Si ce n'est pas ici l'œuvre de Satan, c'est donc celle de Dieu et la preuve manifeste que Satan a subi une défaite décisive. - Par le doigt de Dieu, dit Jésus : sans toutes ces simagrées et ces formules magiques par lesquelles opèrent les exorcistes. Il lui suffit, à lui, de lever le doigt pour que Satan abandonne sa victime. C'est l'emblème de la plus extrême facilité ; comp. l'expression des magiciens de Pharaon à la vue des miracles de Moïse, Ex.8.19.
Verset 21. S'il en est ainsi, qu'ils prennent garde à eux ! Le moment est grave. Si le règne de Satan croule, c'est que celui de Dieu a surgi. Ils se sont représenté jusqu'ici ce règne venant avec fracas. Eh bien ! sans qu'ils s'en doutent, il est là ! Et c'est sur lui que leur accusation tombe comme un blasphème. Le régime ἐφ’ ὑμᾶς, sur vous, montre que l'on ne peut pas prendre ici le mot φθάνειν dans son sens propre de devancer, mais dans celui qu'il a souvent dans le grec postérieur et dans le N. T. (Rom.9.31 ; 2Cor.10.14 ; Phil.3.16), celui d'atteindre, de parvenir à. Ce régime sur vous a quelque chose de menaçant : il est arrivé comme un jugement qui va vous frapper. On sent dans tout ce passage une indignation concentrée. Ce dernier mot, plein de majesté, dévoile aux adversaires toute la grandeur de ce qui se passe à cette heure et ce qu'a de tragique l'attitude qu'ils prennent envers lui, Jésus. Au lieu de par le doigt de Dieu, Matthieu dit : par l'Esprit de Dieu. Weizsæcker suppose que Luc a remplacé à dessein ce terme parce qu'il semblait placer Jésus sous la dépendance du Saint-Esprit. Weiss pense que l'expression plastique, le doigt de Dieu, est venue naturellement sous la main de Luc, comme plus conforme à ses habitudes de style. Pour moi, je crois que l'amour du style plastique existait en Jésus aussi bien que chez Luc, et que la forme abstraite de Matthieu ne mérite point la préférence (voir Bleek). - Marc omet les v. 19 et 20. L'eût-il fait, s'il eût eu sous les yeux le même document que les autres ?
Versets 21 et 22 confirment par une image pleine de grandeur la pensée exprimée au v. 20. La propriété de Satan (les possédés) est en ce moment livrée au pillage (les guérisons de possédés) ; qu'est-ce que cela prouve, sinon que le propriétaire lui-même a été vaincu par un adversaire plus fort que lui ? Autrement il ne se laisserait pas ainsi dépouiller. Cette image de deux héros, dont l'un se tient bien armé sur le seuil de son château prêt à le défendre, dont l'autre survient tout à coup, abat le premier et partage aux siens tout, le butin de l'ennemi, est tirée d'Esaïe.49.24-25 ; le prophète l'applique à Jéhova arrachant son peuple aux mains de l'oppresseur païen. Il y a contraste entre les deux conjonctions ὅταν, quand, tant que, et ἐπὰν δέ, mais, dès que ; la première convient au long état de sécurité dont a joui le premier propriétaire avec sa propriété en sûreté derrière lui (ἐν εἰρήνῃ) ; la seconde, à l'arrivée soudaine du héros vainqueur. L'αὐλή, proprement la cour fermée devant la maison, ou aussi la cour en dedans de la maison (22.55), désigne ici, comme souvent (Matth.26.3, et dans le grec profane), la maison elle-même, le palais. Matthieu et Marc emploient le mot οἰκία. - Le ὁ devant ἰσχυρότερος doit être supprimé. « Un plus fort, » non : le plus fort. L'armure est l'emblème des puissants moyens d'action dont dispose Satan pour s'emparer de l'âme et même du corps des hommes. Le terme διαδιδόναι, distribuer, qui est emprunté à la répartition du butin que fait un général entre ses soldats, fait-il allusion au pouvoir donné par Jésus à ses disciples de guérir les possédés ? Il y a une majesté vraiment épique dans le tableau des deux adversaires et nous ne connaissons pas de parole de Jésus qui exprime d'une manière aussi saisissante le sentiment qu'il avait de la sublimité de sa position et de la grandeur de son œuvre. - La plupart des modernes, Meyer, Keim, Weizsæcker, Weiss, voient avec raison dans cette victoire en combat singulier qu'a remportée Jésus sur Satan, une allusion au récit de la tentation. C'est en effet cette victoire initiale qui a posé le fondement de toutes les victoires subséquentes de Jésus.
Les versets suivants font sentir la différence radicale qui existe entre ces guérisons accomplies par Jésus et celles qu'opèrent les exorcistes juifs ; ils appuient ainsi le raisonnement des v. 17 et 18.