Cette question de Pierre ne peut se rapporter à la parabole du larron (v. 39-40). Car c'est évidemment la grandeur de la promesse qui lui inspire cette question. La parabole qui le préoccupe est celle de v. 36-38, particulièrement la promesse inouïe du v. 37. Ce rapport de la question v. 41 à v. 37 confirme ce que nous avions présumé : que v. 39 et 40 sont chez Luc une intercalation provenant d'une association d'idées purement morale. - Weiss envisage la question de Pierre comme n'ayant aucune valeur historique. Il cite en preuve la question semblable 11.45. Mais elles sont historiques l'une comme l'autre ; comp. encore Matth.19.17. Hofmann, Weiss, Keil entendent par πάντας tous les hommes, et par ἡμᾶς, nous, tous les croyants. Mais comment Pierre aurait il pu penser que tous les hommes se trouveraient au jour du jugement dans la maison du Seigneur, comme ses serviteurs ? Il faut donc entendre par πάντας, tous, tous les serviteurs de Jésus, ses disciples en général, et par ἡμᾶς, nous, les apôtres en particulier. Jésus continue à parler comme s'il ne tenait aucun compte (ἄρα, donc) de la question de Pierre. Mais en réalité il donne à l'avertissement suivant sur la vigilance une tournure telle que Pierre pourra y trouver la réponse précise à sa question. Comp. une forme semblable 19.25-26 ; Jean.14.21-23, et ailleurs. L'exhortation à la vigilance est pour tous, il est vrai, car tous seront récompensés de leur fidélité ; mais la récompense la plus magnifique attend ceux qui auront été établis comme surveillants de leurs frères en l'absence du Maître (v. 42-44) ; comme aussi, en retour, celui qui, dans cette position supérieure, aura négligé son devoir, sera puni beaucoup plus sévèrement que les serviteurs d'un ordre moins relevé (v. 45-46).
La forme interrogative donnée à l'enseignement suivant se trouve aussi dans Matthieu, lors même qu'il n'a pas mentionné la question de Pierre. De Wette pense que Jésus s'exprime sous cette forme, comme s'il cherchait parmi les siens ce serviteur dévoué qu'il va décrire : supposition assez peu naturelle. La forme interrogative vient plutôt de ce que Jésus veut engager chacun des apôtres, en face des deux tableaux qui vont suivre, à choisir lui-même celui qu'il veut réaliser. - Les intendants, quoique étant aussi des esclaves (v. 45), occupaient parmi les serviteurs un rang supérieur. La θεραπεία est ce que nous appelons le domestique, collectivement, le famulitium des latins. Ce terme général correspond au tous, dans la question de Pierre, comme la personne de l'intendant au nous, dans la même question. Le futur καταστήσει, établira, exprime cette idée que la communauté des fidèles ne sera placée sous la direction effective des apôtres que plus tard, après le départ du Maître. Matthieu dit κατέστησε, a établi (que le Sinaïticus a importé à tort dans Luc) ; ce prétérit s'explique par l'ensemble du tableau parabolique - Καιρός, le moment opportun, désigne le moment fixé pour la distribution hebdomadaire ou journalière ; σιτομέτριον, la ration de froment avec laquelle chacun fera lui-même son pain. - Il y a une différence entre la récompense promise v. 44 à l'intendant fidèle et celle qu'assurait le v. 37 au serviteur vigilant. Celle-ci était plus intime ; elle était l'expression de l'attachement, en quelque sorte de la reconnaissance du maître pour l'amour personnel que le serviteur fidèle lui avait témoigné. Celle-là est plus glorieuse ; c'est la récompense publique, officielle, pour les services rendus à la maison : il s'agit d'une haute administration, d'une position influente dans l'économie de gloire. Le rapport entre les deux καταστήσει, établira, v. 42 et 44, fait ressortir la corrélation étroite entre l'humble tâche remplie ici-bas et la tâche glorieuse qui sera confiée là-haut. - cette parole paraît impliquer que dans la pensée de Christ, le ministère de la Parole se perpétuera jusqu'à son retour. Les apôtres l'ont si bien compris, qu'au moment de quitter la terre ils ont pourvu à sa continuation par l'établissement du pastorat, qui a la mission de pourvoir à la distribution régulière de la nourriture spirituelle aux troupeaux qui composent l'Eglise, la maison du Seigneur ; comp. les épîtres pastorales et 1Pierre.5. La théorie qui fait du pastorat une émanation et une représentation de l'Eglise, n'est pas biblique ; cette charge est une émanation de l'apostolat, lequel procède de Christ ; il est ainsi médiatement une institution de Jésus lui-même, et, quant à sa réalisation continue dans l'Eglise, un don du Christ glorifié ; comp. Eph.4.11 : « Lui-même a donné les uns pour apôtres,… les autres pour pasteurs et docteurs. » De là la responsabilité toute spéciale de ceux qui ont reçu cette position.
Versets 45 et 46. Le tableau de l'apôtre infidèle :