Les mots ἐν οἷς, sur quoi, mettent en relation étroite cette scène avec la précédente. Le rassemblement qui se forme, ainsi que celui moins considérable dont il avait été parlé 11.29, s'explique aisément dans la situation d'un voyage. Lorsque Jésus était arrivé dans une bourgade, il s'y arrêtait et bientôt toute la population accourait. Le ἤρξατο, il se mit à, donne un caractère solennel aux paroles suivantes. Jésus s'adresse à la petite troupe de ses disciples, perdue au milieu de cette foule agitée, et lui tient, aux oreilles de tous, un langage plein de hardiesse. C'est le cri : En avant ! avec la promesse de la victoire. On voit donc que les mots : aux disciples, sont la clef du discours. - Le mot πρῶτον, avant tout, doit être rapporté au verbe qui suit : gardez-vous ; comp. 9.61 ; 10.5 ; le levain pharisaïque était réellement le danger le plus sérieux qui menaçât la piété israélite (Marc.8.15 ; Matth.16.6). Luther, Bengel, Weiss et d'autres pensent qu'il faut lier πρῶτον au ἤρξατο λέγειν, en l'opposant au v. 15, où se trouverait le secondement : Jésus parla d'abord à ses disciples, puis au peuple. Mais l'enseignement de v. 15 et suiv. sur l'avarice est provoqué par la demande inattendue d'un auditeur qui réclame l'intervention de Jésus ; elle ne pouvait donc être prévue dès le commencement. De plus le πρῶτον ainsi compris ferait pléonasme avec le ἤρξατο. - Par l'absence d'article devant ὑπόκρισις, ce substantif prend un sens qualificatif : un mode d'enseignement et de conduite qui n'est qu'hypocrisie. Le levain est l'emblème de tout principe énergique, bon ou mauvais, possédant une vertu d'assimilation. Cet avertissement peut avoir été prononcé plus d'une fois ; comp. Marc.8.15 ; Matth.16.6. Hofmann pense que Jésus veut par là recommander aux disciples de ne pas déguiser leur foi par hypocrisie. Mais ce serait là de la lâcheté, non de l'hypocrisie ; celle-ci consiste à déguiser le mal sous la forme du bien, et non l'inverse.
Verset 2. A la suite de l'avertissement précédent, cette sentence ne peut être qu'une menace à l'adresse de l'hypocrisie pharisaïque. Jésus annonce que le vice caché sous ces pieuses apparences sera impitoyablement démasqué ; le fond impur de cette sainteté si admirée sera tiré au grand jour, et ainsi l'autorité de ces maîtres actuels de l'opinion croulera. Le δέ, mais, annonce ce renversement ; il oppose cette révélation future à l'appréciation populaire actuelle.
Verset 3. Luc emploie volontiers la locution ἀνθ’ ὧν, qui signifie proprement : en échange de quoi (soit comme récompense, soit comme punition). Elle désigne aussi parfois une simple opposition ; ainsi Sapience.16.20, où Reuss la traduit par l'expression : par contre. C'est le sens dans notre passage : « L'hypocrisie des saints et des docteurs d'aujourd'hui (les pharisiens et les scribes du ch. 11) sera dévoilée, et par contre (ou : en retour), vous qui ne parlez maintenant que timidement et à voix basse, vous ferez entendre publiquement votre voix, de telle sorte qu'elle retentira dans le monde entier. Les Hillel et les Gamaliel rentreront dans le silence, et vous, mes pauvres disciples, vous deviendrez les docteurs d'un nouvel ordre de choses ! » Weiss explique tout différemment. Selon lui, ce verset signifierait : « C'est pourquoi (ἀνθ’ ὧν), comme tout sera dévoilé, prenez garde à ce que vous dites de mauvais en cachette. » Mais à quel propos Jésus mettrait-il ses disciples en garde contre les mauvaises paroles qu'ils seraient tentés de dire en cachette ? Et au lieu de κηρυχθήσεται, sera publié, il devrait y avoir ἀποκαλυφθήσεται, sera dévoilé. Du reste, lors même que Weiss et Schanz prétendent le contraire, ἀνθ’ ὧν ne peut signifier et ne signifie jamais : c'est pourquoi. Les exemples cités ne prouvent rien. Hofmann donne à ce verset ce sens : « Il ne vous servirait de rien de ne parler qu'en cachette de ce qui fait l'objet de votre foi ; le monde entendra un jour parler tout haut de ces choses. » Mais la réserve actuelle des disciples ne peut être opposée à leur franchise future ; car l'une et l'autre sont le résultat de circonstances involontaires. D'ailleurs leur témoignage futur sera une œuvre complètement libre de leur part et ne saurait être l'objet d'une espèce de menace (« il ne vous servira de rien » de vous être tus !) - Ταμεῖον proprement le garde-manger ; d'où : la chambre de derrière.
Versets 4 à 7. Second encouragement : La protection divine qui leur est assurée.