L'ange répond d'abord à ce sentiment de trouble ; il n'apporte point un message de jugement, mais de grâce : il annonce un fils (v. 13 et 14), et quel fils (v. 15-17) ! Strauss a demandé si cet ange parlait hébreu. Mais nous devons répéter par rapport au sens de l'ouïe ce que nous venons de dire par rapport à celui de la vue. Nous avons ici le récit, non du fait en lui-même et dans sa nature cachée, mais de la manière dont il a été perçu par Zacharie ; et il est bien certain que pour comprendre ce message, il a dû l'entendre dans sa langue. Nous ne saurions pénétrer au-delà de l'aperception du témoin. - De quelle prière veut parler l'ange ? Au premier coup d'œil on pense à celle qui avait pour objet la grande préoccupation de sa vie, le don d'un fils ; c'est le sens qui paraît résulter naturellement de tout ce qui précède. Mais de tout temps on a objecté, comme le font encore aujourd'hui Meyer, Weiss, Hofmann, Keil, etc., qu'un intérêt aussi personnel ne pouvait dans ce moment solennel remplir le cœur du sacrificateur et que sa prière devait porter plutôt sur le salut du peuple par la venue du Messie. On ajoute que l'incrédulité avec laquelle il accueille la promesse de l'ange prouve qu'il ne pensait plus à la possibilité d'avoir un fils. Mais alors, que signifie la parole suivante : « Et la femme Elisabeth t'enfantera un fils, » qui est tout naturellement le développement de ces mots : Ta prière a été exaucée ? Ces mots, surtout liés comme ils le sont par et à la promesse qui précède, ne peuvent qu'en être l'explication. Plus tard, v. 16 et 17, sera relevé le côté messianique. Mais dans les v. 13 à 15 tout est encore relatif à la personne de Zacharie (σοῦ, σοί). Cependant, tout en admettant que le mot la prière se rapporte à la demande d'un fils, il n'est point nécessaire de croire que ce fût là l'objet de sa prière dans ce moment même. L'expression : la prière, peut fort bien signifier : « ta prière habituelle. » Par la description du rôle futur de son fils, la promesse faite à Zacharie répond à sa préoccupation supérieure et à son cri sacerdotal à cette heure solennelle : Ton règne vienne ! Et les deux exaucements se rejoignent ainsi en quelque sorte. - Il faut bien peu connaître le cœur humain pour objecter à ce sens l'incrédulité subséquente de Zacharie. On désire, on demande, et quand la promesse d'exaucement se fait entendre, elle dépasse tellement l'espérance vraie qu'il faut un tout nouvel effort de foi pour la saisir. C'est cet effort nouveau dont Zacharie ne se montrera pas capable.
Le verbe γεννᾷν se dit ordinairement du père, rarement de la mère. - Καλεῖν τὸ ὄνομα avec le datif est l'expression hébraïque kara schem, « crier un nom » à quelqu'un. - Le nom de Jean vient de Jéhova chanan, « Dieu fait grâce ; » il se trouve plusieurs fois dans l'A. T. (Jehochanan ou Jochanan), où les LXX le traduisent par Ἰωανάν, ou Ἰωνάν, ou Ἰωνά, ou Ἰωανής (voir Weiss). La grâce n'a pas été sans doute le caractère propre du ministère de Jean ; mais l'économie de grâce a été inaugurée par son apparition.
Verset 14. A ces deux traits : un fils, un signe de grâce, l'ange en ajoute un troisième : un sujet de joie, et même de joie poussée jusqu'au tressaillement de l'allégresse, ἀγαλλίασις et cela non pas pour lui et les siens seulement ; car cette joie débordera hors du cercle de la famille : elle deviendra nationale. Le πολλοί, plusieurs, dit sans doute que ce ne sera que la meilleure partie de la nation qui y participera. Pour le commencement de l'accomplissement de cette promesse, voir v. 64-66. - La leçon γενέσει est préférable à la leçon byz. γεννήσει qui est due au γεννᾷν du v. 13.
La vivacité et la généralité de cette joie est justifiée dans les trois versets suivants, dont le premier décrit ce que ce fils sera et les deux suivants ce qu'il fera.