La liaison μετὰ ταῦτα, après ces choses, nous paraît pas indiquer, malgré les exemples cités par Meyer, une succession aussi immédiate que le ferait μετὰ τοῦτο, après cela. - Quelle que soit la fête à laquelle on rapporte l'événement qui va être raconté elle doit avoir été séparée du retour précédent par un intervalle assez long. En effet, la fête qui suivait de plus près ce retour (dans le courant de décembre), celle de la Dédicace, à la fin du mois, ne peut être celle dont il est ici question. Jésus ne serait pas retourné en Judée si peu de temps après qu'il avait quitté cette contrée par la raison indiquée 4.1. Après cela venaient la fête de Purim en mars, puis la Pâque en avril. Si on lit l'article ἡ, devant ἑορτή, « la fête, » le sens n'est pas douteux ; il s'agit de cette dernière ; car c'était la principale d'entre les fêtes juives et la plus connue des lecteurs grecs (6. 4). Mais pourquoi un si grand nombre de documents auraient-ils retranché l'article, s'il était authentique ? On comprend bien plus facilement la raison pour laquelle il a été ajouté ; on supposait précisément qu'il s'agissait de la Pâque. Si on retranche l'article, non seulement rien ne prouve plus en faveur de cette fête, mais elle est même positivement exclue. Bien plus, elle le serait même avec l'article. Car pourquoi Jean, qui la nomme ailleurs positivement, ne l'aurait-il pas fait ici ? Comparez 2.13 ; 6.4 ; 11.55, etc. D'ailleurs, immédiatement après, le récit nous parle, 6.4, d'une Pâque pendant laquelle Jésus reste en Galilée. Il faudrait donc supposer qu'entre les ch. 5 et 6 se serait écoulée toute une année dont Jean ne dirait absolument pas un mot ; supposition très invraisemblable. De plus, 7.19-24, Jésus revient, pour la justifier, sur la guérison de l'impotent, racontée au ch. 5 ; en agirait-il ainsi après un intervalle de plus d'une année ? Le ch. 4 (v. 33) nous plaçait au mois de décembre : le ch. 6 (v. 4) indique le mois d'avril. Entre ces deux dates, il est tout naturel de penser à la fête de Purim qui se célébrait en mars. Cette fête se rapportait à la délivrance des Juifs par la reine Esther. Elle n'était pas d'institution divine, il est vrai, comme les trois grandes fêtes ; mais pourquoi cela aurait-il empêché Jésus de s'y rendre aussi bien qu'à celle de la Dédicace (ch. 10) qui était dans le même cas ? Et l'expression : une fête, s'explique précisément par cette circonstance. Comme elle était beaucoup moins connue que les autres, en dehors du peuple juif, et qu'en raison de sa nature politique elle avait perdu toute valeur pour l'Eglise chrétienne, il était inutile de la désigner. On allègue contre cette fête le fait qu'elle ne se célébrait point spécialement à Jérusalem. Elle consistait, en effet, dans la lecture du livre d'Esther dans chaque synagogue, et dans des banquets qui avaient lieu dans tout le pays. Mais Jésus pouvait aller en Judée à cette époque avec l'intention d'y rester jusqu'à la fête de Pâques, qui devait se célébrer bientôt après. Le conflit survenu à l'occasion de la guérison de l'impotent fut ce qui le força de revenir plus tôt en Galilée. Lors même donc que de Wette prononce son verdict en déclarant : « qu'il n'y a pas une seule bonne raison à alléguer en faveur de la fête de Purim, » il me paraît que tout parle en faveur de cette interprétation, qui est celle de Hug, Olshausen, Wieseler, Meyer, Lange, Gess, Weiss. Wahle, etc. - Irénée, Luther, Grotius, Lange, Néander, Hengstenberg, etc., se décident en faveur de la Pâque. Chrysostome, Calvin, Bengel, Hilgenfeld, etc., donnent la préférence à la Pentecôte. L'absence de l'article et d'une dénomination précise parle contre la seconde, aussi bien que contre la première supposition. De plus, entre 5.1 (Pentecôte) et 6.4 (Pâque de l'année suivante) devrait se placer un espace de plus de dix mois sur lequel Jean garderait un complet silence. Ebrard, Ewald, Lichtenstein, Riggenbach (avec doute) se prononcent pour la fête des Tabernacles. Cette supposition est tout aussi improbable : car cette fête est expressément nommée, 7.2 : ἡ ἑορτὴ τῶν Ἰουδαών, ἡ σκηνοπηγία. Pourquoi ne serait-elle pas désignée ici aussi bien que là ? Westcott pense à la fête des trompettes, le 1er du mois de tischri (octobre), qui ouvrait l'année civile des Hébreux. C'est à ce jour que les rabbins fixent la création du monde et le jugement dernier. Il était solennellement annoncé au son des trompettes sacerdotales. Mais peut-on supposer que toute une année se serait écoulée entre le ch. 5 et le ch. 7 où nous nous retrouvons de nouveau au mois d'octobre ? Lücke, de Wette, Luthardt envisagent toute détermination comme impossible.
Cette question a plus d'importance qu'il ne le paraît au premier coup d'œil. Si l'on applique 5.1 à la fête de Purim, comme nous croyons devoir le faire, le cadre de l'histoire de Jésus se resserre : deux ans et demi suffisent pour en renfermer toutes les dates :
- 2.13, Pâque, 1re année ;
- 4.35, décembre, même année ;
- 5.1, Purim, mars, 2e année ;
- 6.4, Pâque, avril, 2e année ;
- 7.1, Tabernacles, octobre ;
- 10.22, Dédicace, décembre ;
- 12.1, Pâque, avril, 3e année.
Si, au contraire, 5.1 désigne une fête de Pâques ou l'une de celles qui la suivaient dans l'année juive, l'on est forcément conduit à étendre à trois ans et demi la durée du ministère de Jésus. - Gess place ce voyage de Jésus à l'époque de la mission des Douze en Galilée (Matthieu 11.1 ; Marc 6.7), circonstance qui expliquerait pourquoi Jésus se serait rendu seul ou presque seul en Judée. Cette combinaison n'a rien d'impossible (voir à v. 13). - Beyschlag n'est-il pas fondé à alléguer en faveur du récit de Jean le cours si naturellement articulé de l'histoire de Jésus, qui en ressort : Judée, ch. 1 ; Galilée, ch. 2a ; Judée, ch. 2b et ch. 3 ; Samarie, ch. 4a ; Galilée, ch. 4b ; Judée ch. 5 ; Galilée, ch. 6 ; Judée, ch. 10, etc ; en opposition au contraste tranché et sans transition qu'offre le récit synoptique : Galilée, Judée ?