Lücke et d'autres critiquent cette explication que Jean donne de la parole de Jésus. Le futur ῥεύσουσιν, couleront, est, disent-ils, purement logique : il exprime la conséquence qui doit résulter de l'acte de la foi. De plus, l'eau vive est la vie éternelle que le croyant puise dans les paroles de Jésus, et nullement le Saint-Esprit. Reuss trouve ici une preuve de la manière dont l'évangéliste se méprend sur le sens et la portée de certaines paroles du Seigneur. Scholten croit pouvoir retrancher ce passage comme une interpolation. - Assurément, si le v. 38 ne faisait que reproduire l'idée du v. 37, la promesse de Jésus pourrait se rapporter à un fait qui avait lieu déjà au moment où il parlait : comparez 5.24-25 et 6.68-69 (la profession de Pierre). Mais nous avons vu que la promesse du v. 38 dépasse de beaucoup celle du v. 37 et doit se rapporter à un état des fidèles plus avancé et plus éloigné. Les faits prouvent que si, jusqu'à la Pentecôte, les apôtres ont pu se désaltérer eux-mêmes auprès de Jésus, avant cet événement ils n'ont pu encore désaltérer personne. Les torrents d'eau vive, ces fleuves de vie nouvelle qui se répandirent du cœur des fidèles par le moyen des dons spirituels (les χαρίσματα divers, le don des langues, la prophétie, l'enseignement), tous ces signes de l'habitation du Christ dans l'Eglise par son Saint-Esprit, n'ont paru que depuis ce jour. Jésus a caractérisé nettement ce progrès du premier état au second dans le passage 14.17-18 ; et personne mieux que Jean n'a pu se rendre compte de la différence entre ces deux états. Qu'on se rappelle saint Pierre, les Douze, les cent-vingt, proclamant les choses magnifiques de Dieu à Jérusalem amenant en ce jour trois mille personnes à la foi ! Rien de semblable ne s'était produit auparavant. - Jean ne confond pas non plus, comme le pense Lücke, l'Esprit divin avec la vie spirituelle qu'il communique. L'image de l'eau vive, dont s'était servi Jésus, réunissait ces deux idées en une seul intuition : l'Esprit, comme principe, et la vie, comme effet. Le terme : « il disait cela de…, » est assez large pour comprendre ce double rapport. - L'expression étrange οὔπω ἦν, n'était pas encore, a provoqué les gloses δεδομένον, donné du Vatic. et de plusieurs documents de l'Itala, et ἐπ’ αὐτοῖς, sur eux, du Cantabr. Cette expression s'explique par la parole de Jésus : « Si je ne m'en vais, le Paraclet ne viendra point à vous » (16.7), et par toutes les paroles des ch. 14 et 16 qui montrent que la venue de l'Esprit est la présence spirituelle de Jésus lui-même dans les cœurs ; comparez surtout 14.17-18. L'Esprit avait, jusqu'à la Pentecôte, agi sur les hommes, soit dans l'ancienne alliance, soit dans le cercle des disciples ; mais il n'était point encore en eux, comme propriété et vie personnelle. Voilà pourquoi Jean emploie cette expression si énergique : « L'Esprit n'était point, » c'est-à-dire comme ayant déjà chez l'homme un domicile permanent. Weiss suppose que le participe δεδομένον, donné, pourrait bien être authentique et qu'on l'aura supprimé, parce que, d'après 2 Corinthiens 3.17, on faisait de Jésus le sujet de ἦν, était, dans ce sens : « Parce que Jésus n'était pas encore esprit (pur esprit), vu qu'il n'était pas encore glorifié. » Mais pourquoi dans ce cas répéter expressément dans la proposition suivante le sujet Jésus ? Et combien ce rapprochement du passage des Corinthiens est peu naturel !
On s'explique de différentes manières la relation que Jean établit entre l'élévation de Jésus et le don du Saint-Esprit. Selon Hengstenberg et d'autres, le ἐδοξάσθη désignerait le fait de la mort de Jésus comme la condition de l'envoi de l'Esprit, parce que ce don suppose le pardon des péchés. L'idée est vraie ; mais le terme être glorifié n'est appliqué nulle part à la mort de Jésus comme telle. Il faudrait dans ce sens ὑψωθῆναι, être élevé (3.15 ; 12.32,34). Selon de Wette et Vinet, d'après un beau passage de celui-ci que cite Astié, la liaison entre la glorification de Jésus et la Pentecôte consisterait en ce que, si Jésus fût demeuré visiblement sur la terre, l'Eglise n'eût pu marcher par la foi et par conséquent vivre par l'Esprit. Mais, dans le mot ἐδοξάσθη, l'accent n'est nullement sur le dépouillement de la chair, mais sur le revêtement de la gloire. Cette remarque me paraît écarter également l'explication de Lücke et de Reuss : « Il fallait que le voile de la chair tombât pour que l'Esprit affranchi pût se déployer librement dans l'Eglise » (Lücke). Ce n'est ni la mort expiatoire, ni la disparition corporelle, qui sont posées comme condition de la Pentecôte ; c'est la glorification positive de Jésus, sa réintégration comme homme dans sa gloire de Logos. C'est cette position suprême qui le rend capable de disposer de l'Esprit et de l'envoyer aux siens. La vérité exprimée par Jean peut se présenter encore sous cet autre aspect. L'œuvre de l'Esprit consiste à faire vivre le Christ lui-même dans le cœur du croyant. Or, il est évident que ce n'est pas un Christ inachevé que l'Esprit divin doit glorifier et faire vivre dans l'humanité, mais l'Homme-Dieu parvenu à sa stature parfaite. - L'épithète ἅγιον, saint, a probablement été ajoutée (voir les variantes) dans le but de distinguer ici l'Esprit spécifiquement chrétien d'avec le souffle de Dieu tel qu'il agissait déjà dans l'ancienne alliance. En lisant πνεῦμα tout court, on pourrait prendre ce mot au sens spécial dans lequel il est si souvent employé dans les épîtres de saint Paul : la vie spirituelle comme fruit de la présence du Saint-Esprit dans l'Eglise, l'esprit né d'Esprit (3.6) ; cela faciliterait l'explication du n'était pas encore. Cependant nous ne croirions pas pouvoir défendre ce sens.
Versets 40 à 44 : Les impressions de la multitude.