En premier lieu, il produira un mouvement religieux puissant ; comme on dirait aujourd'hui, un grand réveil au milieu du peuple. De la vie d'éloignement de Dieu où est plongé Israël, il le ramènera par la repentance aux pieds de l'Eternel ; ἐπιστρέφειν, faire retourner, dans le sens où nous disons convertir.
Verset 17. Par là, en second lieu, il préparera l'époque messianique ; ce sera le couronnement de son œuvre. La leçon προσελεύσεται, il s'approchera, dans le Vatic. et quelques alex., est une faute évidente. - Les mots devant lui ne peuvent se rapporter, comme tout le monde le reconnaît, qu'à l'expression précédente : le Seigneur, leur Dieu. On ne devrait donc pas se refuser à reconnaître aussi la conséquence de ce fait : c'est qu'aux yeux de celui qui parle ainsi, que ce soit l'ange ou que ce soit Luc, l'apparition du Messie est celle de Jéhova lui-même, dans sa manifestation suprême. Malachie l'avait dit clairement (Mal.3.1) : « Voici, j'envoie [moi Jéhova] mon messager, et il prépare la voie devant moi, et aussitôt il viendra dans son temple l'Adonaï (le Seigneur) que vous cherchez, l'ange de l'alliance que vous désirez. » Voir sur cette question la Bible annotée. Meyer et Weiss refusent d'admettre que le Messie soit présenté dans les paroles du prophète, ainsi que dans celles de l'ange, comme être divin. Mais dans Malachie Jéhova dit devant moi, s'identifiant positivement avec le Messie ; il appelle le temple de Jérusalem le temple du Messie, et il donne à celui-ci le titre d'Adonaï qui est réservé à Dieu dans tout l'A. T. Luc en agit de même (voir le v. 15). Comp. du reste Jean.12.41.
Le trait distinctif de l'activité de Jean, comme de celle d'Elie, sera la force. L'Esprit est la source, la force l'effet. Il y a encore ici une allusion à Malachie qui avait dit (Mal.4.5) : « Voici, je vous envoie Elie le prophète, avant que le jour grand et redoutable vienne. » Le peuple et ses docteurs avaient pris cette promesse à la lettre et attendaient le retour personnel d'Elie (Jean.1.21 ; Matth.16.14 ; 17.10 ; 27.47) ; c'était de cette manière que les LXX avaient déjà compris Malachie : « Voici, je vous envoie Elie le Thisbite. » Jésus Sirach également (Sira.48.9-10). La promesse est interprétée ici dans un sens spirituel, conformément à la pensée du prophète lui-même : un nouveau réformateur semblable à Elie. - On applique ordinairement l'expression : ramener les cœurs des pères vers les enfants, etc., au rétablissement de l'union dans les familles, afin qu'elles puissent bien recevoir le Messie. On part de l'idée que l'hostilité entre parents et enfants était l'un des traits de la dissolution sociale au temps de Malachie et à l'époque de la naissance de Jean-Baptiste. Mais l'histoire ne nous apprend absolument rien de semblable et l'activité du précurseur si bien décrite par Luc (3.3-14) n'offre aucun trait de ce genre. D'ailleurs il n'y a pas de relation particulière saisissable entre l'union dans l'intérieur des familles et la venue du Messie. Et surtout comment le prophète aurait-il dit en rapport avec un fait aussi spécial : « De peur que je ne vienne et que je ne frappe la terre à la façon de l'interdit. » Enfin la substitution, dans la bouche de l'ange, des termes : et les rebelles à la sagesse des justes, à l'expression du prophète : « et le cœur des enfants vers les pères, » ne se comprend pas du tout à ce point de vue. Hofmann entend par les pères les impies de la génération précédente, qui doivent revenir à la piété des justes de la génération nouvelle, et par les enfants, les rebelles de la génération nouvelle, qui doivent revenir à la piété des justes de la génération antérieure. On ne peut imaginer rien de plus alambiqué. Calvin et Keil appliquent plus simplement le terme de pères aux patriarches dont les sentiments pieux rempliront de nouveau le cœur des hommes de la génération présente, de sorte que ceux-ci, les fils, seront ainsi ramenés à la foi et à l'obéissance des anciens. Mais ce sens ne rend pas suffisamment compte de l'expression : ramener le cœur des pères vers les enfants. Il me paraît plutôt que Malachie exprime ici la même idée que celle qui avait déjà été énoncée en ces termes par Esaïe.29.22-23 : « Jacob ne sera plus honteux et sa face ne pâlira plus, car lui et ses fils verront l'ouvrage de mes mains, » et Es.63.16 : « Quand même Abraham ne nous reconnaîtrait pas et qu'Israël ne nous avouerait pas, Eternel, tu es notre Père ! » Dans leur état céleste, Abraham et Jacob rougissent à la vue de leurs coupables descendants et détournent d'eux leurs visages ; mais le ministère de Jean fera que le regard de leur cœur pourra se tourner de nouveau vers eux avec une joyeuse satisfaction. Comp. Jean.8.56, où Abraham est représenté comme contemplant l'avènement du Christ et tressaillant de joie à ce spectacle. On comprend parfaitement dans cette explication comment l'ange peut substituer, dans le second membre, au terme d'enfants celui de rebelles et à l'expression de pères celle de la sagesse des justes. Le terme de φρόνησις désigne la manière de penser, d'apprécier les choses ; comp. Eph.1.8, et déjà dans l'A. T. 1Rois.4.29. Il n'est donc pas nécessaire de lui donner ici avec de Wette, Weiss, etc., le sens de disposition. - Le ἐν est souvent employé au lieu du εἰς avec les verbes de mouvement lorsque le but doit être représenté comme atteint. - L'infinitif ἑτοιμάσαι, préparer, pourrait être envisagé comme parallèle d'ἐπιστρέψαι et dépendant de προελεύσεται : « pour ramener… et pour préparer… » Mais il eût fallu un καί, et, pour lier ces deux infinitifs de but. Il vaut donc mieux faire dépendre le second du premier : « ramener les cœurs… afin de préparer un peuple bien disposé à recevoir le Messie. » Il n'y a pas de tautologie : Le ἑτοιμάσαι porte sur le rapport de Jean au peuple ; le κατεσκευασμένον sur celui du peuple au Messie. Le salut qu'attendait le peuple était un affranchissement politique et national, non la délivrance individuelle du péché. Rectifier dans l'esprit des Juifs cette fausse intuition, afin qu'ils ne rejetassent pas le salut tout différent que leur apportait le Christ : tel était le rôle de Jean-Baptiste. La tâche du précurseur est décrite ici telle qu'elle était en elle-même et conformément au plan divin, mais sans qu'il en résulte qu'elle doive se réaliser chez tous ou même chez la plupart. Quoi qu'il en soit du succès, cette mission est grande et glorieuse : reconstituer l'unité nationale, brisée par l'infidélité des descendants, en reliant ceux-ci, par la transformation de leurs sentiments, avec leurs pieux ancêtres et en ramenant sur eux les regards satisfaits de ces derniers. C'est un tel peuple qui sera disposé à recevoir le Messie que Dieu va lui donner.