Pour que le vrai but que Jésus s'était proposé fût atteint (v. 3 et 4), l'illumination spirituelle et le salut de l'aveugle devaient résulter de sa guérison corporelle ; et certes sa fidélité courageuse en face des ennemis de Jésus le rendait digne d'obtenir cette nouvelle grâce. Cette relation d'idées est indiquée par les premiers mots du v. 35 : Jésus apprit… et… - Dans la question qu'il adresse à cet homme, nous avions préféré précédemment la leçon : au Fils de Dieu, à celle des trois anciens Mjj., appuyée aujourd'hui par Syrsin : au Fils de l'homme. Elle explique mieux l'acte d'adoration par lequel se termine cette scène (v. 38). Cependant Westcott observe avec raison que la substitution du terme technique et populaire de Fils de Dieu à celui de Fils de l'homme est plus probable que l'inverse. Et il cite l'exemple très frappant de 6.69, où le terme de Fils de Dieu a évidemment remplacé dans le texte reçu celui de Saint de Dieu. Si on lit : au Fils de l'homme, le sens est : à l'homme qui a une place à part entre tous ses frères et qui est suscité pour les sauver tous. - La question : crois-tu ? ne signifie pas : « Es-tu disposé à croire ? » (Lücke.) C'est une de ces questions, comme en fait quelquefois Jésus, dont la portée dépasse la lumière actuelle de celui à qui elle est adressée, mais qui par là même est propre à provoquer l'explication voulue. « Toi qui viens de te conduire avec tant de courage, crois-tu donc ? » Jésus prête à la conduite de l'aveugle une valeur qu'elle n'a encore qu'implicitement. Cet homme l'avait reconnu pour un prophète et l'avait courageusement proclamé tel ; il s'était ainsi moralement engagé à recevoir le témoignage de Jésus sur lui-même, quel qu'il pût être. L'aveugle accepte, sans hésiter, cette conséquence de ses paroles précédentes. Et c'est cette relation qu'exprime, avec beaucoup de vivacité, la particule καί, et au commencement de sa question. Cette copule sert en effet à identifier la lumière qu'il attend avec celle que la question de Jésus lui fait espérer ; comparez Luc 18.20 - Jésus eût pu répondre : C'est moi-même. Il préfère se désigner par une périphrase rappelant à l'ancien aveugle l'œuvre qu'il a accomplie en sa faveur : Tu l'as vu, et qui légitime son témoignage actuel : C'est celui qui te parle. Le premier et, dans la réponse de Jésus : Et tu l'as vu, rattache cette révélation à la promesse de foi que vient de lui faire l'aveugle-né. Ces et successifs dépeignent l'enchaînement prompt, facile, naturel de tous les faits moraux qui forment le cours de ce récit. Dans ce développement rapide, un progrès n'attend pas l'autre. - Le v. 38 nous montre le couronnement de cette illumination graduelle. Dans cette circonstance, où il n'y avait ni pardon à demander, ni supplication à présenter, la génuflexion ne pouvait être qu'un hommage d'adoration, ou du moins de profond respect religieux. Le terme προσκυνεῖν, se prosterner, est toujours appliqué chez Jean à l'adoration divine (4.20 et suiv. ; 12.20).
En face de cet homme prosterné à ses pieds et intérieurement illuminé, Jésus se sent appelé à proclamer un résultat général qu'aura son ministère dans le monde entier, et dont le fait qui vient de se passer est comme un premier échantillon.