La conjonction ἐπειδήπερ, puisqu'en effet, qui ne se retrouve pas ailleurs dans le N. T., a une certaine solennité ; elle se compose de trois éléments : le ἐπεί, puisque, annonce l'indication du fait sur lequel Luc va s'appuyer ; δή rappelle la notoriété de ce fait, et περ insiste sur la justesse de la conclusion tirée : ἔδοξε κἀμοί. Nous dirions : « Eh bien, à moi aussi, il m'a paru bon. » - Origène et d'autres ont trouvé dans le terme ἐπεχείρησαν, ont entrepris, l'expression d'un blâme à l'adresse des devanciers de Luc, comme s'ils s'étaient mis à ce travail sans avoir pour cela une véritable vocation. Mais c'est précisément sur leur exemple que Luc s'appuie pour justifier son entreprise. Ce que renferme réellement cette expression, c'est d'abord une allusion à la grandeur de la tâche, puis une indication délicate de ce fait que ces auteurs ne possédaient pas encore tous les moyens nécessaires pour amener une pareille œuvre à bonne fin. Et en effet il est évident qu'aucun de ces ouvrages antérieurs ne suffisait à Luc, puisqu'il se proposait d'en écrire un nouveau.
Le verbe ἀνατάσσεσθαι indique, comme le dit Thiersch, « une activité ordonnatrice, » un arrangement de matériaux. Ces matériaux ne sont point cependant, comme l'ont pensé Schleiermacher et Ebrard, une foule de petits écrits antérieurs que ces auteurs auraient réunis ; ce sont les faits eux-mêmes que ces premiers évangélistes avaient cherché à coordonner en un récit suivi. Le terme de διήγησις ; qui désigne une narration conduisant le lecteur à travers tout le domaine dont on parle, montre bien qu'il s'agissait déjà de récits plus ou moins complets. Nous ne pouvons plus nous faire une idée de ces écrits ; c'étaient certainement des recueils de faits et de paroles appartenant à la vie de Jésus. On s'est bien souvent demandé si Luc rangeait parmi ces écrits antérieurs aux siens nos deux autres synoptiques ou l'un d'eux, Marc, par exemple, comme le pense Weiss. Comme Luc oppose très nettement, dans ces v. 1 et 2, les auteurs de ces écrits aux témoins oculaires (v. 2), il suit de là qu'il ne peut avoir pensé à l'évangile de Matthieu, à moins qu'on ne veuille prétendre qu'il en nie ici la composition par l'apôtre. Quant à l'évangile de Marc, les termes de Luc ne l'excluent pas aussi positivement, l'auteur n'ayant point été témoin oculaire et pouvant être l'un de ceux qui avaient reçu des apôtres la connaissance des événements racontés. Toutefois il est peu probable que Luc eût désigné comme une simple tentative un écrit, généralement envisagé comme la rédaction des récits de Pierre. L'exégèse nous montrera sûrement si Luc s'est servi de l'un ou de l'autre de ces écrits. Il ne peut être ici question de l'évangile des Hébreux, non plus que de celui de Marcion. Car l'origine postérieure de tous deux est aujourd'hui généralement reconnue. Hase compare avec raison les écrits dont parle Luc et qui n'ont pas tardé à être oubliés, aux plantes fossiles qui ont disparu pour faire place à la végétation actuelle. - Ces premiers mots du prologue excluent enfin l'existence d'un document apostolique, tel que l'évangile primitif imaginé par Eichhorn.
Luc a-t-il employé lui-même les écrits dont il parle ici ? Il ne le dit point. Il indique ses sources réelles au v. 2 (la tradition) et au v. 3 (ses propres informations). Il est certain néanmoins que s'il a trouvé dans ces écrits quelque chose d'utile, il ne l'aura pas négligé. - Les faits, objets de sa narration, sont désignés par une expression qui en fait ressortir la gravité : τὰ πεπληροφορημένα ἐν ἡμῖν πράγματα les choses qui se sont accomplies parmi nous. Il s'agit en effet du plus grand événement de l'histoire, de l'établissement du règne de Dieu par la vie et l'œuvre du Fils de Dieu. Le terme πληροφορεῖν signifie combler la mesure ; comp. 2Tim.4.5 : τὴν διακονίαν σου πληροφόρησον, « remplis complètement ton ministère ; qu'il ne reste dans ton service d'évangéliste aucune lacune. » Bèze, Olshausen et, en dernier lieu, Meyer, croient devoir appliquer ici le sens qu'a parfois ce verbe : convaincre pleinement ; d'où, au passif : être parfaitement convaincu (Rom.4.21 ; 14.5). Il faudrait traduire dans ce cas : « les événements qui ont été pleinement connus et crus au milieu de nous. » Mais ce sens, soit à l'actif, soit au passif, ne peut s'appliquer qu'à des personnes. Dès qu'il est question de faits, le premier sens est le seul possible, comme on le voit précisément dans le passage cité de 2 Timothée, que Meyer cherche en vain à ramener à son sens. Nösgen interprète : « les événements qui ont été confirmés au milieu de nous. » Ce sens est plus impossible encore. Paul eût d'ailleurs exprimé cette idée par le mot βεβαιοῦσθαι (1Cor.1.6). Sur la question de savoir si le contenu du livre des Actes est aussi compris dans ces événements dont parle Luc, voir à la fin du Prologue.
Plusieurs appliquent le ἐν ἡμῖν, parmi nous, à la génération contemporaine de Jésus-Christ. Le sens serait : « qui se sont accomplis de nos jours. » Mais comme le nous du v. 2 ne comprend certainement que des croyants, il doit en être de même au v. 1. Par nous Luc entend donc spécialement les croyants qui forment le milieu dans lequel l'histoire évangélique s'est accomplie (Jean.20.30).
Verset 2. La conjonction καθώς, selon que, renferme un témoignage de fidélité générale rendu à ces écrits antérieurs au sien. - On peut certainement appliquer le terme de παραδιδόναι, transmettre, à une narration écrite ; voir les nombreux exemples tirés des écrits des Pères dans Grimm (Das Proömium des Lucas-Evangelium dans Jahrb. für d. Théologie, 1871, p. 44). Mais ce savant fait observer lui-même que dans toutes ces citations le verbe est déterminé par des termes tels que γραφῇ ou ἐγγράφως. Dans le N. T. ce mot s'applique ordinairement à une transmission orale (Act.16.4 ; 1Cor.11.2,23 ; 15.3) ; de même le substantif παράδοσις (Matth.15.2-3,6 ; Coloss.2.8 ; 2Thess.2.15, etc.). Dans ce contexte en particulier, où παραδιδόναι fait antithèse à ἀνατάσσεσθαι διήγησιν, il est impossible de penser, quoi qu'en disent Weiss et Holtzmann au profit de leurs systèmes critiques, à une transmission écrite. Le pronom ἡμῖν, nous, désigne, comme au v. 1, l'ensemble des croyants ; seulement il faut en retrancher ici le sujet de la proposition, les apôtres, auteurs de la tradition. - Le mot ἀπ’ ἀρχῆς, dès le commencement, désigne le commencement du ministère de Jésus, comme Jean.15.27 ; 16.4. C'était par le baptême de Jésus, comme nous le voyons par l'évangile de Marc, que commençait la narration apostolique ; comp. aussi Act.1.21-22. La vie de Jésus jusqu'à l'époque de son ministère ne paraît pas avoir été l'objet de la prédication publique ; voir la prédication de Pierre Act.10.37 et celle de Paul Act.13.23.
Ces témoins du commencement sont devenus après le départ de Jésus les serviteurs de la Parole. Leur parole n'était autre chose que le témoignage qu'ils étaient chargés de rendre à ce qu'ils avaient vu et entendu. Personne ne donne plus aujourd'hui au mot Parole, comme l'ont fait. Origène et Athanase, le sens qu'il a dans le prologue de Jean : le Verbe fait chair. Sur le sens d'ὑπηρέτης, serviteur, comp. Act.26.16, où ce titre est aussi appliqué à Paul. Les attributs de témoins primitifs et de serviteurs de la Parole, appliqués aux apôtres, servent à les qualifier comme auteurs parfaitement dignes de foi des narrations évangéliques qu'ils ont transmises à l'Eglise. L'histoire évangélique provient de gens qui ont vu et raconté eux-mêmes ; ajoutons que par le ἡμῖν, nous, Luc désigne sa propre génération comme celle qui a reçu elle-même de première main ce trésor.
Verset 3. Luc arrive ici à la proposition principale. Par le moi aussi, il se met au même rang que les plusieurs dont il a parlé. Pas plus qu'eux sans doute il n'a été témoin ; mais si on ne les a pas blâmés, on ne doit pas le blâmer non plus. Le : il m'a paru bon, est extrêmement sobre ; aucun appel à une vocation divine spéciale, à une révélation particulière. Il a compris qu'il y avait une lacune à combler et il a résolu de se vouer à cette tâche. L'impulsion divine a été comme enveloppée dans cette résolution humaine. Certains copistes de la traduction latine ont éprouvé le besoin de faire ressortir ici un élément surnaturel. Ils ont ajouté à ce pronom mihi les mots : et Spiritui sancto, à moi et au Saint-Esprit, évidemment tirés d'Act.15.28. Mais au IIe s., on acceptait encore sans scrupule les termes tout simples de Luc ; voir dans le fragment de Muratori (p. 13) la paraphrase de cette expression.
Luc, tout en se mettant sur la même ligne que ses devanciers, aspire cependant à une certaine supériorité vis-à-vis d'eux. C'est ce qui ressort des paroles suivantes. Il ne s'est pas borné à recueillir la tradition telle qu'elle circulait dans l'Eglise ; mais, pour se rendre plus propre à l'œuvre qu'il avait en vue, il s'est livré à un travail personnel et spécial. Le mot παρακολουθεῖν, accompagner, signifie proprement assister comme témoin à un événement (1Tim.4.6 ; 2Tim.3.10). Luc n'ayant point été témoin des scènes de la vie de Jésus, ne l'ayant été que partiellement de celles de la vie des apôtres, ce mot doit être pris ici dans le sens figuré : prendre connaissance d'une chose. Ce sens est usité dans le grec classique : comp. Démosthène (De Cor., 53) : παρακολουθηκότα τοῖς παράγμασιν ἀπ’ ἀρχῆς, « ayant suivi (étudié de près) ces affaires dès le commencement. » Luc met le participe au datif plutôt qu'à l'accusatif, parce qu'il veut, non indiquer la succession des deux actes de s'informer et d'écrire, mais qualifier l'auteur lui-même comme rendu apte par le fait du premier à l'accomplissement du second. Ce travail d'information l'a mis à même de compléter, de préciser et de coordonner chronologiquement les matériaux fournis par la tradition générale. Par le ἄνωθεν, depuis en haut, il semble se comparer au voyageur qui s'efforce de remonter jusqu'à la source du fleuve, afin d'en redescendre tout le cours en suivant ses rives. En effet la tradition publique, dominée par le but pratique de l'évangélisation, ne commençait qu'avec le ministère de Jean-Baptiste, qui avait inauguré celui de Jésus (voir le commencement de Marc). Luc a senti le besoin de remonter au-delà de ce moment et de jeter la lumière sur les premiers commencements du drame messianique ; voir les ch. 1 et 2 (les récits de l'enfance). Et, tout en complétant la tradition à ce premier égard, il a cherché aussi à recueillir un certain nombre de faits et de paroles de Jésus omis par elle : c'est ce qu'indique le πᾶσιν, toutes choses. Son évangile offre tout du long la preuve de ce fait. D'après M. Sabatier, il renferme 541 versets qui lui sont propres, sur 1310 dont se compose toute la narration synoptique. Ainsi plus d'un tiers de l'histoire de Jésus serait perdu pour nous sans ce travail d'information auquel Luc s'est livré. On arrive à un résultat semblable par un autre calcul. Si l'on divise toute la matière synoptique en 172 sections, Luc en possède 127 dont 48 sont sa propriété particulière. - De plus, comme, dans une tradition orale, les traits caractéristiques des récits s'effacent aisément, que les paroles sont reproduites détachées de l'occasion qui les a fait naître et qui leur a donné leur à-propos et leur charme, Luc a cherché à rétablir la forme précise des faits, puis à retrouver la teneur exacte des paroles et la circonstance dans laquelle elles ont été prononcées. C'est ce travail auquel se rapporte le terme ἀκριβῶς, exactement. - Enfin il est encore un point sur lequel il a porté toute son attention. La tradition avait un caractère anecdotique. Elle rapportait des faits détachés et ne s'appliquait guère à conserver leur ordre chronologique. Luc s'est efforcé de raconter καθεξῆς, par ordre, en replaçant, autant que possible, les faits dans leur succession naturelle. C'est là le fruit du παρακολουθεῖν bien exécuté. Ceux qui, comme Ebrard, appliquent ce mot par ordre à un ordre de matières, à un groupement systématique, font violence au sens naturel de cet adverbe ; comp. Act.11.4. Ce mot ne se trouve dans le N. T. que chez Luc, deux fois dans l'évangile, trois fois dans les Actes. - Sur Théophile, voir l'Introduction, p. 8.
Verset. 4. Après nous avoir renseignés sur la manière en laquelle il s'est préparé à ce travail, Luc en indique le but prochain. Il a voulu faire comprendre à son haut protecteur l'inébranlable solidité (ἀσφάλειαν, d'ἀσφαλής, inébranlable) des enseignements qu'il avait précédemment reçus. Ce mot est, placé à dessein à la fin de la phrase, comme celui sur lequel doit reposer la pensée. - Ἐπιγινώσκειν, toucher au doigt. - On peut construire la phrase de trois manières :
- τὴν ἀσφάλειαν περὶ τῶν λόγων περὶ ὧν κατηχήθης.
- τὴν ἀσφάλειαν περὶ ὧν κατηχήθης.
- τὴν ἀσφάλειαν περὶ τῶν λόγων περὶ οὓς κατηχήθης.
Les deux premières constructions ne sont pas admissibles, parce que le verbe κατηχεῖσθαι ne se construit avec la préposition περί que lorsque le régime est personnel (Act.21.29) ; le régime de chose se met à l'accusatif (κατηεῖσθαι τι, Act.18.25 ; Gal.6.6). - Κατηχεῖν, faire pénétrer un son dans les oreilles, puis un fait ou une idée dans l'esprit. - Que faut-il entendre par les enseignements qu'avait reçus Théophile ? Faut-il y voir uniquement un certain exposé plus ou moins imparfait de l'histoire évangélique ? Dans ce cas, Luc voudrait dire que les faits particuliers qui, détachés de leur enchaînement historique, pouvaient lui paraître invraisemblables, présentés dans leur succession réelle, prendront pour lui le caractère de la certitude[1]. A la rigueur ce sens pourrait suffire. Mais le terme λόγοι paraît indiquer plus que de simples récits historiques. Le sens religieux des faits chrétiens n'était-il pas d'ailleurs inséparable de leur exposé historique ? Le passage 1Cor.15.1-4 montre comment, dans l'évangélisation apostolique, le commentaire dogmatique et moral des faits en accompagnait le récit (mort pour nos péchés - selon les Ecritures). C'était en vue, non de la connaissance, mais de la foi et du salut, que l'on racontait. Et, comme il s'agit ici d'un lecteur en qui est personnifiée l'Eglise des Gentils, nous ne pouvons entendre par ces λόγοι que l'enseignement à la fois historique et religieux, au moyen duquel Paul et ses aides fondaient le règne de Dieu dans le monde païen, ce que Paul lui-même appelait son évangile.
Raconter les faits chrétiens de manière à montrer que la prédication et l'œuvre de Jésus impliquaient du commencement jusqu'à la fin ces deux grands principes de l'universalité et de la gratuité du salut qui formaient le fond de l'enseignement évangélique de saint Paul, n'était-ce pas donner à cet enseignement sa base inébranlable ? Pour atteindre ce but Luc n'aura pas besoin de violenter l'histoire ; il n'aura qu'à la reproduire aussi exactement que possible, faisant seulement ressortir avec un soin particulier les faits et les enseignements les plus propres à mettre en lumière les deux principes que nous venons d'indiquer. L'évangile de Luc deviendra ainsi la démonstration du droit des païens au salut accompli par Jésus-Christ, de même que l'évangile de Matthieu se trouve être le traité du droit de Jésus à la souveraineté sur Israël et sur le monde entier.
On a demandé si ce prologue se rapportait aussi au livre des Actes. La réponse est dans les expressions : καθὼς παρέδοσαν, selon qu'ils nous ont transmis, et πεπληροφορημένων πραγμάτων, événements accomplis. Les récits du livre des Actes n'ont jamais fait l'objet d'une tradition apostolique ; et au moment où Luc écrivait, l'histoire à laquelle se rapportent les Actes, était, encore en train de se dérouler et ne pouvait être appelée : des événements accomplis. D'ailleurs ce livre a son prologue particulier.
Ceux qui pensent que Josèphe a été l'une des sources auxquelles Luc a puisé, ont rapproché ce prologue de quelques passages de cet historien juif dans son écrit contre Apion (I, 9 et 10) : « J'ai composé un récit vrai (ἀληθῆ τὴν ἀναγραφήν) de toute cette guerre et de toutes les choses qui s'y sont passées, ayant assisté moi-même à toutes ces affaires » (τοῖς πράγμασιν ἅπασιν παρατύχων). Et plus loin (c. 10) : « Car il faut que celui qui promet aux autres la transmission (παράδοσιν) de faits vrais, les connaisse exactement (ἀκριβῶς) lui-même, soit qu'il ait assisté (παρακολουθηκότα) à ce qui a eu lieu, soit qu'il les ait appris de ceux qui les savaient. » Mais d'abord, s'il y a entre ces passages quelques coïncidences d'expression (πράγματα, παρακολουθεῖν, παράδοσις, ἀκριβῶς), il n'y a pas le moindre rapport de pensées. Et le terme commun le plus saillant lui-même (παρακολουθεῖν) est précisément pris par Luc dans le sens opposé à celui de Josèphe (ici le sens littéral : assister personnellement ; là le sens figuré : s'informer). Quant aux autres termes, ils sont d'un usage si ordinaire qu'ils ne peuvent absolument rien prouver. Si de pareilles coïncidences pouvaient démontrer quelque chose, en voici quelques-unes qui auraient, certainement plus de poids. Xénophon (Memor. IV, 6,15) emploie l'expression ἀσφάλεια λόγου ; Démosthène (passage cité, p. 89) s'exprime ainsi : « Une telle circonstance réclamait un homme non seulement bienveillant et riche, mais qui eût en outre suivi ces affaires-là dès l'origine » (ἀλλὰ καὶ παρακολουθηκότα τοῖς πράγμασιν ἀπ’ ἀρχῆς) ; le verbe παρακολουθεῖν est employé ici dans le même sens figuré que chez Luc. Ulpien (p. 105, éd. Valken.) dit, : « Puisque plusieurs ont entrepris une justification à l'égard de ces choses (ἐπειδήπερ ἐπὶ τούτου πολλοὶ ἐπεχείρησαν ἀπολογήσασθαι). Nul ne conclura de ces ressemblances, plus frappantes pourtant que les précédentes, que Luc ait imité ici Xénophon, Démosthène et Ulpien. Ils savaient le grec, Luc aussi : voilà tout.
PREMIÈRE PARTIE :
Récits de l'enfance
Ch. 1 et 2
Luc ne commence pas son récit comme Matthieu, par une généalogie. La filiation jouait un rôle important chez les Hébreux ; car c'est sur elle que reposait l'hérédité des promesses divines. La généalogie de Jésus dans Matthieu est comme la continuation des Veellé Tholedoth de la Genèse. A la qualité de fils de David et de descendant d'Abraham (Matth.1.1) était lié le droit messianique de Jésus. Luc, appliquant à l'objet de son récit une intelligence grecque, veut se rendre compte des faits. Pour cela le vrai moyen sera de remonter à leur origine. Un événement aussi extraordinaire que celui de l'apparition publique de Jésus ne pouvait être survenu sans préparation ; ce personnage n'était pas tombé du ciel, comme un homme fait, à l'âge de trente ans, ainsi que se le figurait Marcion. Après avoir entendu les récits du ministère public de Jésus, Théophile et les chrétiens représentés par lui devaient donc se demander quelles avaient été les origines de cet homme exceptionnel, de même que le botaniste, après avoir fait la découverte d'une plante nouvelle, ne se contente pas d'en contempler les pétales et les étamines, mais, fouillant le sol, cherche à en mettre au jour les racines. C'est là le besoin que Luc s'efforce de satisfaire dans les deux premiers chapitres.
Marc ne présente rien de semblable à ces chapitres qui vont suivre ; il commence son récit par le ministère de Jean-Baptiste. C'était ce que faisait, comme nous l'avons vu, la tradition orale émanant des apôtres, dans les temps qui suivirent la Pentecôte. L'évangile de Marc est certainement l'écrit évangélique le plus conforme au type de la narration primitive, quoiqu'il n'y ait rien à conclure de ce fait en faveur de l'antériorité du second évangile par rapport aux deux autres.
Les deux premiers chapitres de Luc comprennent sept récits, à savoir deux groupes de trois et un septième qui en forme le couronnement. Ce sont :
- L'annonce de la naissance du précurseur, 1.5-25 ;
- L'annonce de la naissance de Jésus, 1.26-38 ;
- La visite de Marie à Elisabeth, 1.39-56 : C'est le premier groupe.
- La naissance de Jean-Baptiste, 1.57-80 ;
- La naissance de Jésus, 2.1-20 ;
- La circoncision et la présentation de Jésus, 2.21-40 : C'est le second groupe.
- Le premier voyage de Jésus à Jérusalem, 2.41-52 : C'est la transition à l'adolescence et au ministère de Jésus.
I.
Annonce de la naissance de Jean-Baptiste (1.5-25)
Cette scène forme l'ouverture du drame messianique. Le ciel, fermé depuis la fin de l'époque prophétique, après ces quatre cents ans de silence parle de nouveau à la terre, et désormais la communication rétablie va continuer sans interruption en s'étendant successivement au monde entier. Mais quand Dieu commence une œuvre nouvelle, il ne rompt pas dédaigneusement avec l'ancienne. C'est au sein d'Israël, son peuple élu, c'est à Jérusalem, au centre de ce peuple, c'est dans le temple, foyer de la vie théocratique, que Dieu inaugure l'économie nouvelle. Et comme, à la fin du moyen-âge, ce fut au fond d'un couvent qu'il alla chercher le rénovateur de l'Eglise, c'est des entrailles du sacerdoce israélite qu'il fait surgir le précurseur chargé d'initier le monde au renouvellement qui va commencer. Tout est donc d'une divine convenance, soit dans le choix du théâtre, soit dans celui des acteurs des scènes suivantes. - Dans les v. 5-7 est exposée l'épreuve qui donne lieu à l'intervention divine ; dans les v. 8-22, le message divin ; les v. 23-25 racontent l'accomplissement de la promesse.
Versets 5-7 : L'épreuve.
Notes
[1] Les missionnaires catholiques Hue et Gabet, dans leur Voyage en Tartarie (t. II, p. 136), racontent ce qui suit : « Nous avions adopté [vis-à-vis des prêtres bouddhistes au milieu desquels ils vivaient] un mode d'enseignement tout à fait historique.… Des noms propres et des dates bien précises leur faisaient beaucoup plus d'impression que les raisonnements les plus logiques.… L'enchaînement qu'ils remarquaient dans l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament était pour eux une démonstration. «