Pendant la scène précédente, une foule de plus en plus nombreuse était accourue ; et c'est devant elle que Jésus prononce le réquisitoire qui suit, contre l'incrédulité nationale. Dans le πονηρά, méchante, il y a une allusion à l'esprit diabolique qui avait dicté la demande d'un signe (πειράζοντες, v. 16), demande qui dans Matthieu n'est placée qu'à ce moment. - Le point de comparaison entre Jonas et Jésus paraît, à première vue, n'être, dans Luc, que le fait de leur prédication respective, tandis que, dans Matthieu.12.39-40, c'est évidemment la délivrance miraculeuse de l'un et la résurrection de l'autre. Beaucoup d'interprètes concluent, de cette différence que Matthieu a matérialisé cette comparaison faite par Jésus dans un sens purement moral, telle qu'elle se trouve dans Luc ; Jésus n'aurait dans ce sens fait allusion ni au séjour de Jonas dans le ventre du poisson et à sa délivrance miraculeuse, ni à sa propre résurrection. Ce serait Matthieu qui aurait introduit dans sa parole ce faux rapprochement. Ainsi pensent Strauss, Néander, de Wette, Bleek, Schürer, Colani[1], Hofmann. Mais le ἔσται, sera, de Luc, s'oppose à cette interprétation de la parole de Jésus dans le texte de Luc lui-même. Si Jésus eût voulu parler uniquement de sa prédication, il eût certainement dit : est, et non sera. Puisqu'il fait allusion à un fait à venir, il est clair que ce fait ne peut être que celui de sa résurrection, comme le déclare Matthieu. On demande un signe du ciel ; il y en aura un, sans doute, répond Jésus, un seul ; mais ce signe céleste ne sera pas un pur miracle d'exhibition comme celui qu'on lui demande de faire en ce moment de son propre chef. Ce sera un acte divin qui rentrera comme élément intégrant et indispensable dans l'œuvre de salut que Jésus vient accomplir ici-bas ; comp. Rom.4.25. C'est absolument dans le même sens que Jésus présente sa résurrection, Jean.2.19. Le sens est donc : Comme Jonas, arraché à la mort, prêcha la repentance aux Ninivites, ainsi ce sera comme ressuscité que le Fils de l'homme annoncera le salut au monde entier. Quant à la teneur de cette parole dans Matth.12.39-40, on eût difficilement mis dans la bouche de Jésus l'expression : trois jours et trois nuits, après que Jésus n'était resté qu'un jour et deux nuits dans le tombeau.
Cependant, si le peuple d'Israël était ce qu'il devrait être, il n'attendrait pas pour croire en Jésus un signe exceptionnel ; sa seule présence suffirait. C'est cette idée nouvelle que développe le passage suivant. Salomon n'a pas fait de miracle provenant du ciel, Jonas n'a pas accompli à Ninive un seul prodige ; il a suffi de la sagesse de l'un et de l'apparition menaçante du second pour gagner et pour émouvoir à repentance les païens, leurs contemporains.
Notes
[1] Jésus-Christ et les croyances messianiques, etc. p. 111.