Le terme « crurent » désigne sans doute ici la disposition, hautement exprimée, à reconnaître Jésus comme le Messie. Dans ce nombre assez considérable de croyants se trouvaient peut-être des membres du sanhédrin. 12.42 : « Plusieurs des chefs crurent en lui. » Ils sentaient bien que, dans les paroles que Jésus venait de prononcer, il y avait autre chose qu'une vaine jactance. Mais Jésus n'est pas plus ébloui par ce succès apparent qu'il ne l'avait été par la profession de Nicodème (3.1-2) et par l'enthousiasme de la multitude galiléenne (6.14-15). Au lieu de traiter en convertis ces nouveaux croyants, il les met immédiatement à l'épreuve en leur adressant une promesse qui, malgré sa grandeur, présente un côté profondément humiliant. C'est ainsi qu'il agit souvent. Aussitôt celui dont la foi n'est que superficielle, se heurte à la sainteté de la nouvelle parole et tombe ; celui dont la conscience a été saisie, tient bon et pénètre plus avant dans l'essence des choses. - La particule donc, au v. 31, résume d'un mot la liaison d'idées que nous venons de développer.
Cette nouvelle scène ne peut guère avoir eu lieu le même jour que les précédentes. Le v. 31 s'explique de la manière la plus naturelle, en admettant que ceux des pèlerins étrangers qui avaient cru, étaient repartis le lendemain de la fête, et que, dès ce moment, Jésus ne se trouva plus entouré que des auditeurs croyants qui avaient appartenu jusqu'alors au parti juif. On s'étonne, au premier coup d'œil, de rencontrer dans cet évangile une alliance de mots telle que celle-ci : des Juifs devenus croyants. Mais cette contradictio in adjecto est intentionnelle de la part de l'auteur : elle est même la clef du morceau suivant. Ces croyants appartenaient foncièrement au parti des adversaires ; c'étaient bien toujours, au fond, des Juifs ; ils continuaient à partager les aspirations messianiques de la nation ; seulement ils étaient disposés à reconnaître en Jésus l'homme qui avait mission de les satisfaire. C'était à peu près l'état d'âme de la foule galiléenne, au commencement du ch. 6. Sans doute ces Juifs croyants n'étaient pas tous les πολλοι, plusieurs, du verset précédent, mais seulement un groupe parmi eux, comme le pensent Weiss et Westcott. Aux yeux de ce dernier, la différence entre les deux régimes αὐτῷ, à lui, et εἰς, en lui, v. 30, s'expliquerait même par ce fait-là. Mais le sens me paraît être plutôt : Ils croyaient en lui (comme Messie) parce qu'ils s'étaient fiés un moment à sa parole (à lui).
La nature de la promesse faite v. 31-32 est admirablement appropriée au but que Jésus se propose. Il sait que l'affranchissement du joug romain est la grande œuvre que l'on attend du Messie ; il spiritualise donc cette espérance et la présente sous cette forme plus élevée au cœur des croyants. Le pronom ὑμεῖς, vous, a pour but d'opposer ces nouveaux disciples à la foule non croyante. Selon Weiss, ce mot servirait plutôt à les opposer aux vrais croyants parmi les πολλοί ; mais cette distinction n'a pas été assez marquée. On pourrait aussi voir là un contraste avec les disciples anciens. Le premier sens est le plus naturel. - L'expression demeurer dans renferme l'idée de la docilité persévérante. Il y aura pour cette foi naissante des obstacles à vaincre. La Parole rencontrera dans leur cœur des préjugés enracinés ; une rechute dans l'incrédulité est donc pour eux, croyants, un sérieux danger. Par cette image : demeurer dans, la révélation renfermée dans la parole de Jésus est comparée à un sol plantureux dans lequel la vraie foi doit s'enraciner toujours plus profondément pour prospérer et fructifier.
Verset 32. Καί : et à cette condition, ils posséderont réellement la qualité de disciples. Sur cette voie ils arriveront à l'illumination complète d'où résultera chez eux le complet affranchissement. La vérité est le contenu de la parole de Jésus ; c'est la pleine révélation de l'essence réelle des choses, c'est-à-dire du caractère moral de Dieu, de l'homme et de leur relation. Cette lumière nouvelle servira à rompre le joug, non du pouvoir romain, mais, ce qui est plus décisif pour le salut, de l'empire du péché. Sur quoi repose en effet la puissance du péché dans le cœur humain ? Sur une fascination. Que la vérité se fasse jour, le charme est rompu. La volonté se dégoûte de ce qui la séduisait, et, selon l'expression du psalmiste, « l'oiseau est échappé du filet de l'oiseleur. » Voilà la vraie délivrance messianique. S'il doit y en avoir une autre, plus extérieure, elle ne sera que le complément de celle-là.