A la pensée de l'avenir qui attend personnellement les disciples (11.49), le cœur de Jésus s'attendrit. Leur sort prévu semble les lui rendre plus chers encore. De là cette allocution pleine de tendresse : à vous, mes amis. Certes, Luc n'a pas inventé ce mot ; et si Matthieu, chez qui il ne se trouve pas (10.28 et suiv.), eût employé le même document que Luc, il ne l'aurait pas retranché. - Olshausen a eu l'étrange idée de voir dans celui qui peut jeter dans la géhenne, non Dieu, mais le diable ; comme si l'Ecriture nous enseignait à craindre le diable, et non pas plutôt à lui résister en face (1Pier.5.9 ; Jacq.4.7). Satan entraîne au mal ; mais Dieu seul jette dans la géhenne. - Les Mss. se partagent entre les formes ἀποκτεννόντων (éolico-dorique, selon Bleek), ἀποκτενόντων (corruption de la précédente) et ἀποκτεινόντων (forme régulière). - Le terme de géhenne signifie proprement : vallée de Hinnom (גי הנם, Jos.15.8, comp. 18.16 ; 2Rois.23.10 ; Jér.7.31, etc.).
C'était une fraîche et gracieuse vallée au sud de la colline de Sion, dans laquelle se trouvaient primitivement les jardins du roi. Mais comme ce fut là que, sous les rois idolâtres, se célébra le culte de Moloch, Josias fit de ce lieu une voirie. Cette vallée devint ainsi le type, et son nom la dénomination de l'enfer. - En face de cette parole qui distingue d'une manière aussi tranchée que peut le faire le spiritualisme moderne, l'âme d'avec le corps, que penser de l'affirmation de M. Renan, qui prétend quelque part que Jésus ne connaissait pas la distinction exacte de ces deux éléments de notre être ! Il est clair que de cette différence de nature entre l'âme et le corps doit résulter pour chacun de ces deux éléments une différente manière de périr. L'âme, être immatériel, ne périt pas comme le corps, qui se dissout naturellement. Etre moral, elle périt moralement sous le coup d'une condamnation. Le conditionnalisme n'a donc rien à faire avec ce passage.
Versets 6 et 7. Jésus ne promet pas à ses disciples qu'ils auront en tout état de cause la vie sauve. Que s'ils périssent corporellement, ce ne sera pas sans le consentement de l'Etre tout-puissant qui s'appelle leur Père. Les paroles suivantes expriment, par les emblèmes les plus énergiques, l'idée d'une Providence qui s'étend aux plus petits détails de la vie humaine. - Luc parle d'un groupe de cinq oiseaux valant ensemble deux as, ou de 35 à 45 centimes, donc 7 à 9 centimes pièce. Matthieu, qui ne parle que de deux oiseaux, en évalue le prix à un as. C'est légèrement plus cher. La raison en est-elle que cinq coûtent, proportionnellement un peu moins que quatre ? Qu'on se représente un des deux évangélistes s'amusant à faire de pareils changements au texte de l'autre ou à celui du document commun ! - L'expression : devant Dieu, est hébraïque ; elle signifie qu'il n'y a pas un de ces petits êtres qui ne soit individuellement présent aux regards de la toute-science divine. La connaissance de Dieu s'étend non seulement à notre personne, mais même aux parties les plus insignifiantes de notre être, à ces 140 000 cheveux dont nous perdons chaque jour quelques-uns sans y faire la moindre attention. Pas de crainte donc : vous ne tomberez pas sans que Dieu y consente ; et s'il y consent, c'est que ce sera le bien de son enfant. Le serviteur de Christ est immortel, a-t-on dit, tant que son œuvre n'est pas achevée.
Versets 8 à 10. Troisième encouragement : La récompense des disciples fidèles, opposée à la punition des lâches et à celle des adversaires.