Plusieurs interprètes, anciens et modernes, ont essayé de lier grammaticalement ce verset au précédent, en faisant des derniers mots de celui-ci : ὅτι καὶ λαλῶ ὑμῖν, une proposition incise, et des premiers mots du v. 26, πολλὰ ἔχω, la suite de la proposition commencée par τὴν ἀρχήν (ainsi Bengel, Hofmann, Bæumlein) : « Pour le moment - puisque c'est encore le temps où je parle avec vous - j'ai beaucoup de choses à vous dire » (Hofmann) ; ou : « Assurément, j'ai - ce qu'aussi je fais - beaucoup de choses à vous dire » (Bæumlein). Mais ce sens de τὴν ἀρχήν est absolument oiseux ; et non moins celui de la proposition incise. - On a cherché aussi à lier logiquement le v. 26 au v. 25. Ainsi Luthardt et Reuss introduisent cette antithèse : « C'est de vous (non de moi) que j'ai à vous parler, et ce serait là pour vous une préoccupation bien plus importante. » Mais qu'y avait-il de plus grave pour eux que de savoir qui était Jésus ? Weiss trouve une opposition entre cette idée : qu'il ne vaut plus la peine de leur parler (v. 25), et celle de la multitude de choses qu'il aurait à leur dire (v. 26). Cette explication tombe avec le sens que Weiss donne au v. 25. - A mes yeux le v. 26 ne continue point la pensée du v. 25. Il renoue avec le v. 24. Après avoir répondu à la question des auditeurs dans le v. 25, Jésus reprend le cours de ses reproches, v. 21-24. Dans ces versets il avait prononcé des choses sévères sur l'état moral du peuple ; il continue simplement au v. 26 : « De ces déclarations et de ces sentences-là, j'en ai encore beaucoup (πολλά), en tête de la phrase) à prononcer sur votre compte. » Ce qui suivra dans ce chapitre même, v. 34, 37, 40, 41, 43, 44, 49, 55, nous donne une idée de ces sentences nombreuses que Jésus avait dans le cœur. « Mais, ajoute-t-il, quelque pénible que soit pour moi cette mission, je ne saurais m'abstenir de vous parler comme je le fais, car je ne fais en cela qu'obéir à celui qui me dicte mon message : or il est la vérité même, et ma tâche ici-bas ne peut être que de faire entendre au monde ce qu'il me révèle. » Depuis Chrysostome jusqu'à Meyer, plusieurs expliquent l'opposition exprimée dans le mot mais par cette idée : « J'ai beaucoup à vous dire ; mais je m'en abstiens, et cela parce que vous ne voulez pas recevoir la vérité. » Mais à quoi bon dans ce sens faire appel à la véracité divine qui le force à parler et à dire au monde ce qu'il entend d'en-haut ? Et dans ce qui suit, Jésus se tait-il ? Ne fait-il pas au contraire à ses auditeurs les reproches les plus nombreux et les plus sévères qu'il leur ait jamais adressés ? - Sur ἤκουσα, j'ai entendu, comparez 5.30. Ce passé ne saurait, soit d'après ce parallèle, soit d'après le contexte, se rapporter à l'état de préexistence. Jésus ne peut assurément vouloir dire qu'il a entendu dans le ciel, avant de venir ici-bas, les reproches qu'il adresse maintenant aux Juifs.
Verset 27. La critique déclare impossible l'inintelligence des Juifs mentionnée au v. 27. Ceux dont parle Jean seraient-ils donc, comme le pense Meyer, de nouveaux auditeurs qui n'avaient pas assisté aux discours précédents ? Ou faudrait-il entendre avec Lücke : Ils ne voulurent pas reconnaître que ce fût le Père qui le faisait réellement parler de la sorte ; ou avec Weiss : Ils ne comprenaient pas qu'il eût la mission de révéler le Père en déclarant ce qu'il entendait intérieurement de lui ? Ce sont là des tortures manifestes infligées au texte. Le ἔλεγεν ne peut être pris ici que dans le même sens que 6.71 : parler de. Il faut remarquer que dans tout ce discours, depuis le v. 21, Jésus avait parlé de celui qui l'avait envoyé, sans prononcer une seule fois le nom ni de Dieu, ni du Père. Or, parmi la foule, il pouvait se trouver des auditeurs hors d'état de se représenter une relation entre une créature humaine et le Dieu infini aussi étroite que celle dont Jésus rendait témoignage, et qui se demandaient par conséquent s'il ne voulait point parler de quelqu'un des personnages qui devaient précéder le Messie et avec lequel il aurait entretenu une relation secrète, comme le Messie devait le faire avec Elie. Que l'on pense aux étranges malentendus attribués aux apôtres eux-mêmes par les synoptiques ! Après dix-huit siècles de christianisme, bien des choses, dans les discours de Jésus, nous paraissent évidentes, qui, par leur nouveauté et l'opposition qu'elles rencontraient dans des préjugés invétérés, devaient paraître bizarres à l'excès au plus grand nombre de ses auditeurs. Sans doute, si le cœur eût été mieux disposé, l'esprit eût été plus ouvert.
A cette inintelligence de ses auditeurs actuels. Jésus oppose l'annonce du jour où la pleine lumière se fera chez eux sur sa mission, à la suite du grand forfait national qu'ils sont sur le point de commettre.