Jésus cherche de nouveau, πάλιν, une image. Cette fois, il désire dépeindre la puissance de transformation morale inhérente au règne de Dieu. C'est l'aspect de la vérité qui sert à compléter le précédent ; il en est ainsi dans toutes les paires de paraboles ; comp. 5.36-38 ; 15.3-10 ; Matth.13.44-46 ; Jean.10.1-10. Sur le levain, voir à 12.1. Cette image est évidemment prise ici dans un sens favorable. Le levain mêlé à la pâte lui communique une énergie et une saveur qui font contraste avec son inertie et sa fadeur naturelles. Ainsi au souffle de l'Evangile la vie humaine acquiert la valeur, l'intérêt, la puissance spirituelle qui lui manquaient. - Les trois mesures doivent s'expliquer, comme les trois ans du v. 7, par l'ensemble de l'image. C'était la quantité que l'on employait d'ordinaire pour une fournée. On y a vu les Sémites, les Japhétites et les Chamites ; ou bien les Grecs, les Juifs et les Samaritains (Théod. de Mopsueste) ; ou bien le cœur, l'âme et l'esprit (Augustin) ; autant de rêveries auxquelles personne ne pense aujourd'hui. L'idée est que la vie spirituelle, renfermée dans l'Evangile, doit pénétrer et sanctifier toute la vie humaine, dans l'individu, dans la famille, et par celle-ci dans la société.
Ces deux paraboles contiennent un programme de l'œuvre divine, qui forme le contraste le plus complet avec l'idée que s'était faite l'imagination juive de l'établissement du règne du Messie. Un coup de baguette magique devait tout opérer en un clin d'œil. A cette notion superficielle, Jésus oppose l'idée d'un développement moral, qui s'opère par des moyens spirituels et tient compte de la liberté, par conséquent lent et progressif. Comment admettre, en face de telles paroles, qu'il ait cru à la proximité imminente de son retour ? - La place qu'occupent ces deux paraboles, dans la grande collection Matth.13, est certainement le résultat d'un arrangement systématique ; Luc les a replacées dans la situation historique où elles prennent tout leur à-propos.
II
Nouvelle série d'anecdotes de voyage.
(13.22 à 17.10)
Le v. 22, qui sert de préambule à ce nouveau cycle de récits, est destiné à rappeler la situation générale établie 9.51. Luc fait comprendre que c'est toujours le même voyage qui continue avec des péripéties analogues à celles du cycle précédent.