En vérité : « Il en est ainsi, quoi que vous en pensiez ! » - Le Seigneur l'atteste d'abord sous forme négative (v. 53), puis positivement (v. 54). - Le terme : Fils de l'homme, rappelle la notion de l'incarnation au moyen de laquelle la vie éternelle, réalisée en lui dans une vie humaine, est mise à la portée de la foi de l'homme. - Reuss et Keil pensent que les termes de chair et de sang peuvent s'entendre ici comme dans les passages où l'expression la chair et le sang, désigne une personne humaine vivante, par exemple Galates 1.16. Mais dans ces cas le sang est envisagé comme contenu dans la chair qui vit par lui, tandis que dans notre passage les deux éléments sont censés séparés. Le sang coule, puisqu'il est bu ; et la chair est brisée, puisque le sang coule. Ces expressions supposent que Jésus a présent à sa pensée le type de l'agneau pascal. C'était le sang de cette victime qui, répandu sur les linteaux des portes, avait garanti le peuple, en Egypte, des coups de l'ange de la mort et qui, dans la cérémonie de l'immolation de l'agneau dans le temple, était versé sur les cornes de l'autel, remplaçant dans ce cas les portes des maisons Israélites ; c'était sa chair qui formait le mets principal du repas pascal. Le sang versé représente l'expiation : et boire ce sang, c'est s'approprier par la foi l'expiation et y trouver la réconciliation avec Dieu, base du salut. La chair rompue représente la sainte vie du Christ ; et la manger, c'est s'approprier cette vie d'obéissance et d'amour ; c'est la recevoir par l'action de l'Esprit qui en fait notre vie. Dans ces deux faits intimes se résume le salut. Si donc Jésus ne répond pas directement au : Comment ? des Juifs, il n'en donne pas moins indirectement, ainsi qu'il l'avait fait avec Nicodème, l'explication désirée. Comme au chapitre 3 il avait substitué à l'expression « naître de nouveau », celle plus explicite de « naître d'eau et d'Esprit, » ainsi il complète ici l'expression « manger sa chair » par celle de « boire son sang, » propre à rappeler le type de l'agneau et à faire entrevoir à ces Juifs, qui célébraient chaque année le repas pascal, la vérité énoncée sous cette forme paradoxale. Le ἐν ἑαυτοῖς, en vous-mêmes, rappelle la parole à la Samaritaine, 4.14. C'est ici de nouveau l'idée de la possession en Christ d'une source de vie jaillissant continuellement au-dedans du croyant.
Verset 54. Après avoir donné cette explication sous forme négative (en dehors de ce manger et de ce boire, impossibilité de vivre). Jésus complète l'expression de sa pensée en ajoutant : Par ce manger et ce boire, possession assurée de la vie. Puis il élève le regard du croyant jusqu'au terme glorieux de cette communication de vie, la résurrection du corps. La relation entre ces derniers mots : « Et moi je le ressusciterai…. » et les précédents est si étroite qu'il est difficile de ne pas voir une liaison organique entre la possession de la vie spirituelle et la résurrection finale : Comparez Romains 8.10-11. Quoi qu'il en soit, la résurrection corporelle n'est nullement une superfétation oiseuse, relativement à la vie spirituelle, selon la pensée que Reuss prête à Jean. Voici la quatrième fois que Jésus la promet dans ce discours comme le couronnement du salut qu'il apporte à l'humanité : Comparez v. 39,40,44. La nature restaurée et glorifiée est le terme de la victoire remportée par la grâce divine sur le péché.
Le v. 55 justifie la négation et l'affirmation précédentes. Si manger cette chair et boire ce sang sont la condition de la vie, c'est que cette chair et ce sang sont, en toute réalité, aliment et breuvage. - Une partie des autorités critiques présente la leçon ἀληθῶς, « est vraiment ; » les autres lisent ἀληθής : « est une vraie nourriture…, un vrai breuvage. » La première leçon est plus conforme au style de Jean. Comme le fait observer Lücke, Jean rapporte ordinairement ἀληθής, à la véracité morale, en opposition à ψεῦδος (le mensonge) ; mais il lie aussi l'adverbe ἀληθῶς à un substantif (1.48 : ἀληθῶς Ἰσραηλίτης ; peut-être 8.31 : ἀληθῶς μαθηταί. Du reste, le sens des deux leçons ne diffère pas sensiblement. L'adverbe ou l'adjectif exprime la pleine réalité de la communication vitale opérée par ces éléments, qui sont vraiment pour l'âme ce que les aliments sont pour le corps. Les versets 56 et 57 expliquent comment se produit cette communication de vie. Par ces aliments de l'âme Christ demeure en nous, nous en lui (v. 56), et c'est là vivre (v. 57).