Les Juifs, envisageant encore le pain céleste comme un aliment merveilleux, mais matériel, se déclarent prêts à suivre toujours Jésus, s'il veut leur procurer cet aliment, et cela tous les jours. Le toujours fait sans doute allusion au don de la manne qui se renouvelait tous les matins. - ce pain là : cet aliment bien supérieur à la manne elle-même. C'est ici le faîte de leur exaltation charnelle. Mais c'est aussi le moment où Jésus rompt décidément avec eux. Jusqu'alors, les questions et les réponses s'étaient rattachées directement les unes aux autres, et la particule οὖν, donc, avait indiqué un progrès continu. Mais la particule δέ du v. 35, qui me semble être la vraie leçon, marque un brusque changement dans la marche de l'entretien ; le ἀλλά, mais, du v. 36 marquera la rupture complète.
Les mots : C'est moi qui suis…, sont la réponse catégorique au : Donne-nous, des Juifs : « Ce que vous demandez est accompli : ce pain, c'est moi-même. Il ne reste plus qu'à s'en nourrir ; et le moyen pour cela, c'est simplement de venir à moi avec une âme qui ait faim et soif de salut. » Jésus explique enfin sa parole du v. 27. L'aliment qui demeure, dont il parlait là, c'est lui-même ; le travail à accomplir pour l'obtenir, c'est la foi en lui. - L'expression pain de vie peut signifier : le pain qui communique la vie ; mais peut-être la relation entre ces deux notions de pain et de vie est-elle plus étroite encore. La vraie vie, qui est en Dieu lui-même, « la vie éternelle qui était au commencement avec le Père » (1 Jean 1.2), s'est incarnée en cet être visible ; elle est devenue en lui saisissable, tangible, savourable. - Mais pour que cet aliment vivifie, il faut une activité de la part de l'homme : venir et croire. Ces deux termes ne sont pas exactement synonymes : le premier désigne l'acte de s'approcher de Christ avec le sérieux d'un cœur sentant le péché ; le second, le confiant empressement avec lequel ce cœur affamé saisit en lui l'aliment céleste. - La force de la négation οὐ μή peut se rendre par : il n'est pas à craindre que jamais… - Le οὐ πώποτε, jamais, est la réponse au πάντοτε, toujours, du v. 34. - Le parallélisme des deux propositions trahit une certaine exaltation du sentiment produite par la grandeur du fait énoncé. L'image de boire ne convient proprement pas au contexte ; elle est ajoutée à celle de manger, peut-être parce que Jésus pense au repas de la Pâque. On verra que, dans la suite du discours, ces deux expressions figurées prennent chacune un sens toujours plus distinct (v. 53 à 57). Ici même elles ne sont pas absolument identiques. La faim représente plutôt le sentiment de la faiblesse, de l'impuissance morale ; la soif, celui des souffrances de la conscience et du cœur. Réunies, elles expriment le malaise profond qui pousse le pécheur à Jésus-Christ. L'apaisement de la soif se rapporterait plutôt à la paix, celui de la faim à la force nouvelle que reçoit le croyant.
Venir, croire, voilà donc la condition. Mais, ajoute Jésus avec douleur, c'est précisément cette condition qui vous manque :