Nous savons, par le N. T. et par Josèphe, qu'il y avait dans ce temps de nombreux exorcistes juifs qui faisaient métier de chasser les démons pour de l'argent ; comp. Act.19.13 : « Certains d'entre les exorcistes juifs ambulants…, » et Josèphe, Antiq. VIII, 2, 5 : « J'ai vu un de mes compatriotes, nommé Eléazar, qui, en présence de Vespasien et de ses fils, des tribuns et d'autres militaires, a délivré des personnes possédées de démons. Voici comment il les guérissait. Approchant des narines du possédé son anneau sous le chaton duquel était renfermée l'une des racines indiquées par Salomon, il la lui faisait flairer, et faisait ainsi sortir peu à peu le démon par les narines. L'homme alors tombait à terre, et l'exorciste ordonnait au démon de ne pas rentrer en lui, tout en prononçant le nom de Salomon et les formules composées par ce sage. Voulant convaincre les assistants de la puissance qu'il exerçait et la leur rendre palpable, Eléazar plaçait aussi là une coupe ou un bassin plein d'eau et ordonnait au démon de renverser le vase, en sortant du possédé, et de fournir par là aux témoins la preuve qu'il avait réellement quitté cet homme. Cela ayant eu lieu, la science et la sagacité de Salomon furent manifestes pour chacun. » Comp. Bell. Jud. VII, 6, 3, où la racine magique indiquée, une espèce de rue (πήγανον), est appelée Baara, du nom de la vallée où on la recueillait, avec des peines infinies, près de la forteresse de Machéronte. Le Talmud parle aussi de ces exorcistes, qui faisaient de David, guérissant Saül par ses chants, leur patron, et de Salomon l'inventeur de leurs incantations. Il dit d'eux : « Ils prennent des racines, enfument le malade, lui font une infusion d'eau, et l'esprit s'enfuit » (Tanch. f. 70, 1). Ce sont là ceux que Jésus désigne par l'expression : vos fils. Plusieurs Pères ont pensé qu'il voulait parler de ses propres apôtres, qui opéraient des guérisons pareilles ; mais le raisonnement n'aurait eu aucune valeur vis-à-vis des Juifs ; car ils n'auraient pas hésité à appliquer aux guérisons des disciples l'explication par laquelle ils venaient de stigmatiser celles du maître. De Wette, Meyer, Néander, donnent au mot fils le sens de disciples, comme dans l'expression : fils des prophètes. Mais rien ne prouve que ces exorcistes fissent des études dans les écoles des pharisiens. Il est plus simple d'expliquer ce terme vos fils dans ce sens : « Vos propres compatriotes, votre chair et votre sang, que vous ne songez point à renier, mais dont vous tirez gloire au contraire, quand ils accomplissent des œuvres de puissance analogues aux miennes. » Ces gens-là ne faisaient pas des signes dans le ciel ; et pourtant l'on ne suspectait pas leurs guérisons. Ce sont eux donc qui confondront les accusateurs de Jésus devant le tribunal divin, car ils les convaincront de partialité dans leur appréciation de faits analogues. La suite complétera la démonstration en faisant ressortir la différence totale entre ces deux classes de guérisons, différence qui prouve l'origine divine de celles de Jésus.
Après avoir montré par le bon sens et par l'exemple des exorcistes la fausseté de l'explication de ses adversaires, Jésus leur présente maintenant la vraie :