La résidence ordinaire du gouverneur était Césarée ; mais il se rendait à Jérusalem dans les temps de fête. Pilate aimait à déployer en ces occasions, aux yeux du peuple, le faste de la majesté romaine. Philon (Leg. ad Caïum) le représente comme un homme orgueilleux, opiniâtre, intraitable. Cependant, il est probable que le fanatisme des Juifs fut aussi pour beaucoup dans les démêlés qu'ils ne cessèrent d'avoir avec lui. « Tous les actes de Pilate qui nous sont connus, dit Renan, le montrent comme un bon administrateur. » Ce portrait est un peu flatté ; mais il est confirmé en partie par le tableau que Josèphe lui-même a tracé de son gouvernement, Antiq. XVIII, 2-4. - Οὖν, donc : en conséquence de ce que les Juifs ne voulaient pas entrer chez lui.
La réponse des Juifs à Pilate (v. 30) est habile ; elle est dictée par deux motifs : d'un côté ils cherchent à conserver la plus grande part possible de leur ancienne autonomie, en demeurant au fond les juges et en laissant à Pilate le rôle de bourreau ; et, d'autre part, ils craignent aussi sans doute de ne pas réussir auprès de lui avec leurs griefs politiques et religieux. La manœuvre était bien combinée. Mais Pilate les comprend : il refuse la position qu'on veut lui donner. Il joue serré avec eux. Entrant en apparence dans leur pensée, charmé qu'il est de trouver un moyen de se débarrasser de l'affaire, il leur répond sans hésiter : « Très bien ! Puisque vous voulez être seuls juges du procès, soyez-le ! Emmenez l'accusé et le punissez vous-mêmes (ὑμεῖς, v. 31), bien entendu dans les limites de votre compétence. » Le sanhédrin avait en effet certains droits disciplinaires, comme d'excommunier, de faire fouetter, etc. Il n'avait nul besoin de Pilate pour appliquer ces châtiments : seulement ce n'était plus la mort. Plusieurs interprètes ont pensé que Pilate les autorisait réellement à mettre Jésus à mort, mais avec cette réserve sous-entendue : « Si vous le pouvez et l'osez » (Hengstenberg). Mais c'est faire dire à Pilate oui et non tout à la fois. 19.16 ne prouve rien en faveur de ce sens, comme nous le verrons.
Cette réponse ne faisait pas le compte des Juifs : car il voulaient à tout prix que Jésus fût mis à mort. Elle les force donc à faire l'aveu de leur dépendance, au moins à cet égard (v. 31). Et cette circonstance paraît significative à l'évangéliste (v. 32) ; car, s'ils eussent été leurs propres maîtres ou s'ils se fussent laissé entraîner, comme plus tard dans le meurtre d'Etienne, à agir comme s'ils l'étaient encore, Jésus aurait subi la peine juive et non le supplice romain : il eût été lapidé ; c'était le châtiment des faux prophètes d'après le Talmud (voir Westcott). Mais il n'eût pas été élevé au haut de cette croix, d'où, par son calme, sa soumission, sa patience, son pardon, son amour, il attire incessamment tous les hommes à lui, comme il l'avait annoncé à l'avance (3.14 ; 8.28 ; 12.32) ; quelle différence avec le supplice tumultueux de la lapidation ! Comparez 19.36-37.
La seconde position prise par les Juifs :