions rendent à tort par : dans les enfers. Le mot Hadès désigne simplement comme Schéol en hébreu, Ἅιδης en grec, Inferi (lieux inférieurs) en latin, le séjour des morts sans distinction des divers domaines qu'il peut renfermer, et uniquement en opposition à la terre des vivants. La notion de douleur se trouve dans les derniers mots : étant dans les tourments. - Sur l'état d'Abraham, dans le séjour des morts, comp. Jean.8.56 où Jésus parle sans image. - Le pluriel τοῖς κόλποις, substitué ici au singulier (dans le v. 22), désigne la plénitude ; il s'agit de tout un lieu où une compagnie est réunie. - La mise en scène, v. 24 et suiv., est assez semblable à celle des dialogues des morts, chez les anciens, et spécialement chez les rabbins. Le αὐτός, lui, désigne le moment où il se ressaisit lui-même et commence à réagir contre son état. Φωνήσας, élevant la voix, est en rapport avec μακρόθεν, de loin, v. 23. Rien de plus mordant pour les auditeurs de Jésus, ces pharisiens qui faisaient d'un arbre généalogique la condition du salut, que cette allocution placée dans la bouche du condamné : Père Abraham ! « Tout circoncis est sauvé, » disaient les rabbins ; et circoncis équivalait à fils d'Abraham. - Dans cette affreuse situation se présente à l'esprit du riche une idée qui ne lui était jamais venue pendant qu'il était sur la terre ; c'est que le contraste entre l'abondance et le dénuement pourrait bien avoir son utilité pour celui qui est dans le besoin. Il exprime cette découverte dans une prière dans laquelle l'impudence le dispute à la naïveté. Le génitif ὕδατος βάπτειν signifie : tremper le doigt, de sorte que l'eau en distille. La goutte d'eau tombant de ce doigt trempé répond à ces miettes vainement désirées v. 21. Sur cette flamme, comp. Marc.9.43-49. Les convoitises, allumées et alimentées par une satisfaction illimitée, se changent pour l'âme en torture, dès qu'elle est privée des objets extérieurs, qui y correspondaient sur la terre, et du corps par lequel elle se les appropriait.
Versets 25 et 26.