Jésus dit : aussi, c'est-à-dire dans le domaine spirituel aussi hien que dans celui de la nature, et : de vous-mêmes (ἀφ’ ἑαυτῶν), ce qui signifie : « sans que personne ait besoin de vous avertir des conséquences à tirer de ces phénomènes. » Weiss pense que ce de vous-mêmes fait allusion à la dépendance malheureuse où était, le peuple des pharisiens. Mais cette expression rappelle le : aussitôt vous dites, du v. 54 ; comp. aussi 21.30, où le sens n'est pas douteux. Tout Juif sensé devrait, sans que personne le lui dise, conclure des signes du temps actuel au devoir de la réconciliation immédiate avec Dieu. - Τὸ δίκαιον : ce qu'il y a à faire en pareil moment. La parole suivante développe ce δίκαιον approprié à l'état actuel.
Verset 58. La conjonction ὡς ne signifie ici ni de même que, ni quand, mais, comme le montre la suite, pendant que, comme Galates.6.10. Elle est expliquée ensuite par les mots ἐν τῇ ὁδῷ, dans le chemin, qui sont placés à dessein au commencement de la principale, comme renfermant l'idée essentielle du passage. Le sens est : « Pendant que vous êtes encore en chemin, les deux à côté l'un de l'autre, toi et ta partie adverse ; avant que vous ayez atteint le lieu du tribunal. » On voit par v. 59 qu'il s'agit d'une réclamation financière, soit d'une dette à payer, soit de l'équivalent d'un dommage à acquitter. Comprenant bien qu'il sera condamné, le débiteur, pour peu qu'il soit prévoyant, se hâtera de s'arranger à l'amiable avec son créancier ; car il sait qu'une fois le juge saisi de l'affaire, elle sera réglée d'après le droit strict. - Le δὸς ἐργασίαν paraît bien être un latinisme operam dare). Hofmann explique ces mots par : « Offre-lui un travail à exécuter pour lui, en compensation de la dette ; » Keil : « Offre-lui une bonne affaire à partager avec toi ; » Théophilacte : « Paie-lui l'intérêt dû. » Ces explications sont sans vraisemblance. Le terme ἀπηλλάχθαι, se tirer d'affaire, renferme, avec le en chemin, l'idée essentielle du morceau : « Tire-toi d'affaire pendant que tu le peux encore. » Chaque homme a une grosse affaire sur les bras : sa relation avec Dieu à mettre en règle. Cette affaire, s'il ne prévient pas l'heure de la sentence, ne peut aboutir qu'à une condamnation. Les signes du temps annoncent que le tribunal est déjà dressé pour les auditeurs. Il importerait donc pour eux de les comprendre et de se hâter de s'accorder avec leur redoutable créancier. Car une fois le moment de la comparution arrivé, la justice seule aura son cours et elle ira jusqu'au bout. - Le κριτής, juge, est identique à l'ἄρχων, magistrat. Dans ces deux termes est personnifiée la justice divine. L'huissier, l'exécuteur de la sentence, représente le bras de la toute-puissance (v. 5). - L'extinction de la dette pourra-t-elle avoir lieu ? Jésus ne le nie, ni ne l'affirme. Il résulte seulement de sa parole qu'elle n'aura pas lieu avant que la justice ait reçu sa complète satisfaction. Combien n'importe-t-il donc pas de prévenir le moment où notre procès passera des mains de la grâce dans celles de la justice ! - La forme λέγω, je déclare, et le singulier σοί, te, donnent une singulière solennité à cet avertissement. Ainsi se clôt la scène ouverte par la prière adressée à Jésus (v. 13). On voit ici les proportions que prenait le moindre incident traité par lui.
Dans Matthieu cette parole est placée dans le sermon sur la montagne, Matt.5.25-26, où elle est appliquée au devoir de la réconciliation, non entre l'homme et Dieu, mais entre frères. Il ne me paraît pas que l'hésitation soit possible entre les deux sens et les deux applications. Reuss le reconnaît en partie, sans accepter pourtant l'application morale que fait Luc de cette parole. Le sens serait selon lui tout simplement que dans les affaires d'intérêt il faut préférer un arrangement à l'amiable à un procès. Il n'eût plus manqué que de rendre les auditeurs attentifs aux frais d'avocat !
10. Entretiens sur deux événements du temps. (13.1-9)
Les trois paroles suivantes (v. 1-3 ; 4-5 ; 6-9) sont dictées par la même préoccupation qui avait inspiré les enseignements précédents, celle de l'imminence du jugement et de la nécessité de le prévenir par la repentance et par la foi au salut offert. La situation extérieure aussi est la même (dans ce même temps, v. 1) : Jésus avance lentement, profitant de chaque occasion qui se présente pour diriger les cœurs vers les choses d'en-haut. - Ce morceau est entièrement, propre à Luc.
1o Versets 1-3. Les Galiléens massacrés par Pilate.