On ne comprend pas la raison de la leçon latine qui met ce cantique dans la bouche d'Elisabeth ; elle n'a en tout cas aucune valeur. Le terme εἶπε, dit, contraste fortement par sa simplicité avec les expressions éleva la voix et un grand cri, du v. 42. Le bonheur de Marie est un état constant et son expression a quelque chose de naturel, exempt de tout, caractère d'exaltation. Ce n'est que dans la troisième strophe que le ton de la voix s'élève et que le mouvement intérieur de l'âme produit dans la parole comme une sorte d'ondulation.
Les premiers mots de Marie se rapportent à son bonheur présent. Son âme magnifie Dieu ; c'est le higdil hébreu. Par son adoration, elle fait à Dieu une place plus grande dans son propre cœur et dans celui des hommes. Cette adoration a pour siège et pour organe son âme. L'âme, ψυχή est, d'après l'Ecriture, le souffle de vie qui anime le corps, par conséquent le principe de l'individualité, le siège des facultés psychiques, ainsi que de toutes les impressions qui ont un caractère personnel. Le mot mon âme comprend donc ici toutes les émotions de femme et de mère qui font battre en ce moment le cœur de Marie, et qui aboutissent toutes ensemble à l'adoration.
Verset 47. L'aoriste ἠγαλλίασε, a tressailli, fait contraste avec le verbe au présent magnifie. Il se rapporte à l'émotion inexprimable dont Marie a été saisie lorsque s'est accomplie en elle le prodige d'amour qui doit sauver le monde. Elle place le siège de cette émotion supérieure dans le πνεῦμα, l'esprit. Ces deux termes : âme et esprit, ne sont nullement synonymes, comme le pensent Weiss, Schanz et d'autres, qui n'y voient que deux dénominations équivalentes de l'intérieur de l'homme, en opposition au corps. L'anthropologie biblique ne confond jamais ces deux termes, et en ne les distinguant pas, comme elle, l'on se prive de l'intelligence de bien des passages importants, surtout quand il s'agit de la personne du Seigneur ; comp. Jean.11.33 ; 12.27 ; 13.21. Saint Paul distingue l'âme de l'esprit, non moins expressément que du corps, quand il réclame une sainteté qui s'étende à ces trois éléments de notre nature : l'esprit, l'âme et le corps (1Thess.5.23). Schanz objecte que c'est là « une simple exemplification. » Je ne vois pas le sens de cette réponse. D'après l'Ecriture l'âme, le siège de l'individualité, a deux organes : le corps, par lequel elle communique avec le monde terrestre, et l'esprit, par lequel elle est en relation avec le monde divin. Aussi est-ce dans son esprit que Marie a tressailli au contact du souffle d'en-haut. - Elle appelle le Dieu qui s'est approché d'elle son Sauveur ; car elle a ressenti en elle-même les premiers effets de cette puissance restauratrice qui va se répandre sur Israël humilié et de là sur l'humanité déchue.
Verset 48. Le motif de l'adoration et de la joie de Marie : « Dieu a jeté les yeux sur elle… ; » comp. 1Sam.1.11, où Anne exprime la même pensée sous forme de vœu. Le mot ταπείνωσις, abaissement, ne désigne pas la disposition morale, l'humilité ; Marie ne veut pas dire que ce soit son humilité qui ait attiré sur elle les regards de Dieu. Ce mot désigne l'état d'abaissement auquel elle se trouve réduite en Israël, quoique descendante de David. Ce n'est pas la fille d'un des seigneurs de Jérusalem, l'une des princesses de sang royal, que Dieu a élue, mais la fiancée d'un artisan. Pour mieux faire ressortir cet attribut, Marie en fait un substantif. De cette manière, sa personne s'absorbe pour ainsi dire toute entière dans la position humiliante qu'elle s'attribue. Même forme Rom.6.4. - La dernière proposition du verset est une prophétie que l'histoire a réalisée même au-delà de la juste mesure. - Marie emprunte les expressions de Léa, Gen.30.13, seulement en en retranchant l'expression αἱ γυναῖκες ; les femmes, qui sent un peu trop le triomphe. - Dans la strophe suivante elle décrit le déploiement des perfections divines envers elle, qui est la source de son bonheur.