Dieu avait, ordonné au peuple certaines lustrations, afin de cultiver chez lui le sens de la pureté morale. Et voici que les pharisiens, multipliant à plaisir les applications du rite, se croyaient dispensés par là de la purification du cœur ! Pouvait-on aller plus directement à l'encontre de la pensée divine ? Anéantir la pratique par les pratiques, le but par le moyen ! Bleek, Meyer, Weiss, donnent à νῦν, maintenant, ce sens : « Les choses en sont maintenant venues chez vous à ce point que vous purifiez le dehors.… » Mais Jésus n'avait aucun motif d'insister sur l'idée d'un progrès qui se serait opéré dans l'hypocrisie pharisaïque. Le sens de ce νῦν me paraît plus simple : « Vous voilà bien ! Je vous prends sur le fait. » Les mots suivants : Vous nettoyez le dehors…, pourraient se prendre au sens spirituel : le dehors de la coupe, pour l'extérieur de la conduite ; la suite : « mais votre intérieur (votre cœur) est plein de…, » se rattacherait aisément comme antithèse. Mais dans la situation donnée (un repas) l'expression : « purifier le dehors de la coupe et du plat, » se prend plus naturellement au sens propre : « Vous avez soin de présenter à vos hôtes des coupes et des plats brillants de propreté extérieure. » Seulement dans ce sens l'antithèse, dans la proposition suivante, devient difficile à comprendre à cause du pronom ὑμῶν, votre, car l'expression votre intérieur ne peut désigner que l'intérieur des pharisiens eux-mêmes et non celui de leurs ustensiles. Bleek, Hofmann, Keil, etc., pour échapper à cette difficulté, font dépendre ὑμῶν, non de ἔσωθεν, mais de ἁρπαγῆς et πονηρίας ; mais la position des mots s'oppose à cette construction. Il faut donc admettre que dans la première proposition Jésus confond la purification de l'extérieur de la coupe et du plat avec les procédés de purification extérieure des pharisiens, quant à leur personne. En effet, le principe de conduite était le même dans les deux cas : toujours les apparences, le dehors ! Puis, dans la seconde, il oppose à cette manière de faire le manque de tout effort sérieux pour se purifier des souillures du cœur, mais non sans faire allusion aux moyens criminels dont usaient les pharisiens pour se procurer l'argent au moyen duquel ils remplissaient leurs coupes et leurs plats. Ce dernier sens littéral est celui de Matth.23.25, où il est rendu évident par l'absence du ὑμῶν - Ἀρπαγή, la rapine, la cupidité en acte ; πονηρία, la perversité, la malice intérieure qui en est la source. Jésus remonte de l'acte au principe. Il faut se rappeler ici le reproche que Jésus fait aux pharisiens, 20.47, de « dévorer les maisons des veuves. »
Verset 40. Le sens figuré des deux propositions du verset précédent (sans exclusion du sens littéral) est confirmé par cette parole qui ne peut être prise qu'au sens moral. Le Dieu qui a fait le corps et réclame sa pureté, n'a-t-il pas fait aussi l'âme, et ne veut-il pas aussi à plus forte raison sa purification ? Un corps bien lavé ne lui rendra pas acceptable une âme souillée, pas plus qu'un plat bien poli ne rendra agréable à un convive un mets malpropre. C'est donc le dedans qui importe à l'égard de l'homme aussi bien qu'à l'égard des vases qui renferment les aliments. Ἄφρονες, insensés : « Ne savez-vous donc pas que Dieu est esprit ? » Ce principe admis de tous devrait faire crouler le pharisaïsme. Quelques interprètes, Luther par exemple, ont donné de ce verset une tout autre explication : « L'homme qui a rendu (pur) le dehors, n'a pas encore par là rendu (pur) le dedans. » Mais ce sens de ποιεῖν est inadmissible, et le οὐχ placé en tête de la proposition, montre qu'elle est interrogative.
Verset 41. Nous avons traduit πλήν par plutôt. Le sens littéral, excepté, s'explique ainsi : « Toutes ces absurdités écartées, voici ce qui reste à faire. » L'expression τὰ ἔνοντα, ce qui est dedans, ne peut signifier que : ce qui est dans les coupes et les plats. Et c'est précisément parce que ce τὰ ἔνοντα, ce qui est dedans, n'est pas synonyme du τὸ ἐσωθεν, le dedans, dans ce qui précède, que Luc a changé l'expression ; Jésus veut dire : « L'emploi de vos biens au service de la bienfaisance serait un meilleur moyen de purifier vos repas que ce nettoiement si scrupuleux de vos coupes et de vos plats. » Καὶ ἰδού : Et voici ; ce résultat se produirait comme par enchantement. Cette parole ne renferme aucunement l'idée du mérite des œuvres. Jésus serait-il retombé dans le pharisaïsme au moment même où il le pulvérisait ? Il oppose simplement la réalité d'un bien accompli à la vanité des observances extérieures. Il recommande ici quelque chose de semblable à ce que Jean-Baptiste conseillait aux foules 3.11 : « Si tu as deux habits, donnes-en un à celui qui n'en a pas ; ce sera le bon moyen de légitimer l'usage que tu fais de l'autre. » Il ne s'agit pas encore du salut, mais des dispositions qui y préparent.
Verset 42. Le ἀλλά, mais, oppose la conduite réelle des pharisiens au mode de faire que Jésus vient de décrire : « Mais bien loin de la faire, cette chose unique (πλήν), voici ce que vous faites. » - Tout Israélite devait payer la dîme de son revenu en vin, huile, froment, etc. (Lév.27.30 ; Nomb.18.21 ; Deut.14.22). Mais pour faire parade de leur exactitude à observer la loi, les pharisiens avaient étendu cette prescription aux moindres produits de leurs jardins, tels que la menthe, la rue et les légumes dont la loi n'avait pas parlé. Matthieu indique d'autres plantes, l'anet, le cumin (23.23). L'un des deux évangélistes aurait-il jugé utile d'apporter au texte de l'autre un si puéril changement ? A ces redevances mesquines et dénuées d'importance, Jésus oppose les obligations fondamentales imposées par la loi et qu'ils négligent hardiment. Κρίσις, le jugement, ici : le discernement de ce qui est juste, le bon sens du cœur, qui proscrit le mal et impose la justice et l'équité (Sirach.33.34) ; et l'amour de Dieu, qui doit être l'âme de cette fidélité extérieure. Matthieu omet l'amour de Dieu et ajoute à κρίσις ; le jugement, ἔλεος et πίστις, la miséricorde et la bonne foi. - La modération et la sagesse de Jésus brillent dans les derniers mots du verset ; il ne veut nullement briser avant le temps le moule légal, pourvu qu'on ne le maintienne pas aux dépens du contenu réel de la loi.
Verset 43. La vaine gloire :