En s'avançant spontanément et le premier au-devant de la troupe, Jésus a une intention que la suite expliquera. Il veut, en se livrant lui-même, pourvoir à la sûreté de ses disciples. Le mot il sortit pourrait signifier : du fond du jardin, ou du milieu de ses disciples : mais il est plus naturel d'entendre : du jardin même. Il s'avance hardiment jusqu'au-devant de la porte, tandis que ses disciples restent groupés derrière lui dans le jardin : ainsi s'explique aisément la parole du v. 26. - Le baiser de Judas, dans les synoptiques, que l'on dit incompatible avec la relation de Jean, se place naturellement au moment où Jésus, s'avançant hors du jardin, rencontre la troupe, ainsi immédiatement avant la question : Qui cherchez-vous ? Jean seul ne mentionne pas ce trait, et on l'accuse d'animosité personnelle contre Judas ! - Jésus, après avoir subi cette dernière perfidie de son disciple, se tourne vers la troupe en lui adressant la question relative à son mandat : il veut faire articuler nettement celui-ci, afin de mettre à l'abri ceux qui n'en sont pas l'objet, ses disciples. On a expliqué de différentes manières l'intercalation, à la fin du v. 5, de la remarque relative à Judas. Luthardt dit avec raison : « Ces mots sont placés entre la parole : C'est moi, et l'effet produit par elle, parce qu'ils sont destinés à expliquer cet effet. » L'impression de crainte produite sur les témoins par ce mot : C'est moi, prononcé avec majesté et qui paraissait tomber comme une menace du ciel. Cette impression ne dut être ressentie par aucun des assistants aussi vivement que par le disciple infidèle lui qui avait entendu si souvent ce même mot comme l'affirmation de la dignité unique de Jésus : ce fut de lui sans doute que l'émotion se communiqua à ceux qui l'entouraient et le suivaient. - Le même ascendant moral auquel avaient cédé les vendeurs et les changeurs dans le temple, et qui avait plusieurs fois arrêté la foule au moment de le lapider (comparez aussi Luc 4.30), fait soudain reculer la troupe, et ce brusque mouvement de la part des premiers cause la chute d'un certain nombre d'entre ceux qui les suivent. Il n'y a pas là un acte direct de la toute-puissance de Dieu renversant ces gens, mais il serait tout aussi faux de n'y voir qu'un effet accidentel. Ce résultat était voulu de la part de celui qui le produisait. En leur faisant sentir ainsi sa puissance, Jésus voulait leur montrer qu'il y aurait danger pour eux à dépasser leur mandat et assurer par là la retraite de ses disciples. On voit combien Weiss se trompe en ne voyant dans un tel miracle qu'un prodige d'exhibition. - Puis, d'un ton plus doux, qui engage les huissiers à s'approcher de nouveau, Jésus les interroge une seconde fois ; et après qu'il leur a encore une fois fait constater que c'est lui, et lui seul, qu'ils ont mission d'arrêter, il se livre en stipulant la liberté de tous les siens. C'est alors que s'accomplit la belle image dont s'était servi Jésus 10.12 : le berger voit venir le loup, et il ne s'enfuit pas, parce qu'il prend soin des brebis. Il s'agissait non seulement de la conservation, mais du salut même des disciples. Jean le sentit bien, et c'est ce qui explique la remarque du v. 9. L'exemple de Pierre, du plus courageux d'entre eux, montre qu'une arrestation eût été pour tel des apôtres, à ce moment, le signal d'une profonde chute, peut-être d'un reniement irréparable. Et Jésus, qui avait dit au Père : « J'ai veillé sur ceux que tu m'as donnés, et aucun d'entre eux ne s'est perdu » (17.12), devait remplir jusqu'à la fin cette sérieuse tâche. Tout cela fait sourire Reuss de pitié. Il ne voit dans l'application que l'auteur fait ici de cette parole, qu'une preuve de sa disposition à « caresser le double sens ; » il demande même si Jésus, en rendant compte à Dieu du soin qu'il avait eu de ses disciples, « aurait sous-entendu qu'il prendrait soin de ne pas les laisser passer la nuit suivante au corps de garde. » Pour nous, cette citation nous paraît instructive. Nul ne peut supposer que Jean ignorât le sens spirituel de la parole de Jésus 17.12 : « J'ai gardé ceux que tu m'as donnés, et aucun d'eux ne s'est perdu ; » et néanmoins il l'applique ici à un fait matériel, qui concernait sans doute, mais d'une manière indirecte, le salut des disciples. Il y a là un exemple propre à nous faire voir la manière large dont nous devons traiter les citations scripturaires en général.
Versets 10 et 11 : L'essai de défense de Pierre.