Marie, après s'être penchée dans le sépulcre, se relève et se retourne, comme pour chercher celui qu'elle demande. Peut-être a-t-elle entendu un bruit derrière elle. On a expliqué la supposition de Marie par le vêtement que portait Jésus. Mais elle pouvait aisément penser que celui qui se trouvait là à cette heure matinale et qui l'interrogeait ainsi, était le jardinier. Et quant aux vêtements, les ouvriers n'étaient souvent vêtus que de leur ceinture (21.7). - La difficulté de reconnaître Jésus provenait de deux causes : malgré l'identité de son corps, il s'était opéré un changement dans toute sa personne par son passage à une vie nouvelle ; il apparaissait ἐν ἑτέρᾳ μορφῇ, dit Marc 16.12. Les siens, en le revoyant, éprouvaient quelque chose de semblable à ce qui se passe en nous quand nous rencontrons un ami après une longue séparation ; il nous faut un temps plus ou moins long pour le reconnaître ; puis, tout à coup, il suffit de la manifestation la plus simple pour faire tomber le bandeau de nos yeux. Mais il y avait aussi une cause interne. Le manque de foi de Marie aux promesses de Jésus faisait que l'idée de son retour à la vie était absolument étrangère à sa pensée actuelle. - Jésus approprie, comme toujours, sa conduite aux besoins de cette âme qui souffre et qui aime. Ce qu'il y a de plus personnel dans les manifestations humaines, c'est le son de la voix ; c'est par ce moyen que Jésus se fait connaître à elle. L'accent que prend dans sa bouche le nom de Marie exprime tout ce qu'elle est pour lui, tout ce qu'il est pour elle. - Il ressort du mot στραφεῖσα, s'étant retournée, qu'elle s'était de nouveau tournée vers le tombeau. Car elle était agitée et cherchait d'un côté, puis de l'autre. Et maintenant, au son de cette voix connue, tressaillant jusqu'au fond de l'âme, elle met à son tour tout son être dans ce cri : Maître ! et se jette à ses pieds en cherchant à les embrasser, comme le montre le v. 17. - Rabbouni, qui ne se trouve qu'ici et Marc 10.31, est une forme du mot rabban. Le י est soit le י paragogique, soit le suffixe mon. Dans ce second cas, il aurait peu à peu perdu sa signification, ce qui explique pourquoi l'évangéliste ne le traduit pas. Le mot ἑβραϊστί, en hébreu, qui se lit dans les plus anciens Mjj, est suspect ; cependant on peut le défendre en se rappelant combien le mot rabbouni était étranger aux oreilles des lecteurs grecs de l'évangile.