Ces deux versets, 17 et 18, résument très sommairement le récit synoptique. Le sujet de ils prirent est : les Juifs (v. 16a) ; c'étaient eux qui exécutaient la sentence par les mains des soldats. Il en serait autrement si les mots suivants : et l'emmenèrent, dans le T. R., étaient authentiques. Car alors le sujet serait : les soldats. - D'après d'anciens témoignages, les condamnés devaient porter eux-mêmes leur croix, du moins la pièce de bois horizontale. C'est ce que suppose d'ailleurs l'expression figurée employée par Jésus dans les synoptiques : « Si quelqu'un veut venir après après moi…, qu'il se charge de sa croix » (Matthieu 16.24 et parallèles). Jean seul mentionne ce trait des souffrances de Jésus. Il ne contredit point, en cela, les synoptiques, qui racontent que Simon de Cyrène fut requis d'accomplir cet office. Car le participe βαστάζων, portant, se lie étroitement au verbe ἐξῆλθεν : il sortit, portant. Au moment du départ, Jésus fut soumis à la règle commune. Plus tard, on craignit sans doute de le voir succomber, et on profita de la rencontre de Simon pour le décharger du fardeau. - Moïse avait interdit les exécutions capitales dans l'enceinte du camp (Lévitique 24.14 ; Nombres 15.33), et l'on était resté fidèle à l'esprit de cette loi, en mettant à mort les criminels hors de l'enceinte des villes (1 Rois 21.13 ; Actes 7.58). C'est sur cet usage qu'est fondée l'exhortation Hébreux 12.13. Ἐξῆλθεν signifie donc : il sortit de la ville. Le Saint-Sépulcre se trouve aujourd'hui assez avant dans l'intérieur de Jérusalem ; mais le mur d'enceinte peut avoir été déplacé. Le rocher encore à nu en cet endroit semble prouver que cette partie de la ville n'était pas habitée autrefois. Du reste, sur le lieu du supplice et sur celui de la sépulture de Jésus, il n'existe aucune tradition certaine[1]. - Le nom de place du crâne ne vient point des exécutions qui avaient lieu en cet endroit ; il faudrait le pluriel : endroit des crânes ; et l'on n'eût pas laissé chez les Juifs de tels restes à découvert. L'origine du nom était sans doute la forme arrondie et l'aspect dénudé de la colline. Golgotha : de גלגלת, en araméen גלגלתא, crâne, de גָּלַל, rouler. - Le mot ἐβραΐστί se trouve quatre fois dans notre évangile, deux fois dans l'Apocalypse, du reste nulle part dans tout le N. T.
La croix avait la forme d'un T. Elle était peu élevée (voir v. 29). Parfois on la couchait par terre ; on y clouait le condamné ; puis on la dressait. Mais le plus souvent, elle était affermie en terre : le condamné était amené à la hauteur convenable au moyen de cordes (in crucem tollere) ; puis les mains étaient clouées sur la pièce de bois transversale. Pour qu'elles ne fussent pas déchirées par le poids du corps, celui-ci reposait sur un billot de bois fixé au fût de la croix et sur lequel le condamné était comme à cheval. On a longuement discuté, dans les temps modernes, la question de savoir si les pieds aussi étaient cloués. Les passages des anciens cités par Meyer (voir à Matthieu 27.35) sont décisifs : ils prouvent que, dans la règle, les pieds étaient cloués. Luc 24.39 fait penser qu'il en fut ainsi de Jésus. On vivait ordinairement sur la croix une douzaine d'heures, quelquefois jusqu'au troisième jour.
Ce genre de mort réunissait au plus haut degré les douleurs et l'infamie de tous les autres supplices. Crudelissimum teterrinumque supplicium, dit Cicéron (in Verrem). L'inflammation croissante des plaies, la position contre nature, l'immobilité forcée et la rigidité des membres qui en résultait, les congestions locales, surtout à la tête, l'angoisse inexprimable résultant du trouble de la circulation, une fièvre et une soif ardentes torturaient le condamné sans le tuer. - Etaient-ce les Juifs qui avaient demandé l'exécution de deux autres condamnés, afin de rendre plus complet l'opprobre de Jésus ? Ou devons-nous voir ici une insulte de Pilate au peuple juif, figuré par ces deux compagnons de supplice de son roi ? Il est difficile de le dire.
L'écriteau :
Notes
[1] Il paraît aujourd'hui établi, entr'autres par les travaux de Schick, que le mur de la ville, au temps de Jésus, - c'est-à-dire le « second » mur, car le « troisième, » qui suivait sans doute à peu près le tracé du mur actuel, ne fut construit que sous Agrippa I (41-44), - passait au sud et à l'est du Saint-Sépulcre actuel, et laissait par conséquent celui-ci en dehors des limites de la ville d'alors. Il est certain aussi que le Calvaire traditionnel est formé par un rocher naturel où l'on constate l'existence de nombreuses grottes sépulcrales. Rien ne s'oppose donc à l'authenticité de la tradition concernant Golgotha et le tombeau de Jésus. Voir l'article de Guthe (« das heilige Grab, » dans la Realen-cyclopedie de Hauck, VII, spécialement p. 46-49), qui se prononce nettement en sa faveur. C'est également l'avis d'un juge aussi compétent que le Dr K Furrer (Zeitschr. fur neutest. Wissenschaft, 1902. p. 265) G. G.