Jésus ne répond pas directement ; mais la réponse ressort de ce qu'il va dire. Il possède certainement une royauté : toutefois cette royauté n'est pas de nature à inquiéter Pilate. - L'expression ἐκ τοῦ κόσμου, de ce monde, n'est pas synonyme de ἐν τῷ κόσμῳ, dans ce monde. Car le règne de Jésus se réalise et se développe certainement ici-bas ; mais il ne tire pas son origine d'ici-bas, de la volonté humaine et de la force terrestre. Jésus en donne pour preuve la manière dont il s'est lui-même livré aux Juifs. Ses serviteurs sont cette foule d'adhérents qui l'avaient entouré le jour des Rameaux, et non pas seulement comme l'entendent Lucke, Luthardt, des êtres hypothétiques : « les serviteurs que j'aurais dans ce cas » Le sens de Bengel, Stier : les anges, n'eût pu être entrevu par Pilate. - On a essayé de donner à νῦν, maintenant, un sens temporel : « Mon règne n'est pas maintenant de ce monde, mais il en sera autrement plus tard. » Mais, à l'avènement du Seigneur, son règne ne sera pas plus de ce monde qu'aujourd'hui. Maintenant doit être pris, comme souvent, dans le sens logique : il oppose la réalité, toujours actuelle, de la vérité au non-être de l'erreur. - Pilate s'était certainement attendu à une simple dénégation. Sa réponse exprime la surprise. Le sens de la particule ουκουν, si on l'accentuait οὔκουν, serait : certainement pas. Pilate dirait : « Tu n'es certainement pas roi, » avec ou sans point interrogatif. Mais la réponse de Jésus : « Tu le dis, » par laquelle il s'approprie, en le réaffirmant pour son compte, le contenu de la parole de Pilate, parle en faveur de l'accentuation οὐκοῦν, pas… donc. « Elle n'est donc pas fausse, la prétention que l'on t'impute ? » - La formule d'affirmation employée par Jésus : Tu le dis, est étrangère au grec classique et même à l'A. T., mais elle est fort usitée chez les rabbins. Son sens ne saurait être celui que veut lui donner Reuss (Hist. évang., p. 676) : « C'est toi qui dis que je suis roi ; moi je suis venu au monde pour rendre témoignage… : » ce qui signifierait simplement : Je suis non point un roi, mais un prédicateur de la vérité, un prophète. Il eût fallu nécessairement dans ce sens un mais, pour opposer le dire de Jésus à celui de Pilate. Du reste le sens de la formule : Tu le dis, est connu ; comparez Matthieu 26.64. - Ὅτι pourrait signifier : vu que : « Tu le dis avec raison, vu que je le suis réellement. » Cependant il est plus naturel d'expliquer cette conjonction dans le sens de que : « Tu (le) dis bien, que je suis roi. » L'importance de l'idée fait que Jésus sent le besoin de la formuler de nouveau expressément. - Hengstenberg sépare entièrement de cette déclaration les paroles suivantes, qu'il applique uniquement à la charge prophétique de Jésus-Christ. Mais il est bien évident que Jésus veut expliquer par ce qui suit dans quel sens il est roi. Il vient faire la conquête du monde, et pour cela sa seule arme est de rendre témoignage à la vérité : son peuple se recrute de tous les hommes qui s'ouvrent à la vérité. Le premier des deux ἐγώ, moi, consécutifs, qui se lisent dans le T. R., doit être retranché. Jésus n'a certainement pas dit : « Je suis roi, moi. » Les deux εἰς τοῦτο, pour cela, portent sur le ἵνα (afin que) suivant, contrairement à la traduction d'Ostervald Arnaud : « Je suis né pour cela (être roi) et… » - « Je suis né » se rapporte au fait de la naissance, qui lui est commun avec tous les hommes, tandis que les mots : « Je suis venu dans le monde, » font ressortir la mission spéciale en vue de laquelle il est apparu ici-bas. C'est son œuvre de prophète qui est le fondement de sa royauté. La vérité, la révélation de Dieu, voilà le sceptre qu'il promène sur la terre. Ce mode de conquête que Jésus dévoile ici à Pilate était l'opposé de celui par lequel s'était formée la puissance romaine, et Lange fait ressortir avec beaucoup de raison que, comme 12.25 renfermait le jugement du génie grec, cette déclaration de Jésus à Pilate renferme celui du génie romain par l'Evangile. - L'expression être de la vérité rappelle 3.21 ; 7.17 ; 8.47 ; 10.16, etc. Elle désigne la disposition morale à recevoir la vérité et à se mettre sous sa sainte puissance quand elle se présente vivante en la personne de Jésus-Christ. Par le mot quiconque, Jésus s'adressait, non plus seulement à la conscience du juge, mais aussi à celle de l'homme, dans Pilate (Hengstenberg).