La conduite et la parole d'Elisabeth ont été expliquées très diversement. Origène pensait qu'elle éprouvait une sorte de honte de devenir mère à un âge si avancé ; de Wette supposait que c'était une précaution hygiénique ; d'autres croyaient qu'elle voulait avant tout s'assurer de la réalité de son état ; la plupart, Bleek, Oosterzee, Keil, Weiss, Schanz, expliquent cette conduite par le besoin d'un temps de recueillement et d'action de grâces. Cette dernière explication serait préférable aux autres ; mais il me paraît qu'elle ne rend pas suffisamment compte ni du ὅτι, parce que, ni du οὕτω, ainsi, non plus que des cinq mois fixés par Elisabeth comme durée de cette réclusion volontaire. Le ὅτι signifie parce que, et, non que ; car il annonce l'explication qu'Elisabeth va donner de sa conduite. Le οὕτω indique qu'en agissant ainsi, elle se traite elle-même conformément à ce que Dieu a fait à son égard. Il lui a ôté son opprobre : en conséquence elle se soustrait aux yeux des hommes, tant qu'elle ne peut pas se montrer à eux réhabilitée. Dieu l'a rendue mère ; elle lui doit et elle se doit de ne plus se montrer en public comme la stérile (v, 36). C'est là ce qui explique le terme des cinq mois. Ce moment de la grossesse est celui où l'état de la femme enceinte devient visible. Voilà donc le moment où elle pourra reparaître en public ; car alors elle pourra être reconnue et traitée comme ce qu'elle est en effet. Celle que Dieu a honorée ne doit plus être en butte à l'opprobre de la part des hommes. Il y a dans cette conduite un mélange admirable de respect d'elle-même et de respect pour l'œuvre de Dieu. C'est l'expression, que nul n'eût inventée, de la fierté féminine exaltée par le sentiment maternel et par la reconnaissance la plus humble pour le prodige d'amour divin qui s'est accompli à son égard. - L'expression ἐπεῖδεν ἀφελεῖν, il a regardé pour, il a avisé à ôter, est intraduisible ; comp. Act.4.29. Elisabeth s'approprie la parole triomphante de Rachel Gen.30.23. Le terme d'opprobre, qui rappelle les années d'humiliation qu'avait traversées la pieuse femme, est bien expliqué par la parole de l'ange à son sujet v. 36 : « Celle qui était appelée stérile. » La stérile, c'était son sobriquet dans la bouche des femmes du lieu.
II.
Annonce de la naissance de Jésus (1.26-38)
La naissance de Jean-Baptiste a été, comme celle d'Isaac, l'effet d'une action supérieure ; mais elle est restée dans les limites de l'ordre naturel. Il en est autrement de celle de Jésus ; elle a le caractère d'un acte créateur. C'est qu'elle répond, non à la fondation de l'ordre théocratique, mais à la création même de l'humanité. Jésus est un second Adam. Cependant l'acte créateur auquel est due sa naissance, s'opère de telle sorte qu'il n'y a pas solution de continuité entre l'ancienne humanité et l'humanité nouvelle et définitive qui apparaît en lui. Dieu sauvegarde avec soin le lien qui unit le second Adam à la race issue du premier ; c'est du sein d'une mère humaine qu'il tire le germe qui doit devenir le corps du second Adam, et, en vertu de cette connexion organique, Jésus peut élever l'humanité naturelle, dont il devient membre, à la hauteur de l'état divin qui est la véritable et sublime destination de l'homme. Le récit de l'annonce de cette naissance comprend :
- l'apparition de l'ange, v. 26-29 ;
- son message, v. 30-33 ;
- la manière dont ce message est reçu, v. 34-38.
Versets 26-29 : L'apparition.