A la vue de ce miracle, la surprise devient crainte. C'est le premier éveil des émotions messianiques. - Le τὰ ρήματα ταῦτα ne doit pas être appliqué aux paroles prononcées dans la cérémonie de la circoncision (v. 59 à 64), ainsi que le pensent Meyer et Weiss. Ce terme répond au hadevarim haellé de l'A. T. qui est employé dans le sens de : ces choses-là (Gen.15.1, etc.).
Verset 66. On n'écoutait pas seulement : on prenait à cœur. Le τιθέναι ἐν καρδίᾳ est le sim al lev hébraïque. - Le ἄρα, donc, signifie : « En conséquence de tout ce qui vient de signaler cette naissance. » La dernière proposition du verset a un sens tout simple dans la leçon du T. R. : « Et dès ce moment la main du Seigneur était avec l'enfant. » Cette remarque est placée là comme un résumé de toute l'histoire de Jean avant son ministère public. Complété par la remarque semblable du v. 80, ce court sommaire nous conduit jusqu'à 3.1. Si au contraire on lit καὶ γάρ, car aussi, ou et en effet, avec les alexandrins, on doit ou bien rattacher cette réflexion à la question précédente en la mettant dans la bouche de ceux qui posaient celle-ci : « Que sera-ce que ce petit enfant ? car la main du Seigneur a été sur lui » (ainsi Storr, Hofmann, etc.) ; ou bien, avec Bengel, Weiss, Keil, Schanz, il faut mettre cette réflexion sur le compte du narrateur, qui voudrait justifier par cette remarque historique la question des habitants de la Judée : « Que sera-ce que cet enfant ? » [Ils interrogeaient ainsi] « car la main du Seigneur était visiblement sur lui. » Mais dans le premier sens l'imparfait ἦν, était, ne se comprend pas. Et il y aurait de la pédanterie de la part de ces gens à expliquer leur propre question. Dans le second sens, la justification de la question a déjà été donnée à double par le narrateur, dans le ἀκούσαντες, (ayant entendu) et dans le ἄρα (donc) ; pourquoi une troisième explication ? D'ailleurs ce ne fut que plus tard que l'on put constater la bénédiction particulière de Dieu sur le développement de l'enfant ; le fait postérieur n'a pas pu motiver la question placée ici par l'évangéliste tôt après la circoncision. La leçon alexandrine est donc une correction fautive due à des copistes qui ont cru devoir continuer la question jusqu'à la fin du verset.
Versets 67-80 : Le cantique.
C'est ici l'εὐλογία annoncée v. 64. Si Luc a renvoyé ce morceau jusqu'à la fin, ce n'est pas seulement pour ne pas interrompre la narration précédente ; c'est aussi parce que cet hymne avait à ses yeux une valeur indépendante du moment où il fut prononcé. Comme le métal fondu s'échappe du creuset lorsque l'issue lui est ouverte, ainsi les sentiments et les pensées dont le cœur de Zacharie s'était rempli durant ces neuf mois de recueillement, d'humiliation et de reconnaissance, s'en échappent en flots mesurés et cadencés. Cette bénédiction est appelée une prophétie, parce qu'elle fut le produit d'une exaltation sainte, accompagnée d'une vue supérieure de la pensée divine, due à l'action exceptionnelle de l'Esprit, divin. Nous remarquons dans cet hymne la même marche que dans l'allocution d'Elisabeth, attribuée aussi au souffle extraordinaire de l'Esprit. Le plus légitime des sentiments psychiques, l'amour paternel, se subordonne complètement au sentiment théocratique. Dans la première strophe, Zacharie rend grâces pour l'avènement du salut messianique qu'il voit déjà réalisé dans l'existence de l'enfant de Marie (v. 67-75) ; puis il jette, mais en passant seulement, un regard sur son propre fils qui a la mission de préparer cette grande œuvre (v. 76 et 77) ; après quoi il revient aussitôt à l'enfant divin qui vient changer sur la terre la nuit en lumière (v. 78 et 79). Le salut, le précurseur, le Sauveur : voilà la marche du discours. Son caractère pneumatique ressort de cet exposé même. Le ton sacerdotal de ce cantique, appelé le Benedictus, contraste avec l'accent royal de celui de Marie, désigné du nom de Magnificat.
Versets 67-75.