Ce qui d'ordinaire, fait qu'un homme est cru, c'est qu'il dit la vérité. Jésus fait avec les Juifs l'expérience opposée. Ils sont tellement dominés par le mensonge dont leur père a obscurci leur cœur, que c'est précisément parce qu'il dit la vérité, qu'il ne trouve pas créance chez eux. Ἐγώ, en tête : Moi, l'organe de la vérité, en opposition à Satan, celui du mensonge.
Verset 46. Pour justifier leur défiance à l'égard de son dire, il faudrait du moins qu'ils pussent l'accuser de quelque faute dans son faire ; car la sainteté et la vérité sont sœurs. Le peuvent-ils ? Qu'ils le fassent ! Ce défi que Jésus jette à ses adversaires montre qu'il se sentait parfaitement lavé, par son apologie du ch. 7, du crime dont on l'avait accusé au ch. 5. Il faut bien se garder de prendre ἁμαρτία, péché, dans le sens d'erreur (Calvin, Mélanchton) ou de mensonge (Fritzsche). C'est ici la même pensée que 7.18 : Jésus affirme que sa conduite morale ne motive aucune espèce de soupçon contre la vérité de son enseignement. Il faut se représenter cette question suivie d'une pause propre à laisser le temps à quiconque voudra formuler une accusation… Nul n'ouvre la bouche. L'aveu renfermé dans ce silence sert de prémisse au raisonnement suivant. « Eh ! bien donc, si (εἰ δέ, or si, ou si, tout court), comme votre silence le démontre, j'enseigne la vérité, pourquoi, vous, ne croyez-vous pas ? » Ici, nouvelle pause : il les avait invités à le juger, lui ; en face de son innocence qui vient d'être constatée, il leur laisse le temps de juger leur propre conduite envers lui. Après ce silence, il prononce la sentence : « Vous n'êtes pas de Dieu : voilà la vraie raison de votre incrédulité envers moi » (v. 47). L'expression être de Dieu désigne l'état d'une âme qui s'est placée et qui se trouve actuellement sous l'influence de l'action divine. C'est le contraire du οὐκ ἕστηκεν prononcé à l'égard de Satan. Cet état n'exclut pas, mais implique la libre détermination de l'homme. Autrement le ton de reproche qui règne dans notre verset serait injuste et même absurde. - Ἀκούειν, proprement entendre, prend ici, comme souvent le terme français, le sens d'une audition intelligente (de là le régime à l'accusatif). Comparez la manière dont avait été reçue la déclaration de Jésus sur la vérité qui affranchit (v. 32). - Le διὰ τοῦτο, c'est pour cela, porte à la fois sur le principe général posé dans la première partie du verset, et sur le ὅτι suivant : « C'est pour cela…, c'est-à-dire parce que… » La parfaite sainteté de Christ est démontrée dans ce passage, non par le silence des Juifs, qui pouvaient fort bien ignorer les péchés de leur interlocuteur, mais par l'assurance avec laquelle Jésus leur pose cette question. Sans la conscience immédiate que Christ avait de la parfaite pureté de sa vie, - à supposer qu'il ne fût qu'un homme plus saint que les autres, - un sentiment moral aussi délicat que celui qu'impliquerait néanmoins un tel état, n'aurait pu laisser passer inaperçue la moindre tache, soit dans sa vie soit dans son cœur ; et quelle hypocrisie n'eût-il pas fallu, dans ce cas pour adresser à d'autres une question dans le but de la leur faire résoudre autrement qu'il n'y répondait lui-même dans son for intime ! En d'autres termes : donner une preuve fausse dont il espère que nul ne pourra démontrer le peu de solidité !
Conclusion : versets 48-50.