La flagellation avait eu lieu dans la cour du prétoire (Marc 15.15-16), ainsi que les mauvais traitements qui avaient suivi. Dès que cette scène est terminée, Pilate sort avec Jésus. Ce spectacle ne pouvait manquer, dans sa pensée, de provoquer une intervention favorable du peuple et de lui fournir le moyen de tenir tête à la haine sacerdotale. Etrange manière cependant de prouver qu'il ne trouve en Jésus aucune faute que de lui infliger une pareille peine ! Au v. 4, Pilate veut dire : « Eh bien, vous devez le comprendre : c'en est assez maintenant. J'ai consenti à cela par condescendance pour vous : je n'irai pas plus loin ! » Le terme φορεῖν est plus grave que le simple φέρειν ; comparez Romains 13.4. Dans l'expression : Voici l'homme ! il y a un mélange de respect et de pitié pour Jésus et un amer sarcasme pour le rôle absurde que les Juifs lui imputent : « Voilà l'être misérable contre lequel vous vous acharnez ! » Mais cette fois encore le calcul de Pilate est déjoué : nulle voix ne s'élève de la foule en faveur de la victime, et il se retrouve en face de la volonté des chefs qui persistent à pousser les choses jusqu'au bout, sans se contenter de ce demi-supplice. Les concessions précédentes n'ont fait que les enhardir. Plein d'indignation et de dépit, Pilate leur dit alors : « Prenez-le, vous, et le crucifiez ! » ce qui, dans ce contexte, ne peut signifier que : « Faites-le, vous, si vous le voulez ! Je vous laisse libres : pour moi, il m'est impossible de participer à un pareil meurtre ! » Ce mouvement était noble, mais il n'en devait pas moins rester stérile ; car trois fois déjà Pilate avait déserté le terrain du droit strict, sur lequel seul il eût pu résister à la pression violente qui s'exerçait sur lui.
Naturellement, les Juifs ne pouvaient songer à user de l'impunité que leur offrait Pilate. Comment auraient-ils pourvu eux-mêmes à l'exécution ? Une fois le peuple délivré de la crainte qu'inspirait le pouvoir romain, les chefs sentaient bien qu'ils ne pourraient par eux-mêmes conduire à bien cette grosse affaire. Par une réaction subite, les partisans de Jésus pouvaient se retourner violemment contre eux et, entraînant la masse, faire tout échouer. Mesurant donc les dangers de cette offre, ils ont recours à un troisième moyen :