Tant de liberté et d'éclat dans la prédication de Jésus frappa quelques-uns des habitants de Jérusalem (οὖν, donc). Connaissant les intentions de la police sacerdotale mieux que la multitude venue du dehors (ὁ ὄχλος, du v. 20), ils étaient sur le point de tirer de ce fait des conséquences favorables à Jésus : mais ils se sentent arrêtés par une opinion généralement répandue à cette époque, et qui leur paraît inconciliable avec la supposition de sa dignité messianique : c'est que l'origine du Messie devait être entièrement inconnue. Nous trouvons une opinion qui est en relation avec celle-là, énoncée chez Justin. Vers le milieu du IIe siècle, ce Père met dans la bouche du Juif Tryphon ces paroles : « Le Christ, même après sa naissance, doit rester inconnu et ne point se connaître lui-même et être sans aucune force, jusqu'à ce qu'Elie survenant l'ait oint et le révèle à tous. » « Trois choses, disaient les rabbins, arrivent inopinément : le Messie, l'envoyé de Dieu et le scorpion » (Sanhedr., 97a, voir Westcott). Cette idée provenait probablement des prophéties qui annonçaient le profond abaissement auquel serait réduite la famille de David au moment de l'avènement du Christ (Esaïe 11.1 ; 53.2). L'on n'ignorait pas, il est vrai, que le Messie naîtrait à Bethléem ; mais les mots : d'où il est, se rapportent non à la localité, mais aux parents et à la famille du Messie. Ceux qui parlent ainsi s'imaginent naturellement connaître l'origine de Jésus, aussi sous ce second rapport. Comparez 6.42. C'est ainsi qu'ils sacrifient à une pure objection critique l'impression morale produite sur eux par la personne et la parole du Seigneur : mauvaise méthode pour parvenir à la vérité !