Le long vêtement oriental doit être relevé, et le pan fixé à la ceinture, pour que la marche soit libre (17.8). Il faut en outre, s'il fait nuit, tenir à la main la lampe allumée, pour marcher vite et sûrement au but. Ces deux images s'appliquent tellement à la position du serviteur dont il est parlé dans les versets suivants qu'on peut être certain que ce v. 35 était lié dès l'origine à la parabole suivante, v. 36-38.
Verset 36. Le : Et vous, oppose à la tenue extérieure (v. 35) l'attitude intérieure et personnelle du fidèle. Il est semblable à un domestique attendant avec persévérance durant la nuit l'arrivée de son maître, qui doit revenir d'une fête de noce à laquelle il a été convié. Ce fidèle serviteur, craignant de le faire attendre quand il arrivera, se tient éveillé, debout et sa lampe en main, afin de pouvoir courir et ouvrir au premier coup de marteau. De plus, il tient un repas préparé ; et le retour a beau tarder, tarder même jusqu'au matin, il ne cède point à la fatigue et persiste dans cette attitude d'attente et dans ces préparatifs. - Il n'est point nécessaire de donner ici à γάμοι, noces, le sens général de banquet, qu'il a quelquefois (Esth.2.18 ; 9.22) ; il s'agit de la noce d'un ami. - Le mot γρηγορεῖν, veiller, désigne un état d'âme dans lequel la pensée de Dieu et de notre responsabilité vis-à-vis de lui est sans cesse présente à l'esprit, ainsi que celle de l'arrivée future de notre Sauveur et Juge.
Verset 37. Et que fait alors le maître ainsi attendu et ainsi reçu ? Emu d'une telle fidélité, au lieu de s'asseoir lui-même à la table dressée, il y fait asseoir ses domestiques dévoués, et, se ceignant pour les servir, tout comme ils s'étaient ceints pour le servir, il s'avance auprès d'eux (παρελθών) comme eux l'auraient fait pour lui, et leur présente les aliments qu'ils lui ont préparés.
Verset 38. Et plus tardive est son arrivée, plus vive est sa reconnaissance, plus grandes les marques de son contentement. Chez les anciens Juifs la nuit n'avait que trois divisions (Jug.7.19) ; plus tard, probablement depuis la domination romaine, on en admit quatre (de 6 à 9, de 9 à minuit, de minuit à 3 heures, et de 3 à 6 heures). Weiss pense que Luc doit avoir employé ici l'ancienne division juive, tandis que Marc aurait introduit (13.35) la nouvelle division romaine. Mais il n'en est rien ; Luc, ou plutôt le compte-rendu auquel il puisait, n'a pas mentionné la première veille (6-9 h.), tout simplement parce qu'un retour du maître à ce moment-là n'avait aucune vraisemblance, et dans tous les cas, l'état de veille des serviteurs dans ces heures de la soirée n'aurait rien eu que de naturel. Marc ajoute à la première veille (le soir), à la seconde (minuit) et à la troisième (le chant du coq), la quatrième (πρωΐ, de bon matin). Il va ainsi plus loin que Luc, qui par la troisième veille n'atteint que trois heures du matin. La forme de Marc est probablement celle qu'il tenait de la bouche de Pierre qui a joué un rôle actif dans cette scène (v. 44) ; elle doit être préférée. Jésus fait clairement entendre dans cette parabole que son retour pourra tarder plus longtemps, même beaucoup plus longtemps que les apôtres eux-mêmes ne le pensaient, et qu'ainsi la constance des croyants pourra être mise à une rude épreuve. C'est ce qui ressort également de ces mots de Jésus dans la parabole des vierges (Matth.25.5) : « Comme l'époux tardait à venir, » et de ceux-ci dans celle des talents (Matth.25.19) : « Après un long temps le maître revint. » Jésus a donc enseigné son retour, mais nullement l'imminence de ce retour.
Reuss se demande s'il ne faut pas appliquer cette parabole à la mort de chaque fidèle plutôt qu'à une Parousie finale. Mais l'image devrait être dans ce cas celle d'un serviteur qui est reçu dans la maison de son maître, non celle d'un Maître absent qui rentre dans sa maison. Ce qu'il y a de vrai dans cette manière de voir, c'est que si le retour du Maître tarde au-delà du temps de la vie de ses premiers serviteurs, son arrivée se trouvera être pour eux le fait de leur propre mort. Car ils passeront alors, quant à leur personne, de l'économie de la grâce à celle du jugement. Le sens de Reuss est au reste inapplicable à la parole de Jésus.18.8. - Quelle promesse : le Seigneur servant dans sa gloire celui qui l'a fidèlement attendu et servi ici-bas ! - Il semble qu'il y ait ici contradiction avec Luc.17.7-9. Mais, dans ce dernier passage, Jésus exprime le sentiment qui doit animer le serviteur : « Je ne suis, après tout ce que j'ai fait, qu'un serviteur inutile. » En opposition au pharisaïsme, Jésus écarte ainsi du cœur du serviteur l'idée légale de mérite. Ici il décrit le sentiment du maître lui-même. Nous sommes dans la sphère de l'amour et du côté du serviteur et du côté du maître. - La variante du v. 38 n'en change point le sens. Il en est autrement de la leçon qui se lisait dans Marcion et que l'on retrouve dans la Syriaque de Cureton et dans Irénée, d'après laquelle Jésus dirait d'abord : s'il vient dans la veille du soir (6-9 h.) ; ἐὰν ἔλθῃ ἐν τῇ ἑσπερινῇ φυλακῇ. C'est un essai de corriger chez Luc une lacune qui en réalité n'existe pas.
La Parousie, cet événement glorieux et doux pour les serviteurs fidèles de Jésus, est pour le monde une crise sérieuse et redoutable. Celui qui revient n'est pas seulement un maître bien-aimé, qui rend à chacun ce qu'il a sacrifié pour lui ; c'est aussi un larron qui ôtera alors à tous ce qu'ils ne sauraient garder.