La ville de Chorazin n'est nommée ni dans l'A. T., ni dans Josèphe. Mais la tradition juive la mentionne, sous le nom de Chorazaïm, comme produisant un froment de seconde qualité[1]. D'après Eusèbe (Onomasticon), Chorazin était située à 12 milles (3 lieues) - Jérôme dit dans la traduction 2 milles (40 minutes) - de Capernaüm. Cette indication s'applique assez exactement aux ruines qui portent encore le nom de Bir-Kirâzeh, au nord-est de Tel-Hum. Ces ruines, d'après le rapport du capitaine Wilson, sont aussi considérables que celles de Tel-Hum. En tout cas Chorazin devait être une ville importante puisque Jésus la compare à Tyr et à Sidon et la met sur la même ligne que Capernaüm. - Nous ne connaissons aucun des nombreux miracles que suppose cette parole. De ceux de Bethsaïda nous n'en connaissons qu'un seul. - M. Colani a proposé d'entendre par δυνάμεις non des miracles, mais les œuvres de sainteté de Jésus ; cette interprétation ne se discute pas. - Les deux villes détruites qui servent de point de comparaison sont personnifiées ; elles sont représentées comme deux femmes assises, revêtues du cilice et couvertes de cendre, les emblèmes du deuil. La leçon byz. καθήμεναι est une correction du masculin καθήμενοι, qui se rapporte aux habitants des villes. Le πλήν, excepté, s'explique par une idée sous-entendue : « Tyr et Sidon aussi seront trouvées coupables ; seulement à un moindre degré que vous. » La responsabilité qui résulte du refus de la grâce est proportionnée à la grandeur de la grâce offerte.
Verset 15. Le ton de Jésus s'élève à mesure que se présente à son esprit le souvenir de celle des villes de Galilée qui avait été le plus richement partagée dans cette effusion de grâce, Capernaüm. C'était là qu'il avait fixé son domicile ordinaire, tellement qu'on l'appelait sa ville (Matth.9.1) ; il avait fait de cette cité le berceau du règne de Dieu, la nouvelle Jérusalem. - On conçoit à peine que, des interprètes sensés aient rapporté ces mots : élevée jusqu'au ciel, à la prospérité commerciale de Capernaüm, encore moins que Stier ait pu y voir une allusion à sa situation sur une colline au bord de la mer. La pensée de Jésus se meut dans un ordre de choses plus élevé ; il s'agit du privilège qu'il a accordé à cette localité en en faisant le centre de son activité terrestre. Tischendorf et Hort-Westcott adoptent la leçon de quelques alex. : « μὴ ὑψωθήση : Est-ce que tu seras élevée jusqu'au ciel ? Puis la réponse : Non, tu seras abaissée jusqu'en enfer. » Weiss lui-même déclare cette leçon absolument inacceptable (schlechterdings unpassend), et avec raison. Rien en effet ne motive la supposition, qu'impliquerait cette question, que Capernaüm puisse prétendre être élevée jusqu'au ciel. Il y a toute probabilité à ce que le ὑψωθήση, soit une forme moulée sur celle du καταβιβασθήσῃ qui suit ; et quant au μ joint au η suivant pour faire μή, il est possible que ce ne soit que le μ final de Capernaüm qui a été redoublé et joint à la lettre suivante. La leçon byz. ἡ… ὑψωθεῖσα, qui as été élevée, est parfaitement claire et simple. - Comme le ciel est ici l'emblème du plus haut privilège qui puisse être accordé par la grâce divine, l'enfer, proprement l'Adès, est celui de l'abaissement profond auquel est réduit l'homme qui repousse cette grâce. C'est dans l'A. T. le lieu souterrain, le séjour d'obscurité et de silence, où toute activité terrestre a cessé et où toute grandeur humaine retombe dans son néant (Ez.13.9 et ss. ; Es.31.17-18 ; 32.19 et ss.). - Le voyageur, assis aujourd'hui sur l'emplacement de Tel-Hum, ne contemple autour de lui que des ruines et des chardons. Le silence règne sur cette campagne solitaire et desséchée, qui descend des coteaux voisins vers le rivage du lac. - Au lieu de καταβιβασθήσῃ, tu seras précipitée, le Vaticanus et le Cantabrigiensis, lisent dans Matthieu, aussi bien que dans Luc, καταβήσῃ, tu descendras. Il me paraît probable qu'originairement l'un de ces termes se trouvait dans un évangile, l'autre dans l'autre ; le premier plutôt chez Luc, le second chez Matthieu (où καταβήσῃ a pour lui quelques autorités secondaires de plus). Ce fait montre bien l'influence exercée par le texte d'un évangile sur celui de l'autre ou des autres, dans les passages rigoureusement parallèles, tels que celui-ci[2].
Dans le premier évangile (Matth.11.20-23), cette parole est placée au milieu du ministère galiléen, à la suite du discours de Jésus provoqué par la députation de Jean-Baptiste. La relation d'idée qui a présidé à cet arrangement est aisée à comprendre. L'impénitence du peuple en face du ministère de Jean était le prélude de son incrédulité envers Jésus. Mais il saute également aux yeux que ces douloureuses paroles d'adieu conviennent mieux au moment où la mission de Jésus auprès du peuple galiléen est terminée et où il quitte pour toujours cette contrée, - c'est la situation chez Luc, - qu'à celui où il était encore en pleine activité dans cette province.
Verset 16. Luc rapporte ici une parole par laquelle Jésus revient à la mission actuelle des disciples, et qui clôt parfaitement toute cette instruction en donnant une sérieuse sanction aux promesses et aux menaces qu'elle renferme. Comme les disciples ne faisaient que reproduire dans leurs récits les actes et les enseignements de Jésus, en entendant le disciple, c'était Jésus qu'on entendait et voyait ; la position que l'on prenait à l'égard du messager équivalait ainsi à une position prise à l'égard de Jésus ; de même que, à un degré supérieur, Jésus ne faisant que ce que le Père lui montrait et ne disant que ce qu'il lui enseignait, la position prise vis-à-vis de Jésus devenait une position prise à l'égard de Dieu lui-même ; comp. Matth.10.40-42 et Jean.13.20, où la même pensée est appliquée au ministère des Douze, et 1Thess.4.8, où elle est appliquée aux prédicateurs de l'Evangile en général. Elle convient à toutes ces situations, sous les formes différentes où elle est énoncée. Rien n'était plus propre à soutenir les Septante dans l'accomplissement de leur tâche que le sentiment de son importance, tel qu'il devait ressortir pour eux de cette parole.
2o v. 17 à 24 : Le retour des disciples.
Jésus avait, vraisemblablement donné rendez-vous aux disciples en un lieu déterminé. Le régime sous-entendu de ὑπέστρεψαν, ils revinrent, n'est pas : dans le lieu d'où ils avaient été envoyés, mais : auprès de Jésus, qui avait lentement continué son pèlerinage. Son intention était maintenant de visiter successivement toutes les localités où il avait ainsi été annoncé ; comparez le devant lui, v. 1. Il n'y a donc dans ce récit aucune des invraisemblances ou incohérences que l'on a prétendu y trouver.
Le retour des disciples fut signalé par un entretien de Jésus avec eux sur le succès de leur mission (v. 17-20), qui fut suivi d'un moment d'épanchement que l'on peut appeler unique dans sa vie, et qui avait pour objet la marché inattendue, mais admirable, de son œuvre (v. 21-24).
Versets 17 à 20 : La joie des disciples.
Notes
[1] Tr. Menachoth, fol. 85, 1. Baba Bathra, fol. 15, 1 (voir Caspari, Chronol. geogr. Einleitung in das Leben Jesu Christi, p. 76).
[2] Outre les deux principales variantes μή ou ἡ et ὑψωθήσῃ ou ὑψωθεῖσα, qui se trouvent aussi chez Matthieu, celui-ci en présente une troisième renfermée dans 7 documents byzantins, que Weiss déclare absurde (sinnlos), je ne sais pourquoi, et qui pourrait bien (voir Keil) être la clef des deux autres ; c'est la leçon ἣ ὑψώθης, qui as été élevée. Le sens est le même que celui de la leçon ἡ ὑψωθεῖσα. De cette forme a aisément pu provenir ὑψωθήσῃ par l'adjonction du η final sous l'influence du verbe parallèle καταβιβασθήσῃ, ce qui a entraîné le changement du ἥ en μή (peut-être aussi par le redoublement du μ final du mot Καπερναούμ). Et d'autre part ὑψώθης est facilement devenu ὑψωθεῖσα, si l'on prenait le pronom relatif ἥ pour l'article ἡ.