Pilate était monté sur son tribunal pour prononcer la libération de Barabbas. Ce fut alors qu'il reçut le message de sa femme (Matthieu 27.19). Hengstenberg croit devoir placer aussi à ce moment le lavement des mains. Mais cet acte doit avoir accompagné le prononcé de la condamnation qui n'eut lieu que plus tard (v. 13 à 16). Après les deux efforts impuissants qui ont été décrits. Pilate a recours à un troisième et dernier moyen. D'après le code criminel romain la flagellation devait nécessairement précéder le supplice du crucifiement. C'est ce que prouvent une foule de passages de Josèphe et des historiens anciens[1]. Comparez Matthieu 20.19 ; Luc 18.33, où Jésus, en prédisant sa Passion, ne sépare pas de la croix la flagellation ; Matthieu 27.26 et Marc 15.13 supposent la même chose. Mais il se passe cette fois quelque chose d'étrange. Pilate ordonne le supplice du fouet, sans se prononcer encore sur la peine du crucifiement ; il ne fait pas expressément de la première de ces deux peines le préliminaire de la seconde. Il espère évidemment, en accordant cette satisfaction aux ennemis de Jésus, réveiller la pitié des plus modérés d'entre eux, ainsi que la compassion de la foule et le zèle de ses amis, et parvenir ainsi à détourner le dernier supplice. La flagellation, telle qu'elle se pratiquait chez les Romains, était une peine si cruelle que bien souvent le condamné y succombait. Le fouet était formé de baguettes ou de lanières dont l'extrémité était armée de morceaux d'os ou de plomb. Le condamné recevait les coups attaché à un petit poteau de manière à avoir le dos courbé et la peau tendue. Dès les premiers coups, le dos était mis en chair vive et le sang jaillissait. Parfois la mort suivait immédiatement[2]. - Les mauvais traitements sont uniquement le fait des soldats ; Pilate laisse faire, dans l'intention de tirer parti de ce qui se passe. - La couronne d'épines, le manteau de pourpre, la salutation, toute cette mascarade est une parodie de la royauté juive. - La plante épineuse est probablement le Lycium spinosum qui croît en abondance autour de Jérusalem et dont la tige flexible, armée de forts aiguillons, peut aisément se tresser. Le manteau rouge était un manteau commun de soldat, figurant le manteau de pourpre que portaient les rois. Ces persiflages s'adressent bien moins à Jésus personnellement, inconnu de ces soldats, qu'à la nation tout entière, méprisée et détestée des Romains. Ce sont les prétentions messianiques juives, que les soldats ridiculisent en la personne de celui qui passe pour avoir voulu les réaliser. - Ces mauvais traitements et cette flagellation sont évidemment les mêmes que ceux dont il est parlé Matthieu 27.27-31 et Marc 15.16-20 ; seulement ces évangélistes les placent après la condamnation prononcée, nous verrons pourquoi. Pilate, après avoir laissé faire, poursuit son but :
Notes
[1] Ainsi Justin (Hist. 24, 4) dit : « Le corps déchiré par les verges est cloué à la croix. » Voir Keim, III, p. 390, 391.
[2] Cicéron, dans les Verrines, emploie ces expressions : « être fouetté à mort ; » « tu mourras par les verges ; »« il fut emporté comme mort et mourut peu après » (voir Keim, III, p. 391 et 302).