Une distance de vingt et quelques lieues, en ligne directe, sépare l'endroit où Jean baptisait, de Nazareth où Jésus se rendait probablement. Ce voyage exige trois jours de marche. Weiss, Keil et d'autres pensent que le premier de ces trois jours fut le lendemain de celui où Jésus avait pris la résolution de partir (1.44). Mais la résolution indiquée par le ἠθέλησεν n'a certainement été mentionnée 1.44 que parce qu'elle fut exécutée au moment même. Le premier jour, selon l'interprétation naturelle du texte, est donc celui qui est indiqué 1.44 comme jour du départ. Le second est sous-entendu ; ce fut peut-être celui où eut lieu la rencontre de Nathanaël. Le troisième, les voyageurs purent arriver d'assez bonne heure dans la contrée de Cana et de Nazareth. C'était le sixième jour depuis celui où Jean avait rendu son premier témoignage devant le sanhédrin, 1.19. - On prétend connaître aujourd'hui en Galilée deux endroits du nom de Cana. L'un se nommerait Kana-el-Djélil (Cana de Galilée) et serait situé à deux heures et demie environ au nord de Nazareth ; l'autre se nomme Kefr-Kenna (village Cana) ; il est situé à une lieue et demie de Nazareth, vers l'est ; c'est là que depuis le VIIIe siècle la tradition place le fait, objet de notre récit. Depuis que Robinson a mis en vogue le premier, on opte ordinairement en sa faveur (Ritter, Meyer) ; c'est aussi l'opinion de Renan (Vie de Jésus, p. 75). Hengstenberg presque seul s'est décidé pour le second, par la raison que le premier n'est, dit-il, qu'une ruine et ne possède point une population stable, capable de conserver une tradition certaine sur le nom de l'endroit. Que serait-ce si ce nom n'était lui-même qu'une fable ?
Robinson (Palæstina u. d. angrenz. Lænder, III, p. 425, 432 et 444) raconte qu'il fut conduit par un Arabe chrétien nommé Abu Nasir, de Nazareth sur la hauteur du Wely-Ismaïl, d'où l'on a une vue magnifique sur toutes les contrées environnantes, et que cet Arabe lui montra de là, à trois lieues vers le N.-O., un endroit appelé Kana-el-Djehl, dans le nom duquel il reconnut le Cana de Galilée de notre évangile. - D'un autre côté, voici le contenu d'une note que j'ai prise à Nazareth même, le 26 sept. 1872, à la suite d'un entretien avec un Européen compétent qui nous accompagnait au Wely-Ismaïl. Il nous affirma que le nom réel de l'endroit indiqué à Robinson est Khurbet-Kana, et que ce ne fut que par politesse arabe (aus arabischer Hoflichkeit) que le guide de Robinson, cédant enfin aux questions instantes du célèbre voyageur, prononça le nom désiré de Kana-el-Djelil, qui n'existe en aucune façon dans la contrée. - Tel est également le résultat du travail publié dans Palestine Exploration Fund, No III, 1869, par J. Zeller, missionnaire à Nazareth, qui donne une description très précise des deux localités en litige. Il montre comment la tradition chrétienne s'est toujours attachée à Kefr-Kenna où se trouvent des ruines considérables qui manquent tout à fait à Khurbet-Kana puis comment une donnée du chroniqueur Sæwulf (1103), et enfin tout le récit de Josèphe (Vita, 15 et 16). conviennent uniquement à Kefr-Kenna. - Robinson et Raumer citent Quaresmius et quelques autres chroniqueurs en faveur de l'hypothèse de Khurbet-Kana. Mais c'est un fait certain que le nom Kana-el-Djelil n'existe plus aujourd'hui. Ce fait est attesté aussi par Guérin, Galilée, I, p. 475. Voir l'article très complet de Le Camus, Dictionnaire biblique de Vigouroux, fasc. VIII, 1895, p. 110-118, qui paraît décisif en faveur de Kefr-Kenna.
Dans tous les cas, la situation de Kefr-Kenna convient mieux à notre récit. Cette date : « le troisième jour, » porte en effet sur tout le morceau suivant, jusqu'au v. 11 ; c'est par conséquent le jour même de l'arrivée que le miracle doit avoir eu lieu. Or, même en n'arrivant à Nazareth que vers le soir du troisième jour, Jésus pouvait encore se rendre avant la nuit au bourg très rapproché de Kefr-Kenna, - cela eût été impossible avec le Cana de Robinson, - ou même, ce qui est plus probable, il arriva directement du sud à Kefr-Kenna, sans avoir passé par Nazareth. Si Nathanaël venait de Cana (21.2), au moment où Philippe le rencontra, il put instruire Jésus de la célébration des noces et de la présence de sa famille en cet endroit, ce qui l'engagea à s'y rendre directement. Ajoutons que le complément de Galilée, qui se retrouve 4.46 et 21.2 doit avoir été une dénomination permanente, destinée à distinguer ce Cana d'un autre endroit de même nom situé hors de Galilée (comparez Josué 19.28, l'endroit de ce nom situé sur les confins de la Phénicie). Cette dénomination n'avait de sens qu'autant qu'il y avait un seul endroit de ce nom en Galilée.
Le nom de la mère de Jésus n'est pas indiqué, non pas précisément parce que Jean le suppose connu des lecteurs par la tradition. - il aurait pu être ajouté, même dans ce cas, - mais parce que c'est en sa qualité de mère de Jésus que Marie va jouer le rôle principal dans le récit suivant. Il n'y a aucune raison fondée de supposer, avec Ewald, Weiss, Renan, que Marie fût déjà depuis longtemps établie avec ses fils à Cana. Comment Nathanaël, qui était de Cana, et Jésus ne se fussent-ils pas, en ce cas, connus avant leur récente rencontre ? et comment les sœurs de Jésus eussent-elles encore demeuré à Nazareth (Marc 6.3) ? Le fait qu'il n'est pas dit que Marie et ses fils se soient transportés à Cana à l'occasion des noces ne peut évidemment rien prouver. Les expressions du v. 1 impliquent bien plus naturellement que Marie ne se trouvait à Cana qu'à cause des noces ; comparez du reste le mot de Philippe à Nathanaël, 1.46 (de Nazareth).