Il n'est pas étonnant que le scribe cite à l'instant la première partie du sommaire de la loi, tirée de Deut.6.5 ; car les Juifs devaient réciter cette parole matin et soir. Quant à la seconde, tirée de Lév.19.18, il est douteux qu'il ait eu assez de présence d'esprit pour la joindre de lui-même immédiatement à la première et composer ainsi ce magnifique résumé de la substance de la loi. C'est Jésus lui-même qui réunit dans ce but ces deux paroles Marc.12.30-31 et Matth.22.37-39. Il est donc probable que, comme le pense Bleek, Jésus, par quelques questions, amena le scribe à formuler ainsi sa réponse. Le v. 26 fait l'effet d'un commencement de catéchèse. - La première partie de ce sommaire de la loi renferme, dans Luc quatre termes, tandis que dans l'hébreu il n'y en a que trois : leb, cœur ; néphesch, âme ; meod, force. Mais en hébreu le terme leb renferme, avec le cœur, l'intelligence. Ce rapprochement du cœur et de l'intelligence est fortement marqué par les Septante, qui traduisent leb, cœur, par διανοία, intelligence, et n'ont ainsi que trois termes comme l'hébreu. Dans Matthieu, il y en a trois aussi ; διανοία est le dernier. Dans Marc, quatre : σύνεσις remplaçant διανοία et se trouvant placé le second. Καρδία, le cœur, dans Marc et Luc, est en tête ; c'est le terme le plus général : il désigne dans l'Ecriture le foyer central d'où partent tous les rayons de la vie morale ; et cela, dans ses trois directions principales : les facultés sensitives ou les affects, néphesch, l'âme, le sentiment ; puis meod, la force, les facultés actives, les aspirations énergiques, la volonté ; enfin διανοία, l'intelligence, les facultés intellectuelles, analytiques ou contemplatives. La différence entre le cœur, qui est comme le tronc, et les trois branches, le sentiment, la volonté et l'intelligence, est fortement accentuée, dans la variante alex., par la substitution de la préposition ἐν, dans ou par, à ἐκ, de, dans les trois derniers membres. La vie morale sort du cœur, et elle se produit au dehors dans ou par les trois formes d'activité indiquées. Ainsi l'élan vers Dieu part du cœur ; puis il se réalise par le sentiment qui se nourrit de cet être suprême par la communion personnelle avec lui et par tout ce qui peut servir à l'entretenir, par la volonté qui se consacre énergiquement à l'accomplissement de sa volonté, et par l'intelligence qui recherche les traces de ses perfections dans toutes ses œuvres. - La seconde partie du sommaire est le corollaire de la première et n'est réalisable que dans la relation avec celle-ci. Il n'y a que l'amour dominant de Dieu qui puisse désintéresser assez chaque individu de sa propre personne pour que le moi du prochain prenne rang à ses yeux exactement sur la même ligne que le sien propre. Il faut aimer par-dessus tout le modèle pour que l'image nous apparaisse aussi digne de respect et d'amour chez les autres qu'en nous-mêmes. Aimer ainsi, c'est bien, comme le dit Jésus, le moyen de vivre, ou plutôt, c'est la vie. La vie de Dieu lui-même est amour.