Le témoignage de Jean-Baptiste avait fait assez de bruit pour que Jésus put supposer qu'au moment où il disait : « J'ai un autre témoin, » chacun penserait à ce personnage. Jésus repousse cette supposition, mais tout en faisant remarquer qu'au point de vue de ses auditeurs le témoignage de Jean aurait dû pourtant être envisagé comme valable, puisque c'étaient eux-mêmes qui l'avaient provoqué (allusion à la députation 1.19 et suiv.). - Le vous, ὑμεῖς, en tête du verset, oppose les auditeurs à Jésus qui, lui, ne demande pas des témoignages humains et se contente de pouvoir alléguer celui du Père. - Le parfait μεμαρτύρηκε, a rendu témoignage, dit que le témoignage de Jean conserve sa valeur, malgré la disparition du témoin (v. 35 : il était, etc.). - Sur cette vérité à laquelle Jean a rendu témoignage, comparez 1.20,27,29. - Le ἐγὼ δέ, mais moi, du v. 34, fait antithèse au vous du v. 33. Ce témoignage humain qu'ils ont réclamé, ce n'est pas celui par lequel Jésus appuie la vérité du sien propre, lors même qu'il lui a été favorable. - Mais Jésus envisage-t-il donc le témoignage de Jean-Baptiste comme purement humain ? Quelques interprètes éludent la difficulté en traduisant οὐ λαμβάνω, dans le sens de : « Je ne recherche pas » ou « je n'ambitionne pas. » C'est forcer le sens de cette expression qui signifie seulement : Je n'en fais pas usage. Il suffit de tenir compte de l'article τήν devant le mot témoignage ; « le témoignage » signifie ici : celui dont j'ai besoin, le seul que je veuille alléguer comme confirmation du mien. Le témoignage de Jean avait mission de diriger les regards vers la lumière ; mais une fois que celle-ci avait paru, il faisait place au témoignage direct de Dieu lui-même Ce témoignage était bien le fruit d'une révélation ; mais, comme le dit Keil, cette inspiration, passant par une bouche humaine, pouvait être révoquée en doute. Cependant Jésus rappelle, en passant, ce témoignage de Jean. C'est le souci qu'il a de leur âme, qui ne lui permet pas de le passer sous silence : « Si je le rappelle, c'est afin que vous (ὑμεῖς) en profitiez à salut. C'est donc pour vous, non pour moi. »
Le v. 35 exprime le caractère transitoire de l'apparition de Jean-Baptiste. Jean n'était pas la lumière, le soleil (1.8) : mais il était le flambeau allumé de Dieu pour éclairer avant que le jour vînt. On a expliqué de plusieurs manières l'article le devant le mot flambeau. Bengel trouve ici une allusion à Sirach XLVIII, 1 : « La parole (d'Elie) brillait comme un flambeau, » Luthardt croit que Jean est comparé au porte-flambeau connu qui précédait ordinairement l'époux dans les fêtes de noces. Meyer, Weiss, Keil entendent : le vrai flambeau destiné à montrer la voie. Peut-être y a-t-il allusion à cet unique flambeau qu'on allumait le soir pour éclairer la maison (Marc 4.21). - On pourrait ne voir dans les deux épithètes : qui brûle et qui luit, que cette idée unique : qui se consume en éclairant. Mais il est plus simple d'y trouver les deux conditions de l'utilité du flambeau : être allumé et n'être pas couvert (Weiss). - L'imparfait ἦν, était, prouve qu'au moment où Jésus parlait, le flambeau était déjà couvert. Car il y a évidemment dans ce passé une allusion à l'emprisonnement de Jean-Baptiste. - La seconde partie du verset : Vous vous êtes empressés, continue l'image. Jésus compare les Juifs à des enfants qui, au lieu de tirer parti des précieux instants pendant lesquels brille le flambeau, ne font que folâtrer à sa clarté. Se réjouir est opposé à être sauvé (v. 34). Il était impossible de mieux caractériser la vaine et puérile curiosité avec laquelle le peuple s'était préoccupé d'une apparition si extraordinaire. Comparez Luc 7.24 : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? » Weiss pense que Jésus veut signaler les espérances qu'avaient d'abord excitées chez les chefs cette apparition. Cela peut-il s'accorder avec Luc 7.30 ? - Ἠθελήσατε, vous vous êtes complu à…