La question de cet auditeur était, jusqu'à un certain point, affaire de curiosité. Dans ces cas-là, Jésus donne immédiatement à sa réponse une tournure pratique. Comp. 12.41 ; Jean.3.3. C'est pour cette raison que Luc dit. (v. 23) : « Il leur dit. » Jésus ne répond pas directement à cet homme ; il s'adresse au peuple à son occasion. - Le royaume messianique est représenté sous l'image d'une maison où beaucoup de monde désire entrer pour assister à une fête. Mais ce ne sont que ceux qui savent faire des efforts et user d'énergie qui parviennent à pénétrer dans l'intérieur pour le moment où s'ouvre la fête. La vraie leçon chez Luc est θύρα, porte de maison, et non πύλη (Matth.), qui désigne plutôt un portique soit de ville, soit de palais. On a pensé (Meyer, moi-même, éditions précédentes) que la maison avait deux portes ; l'une petite et fort basse, représentant le passage difficile de la repentance ou de la foi humiliante au Messie abaissé ; l'autre, la porte d'honneur, représentant un mode d'entrée plus commode et moins humiliant, soit la justice propre ou la bienfaisance, soit la foi à un Messie glorieux. Mais ce sens est bien recherché. Il est plus simple d'admettre que la porte est unique, et que la difficulté d'y passer vient à la fois de son étroitesse et du grand nombre de personnes qui désirent y passer à la fois ; d'où il résulte qu'il n'y a que les décidés seuls qui réussissent à pénétrer dans la maison, les violents (βιασταί) de Matth.11.12. La porte représente dans ce cas l'accomplissement de la sainte volonté de Dieu au prix des plus durs sacrifices. Cette sainte violence est appelée ici un ἀγωνίζεσθαι, littéralement « agoniser, » verbe exprimant l'effort le plus intense dont l'homme soit capable. On pourrait opposer à ce terme celui de ζητεῖν (chercher à) qui suit et qui n'indiquerait qu'un simple désir, celui qu'éprouve au fond tout homme d'entrer au ciel, mais sans vouloir se livrer à ce travail énergique nécessaire pour réussir. Ce vain ζητεῖν serait ainsi un fait simultané avec l'entrée de ceux qui réussissent. Mais la suite montre que Jésus désigne par ce ζητεῖν, qui est encore à venir (chercheront), non seulement un bon désir resté impuissant, mais surtout les supplications dont il sera parlé plus tard et qui resteront sans succès (v. 25).
Verset 25. Le ἀφ’ οὗ, dès le moment où, ne dépend pas de la phrase précédente, ce qui serait traînant ; ni non plus, comme le veut Hofmann, du ἅρξησθε du v. 25, qu'il envisage comme l'équivalent d'un futur (ἄρξεσθε), d'après une ancienne forme homérique. Il dépend du ἄρξεσθε du v. 26, où le τότε, alors, marque clairement le commencement de cette scène tragique que le Seigneur avait en vue dès le début. Ces mots : dès le moment où, désignent l'heure fixée pour l'ouverture de la fête, l'heure décisive où le maître de la maison, qui avait reçu, assis, ceux qui réussissaient à entrer, se lève, et fait fermer la porte, de sorte que tous ceux qui n'ont pas su lutter avec une sorte de violence, afin de parvenir à entrer à temps, se trouveront encore dehors. Quel sera ce moment ? Celui du rejet et de la dispersion d'Israël ? Non ; car les Juifs n'ont nullement commencé à crier à Jésus et à le supplier dès ce moment-là, comme cela est décrit v. 25. Le moment de la Parousie, quand s'ouvrira la grande fête messianique ? Cela serait possible, lors même que les Juifs alors vivants se convertiront à cette heure-là et seront reçus dans le palais (Rom.11.15-26). Mais il vaut mieux appliquer ce tableau au moment du jugement final où les Juifs impénitents seront définitivement exclus du royaume. C'est à ce moment également que commencera la fête céleste dans la maison du Seigneur.
Verset 26. La réclamation mise dans la bouche des Juifs rejetés caractérise d'une manière frappante la tendance de ce peuple à faire reposer le salut sur certains avantages religieux extérieurs : « Tu as été notre compatriote ; tu ne peux nous laisser périr, nous qui avons vécu avec toi. » Mais le maître ne reconnaît pas des avantages de cette nature. Il met en opposition avec ces privilèges tout extérieurs leur conduite morale. - Les ouvriers d'iniquité ne sont pas nécessairement des malfaiteurs. C'est tout homme qui à l'appel de Dieu reste impénitent et ne s'efforce pas sérieusement d'entrer, c'est-à dire d'obtenir la réconciliation et la régénération. Y a-t-il dans ces mots : « Je ne sais d'où vous êtes, » de quelle famille vous sortez, une allusion à la fausse confiance que mettaient les Juifs en leur qualité d'enfants d'Abraham ? - On comprend que faire parler ainsi le maître de la maison, c'est se déclarer soi-même ce maître. Jésus n'acceptera point cette reconnaissance tardive et intéressée.