Le verbe ἐξῆλθε, il sortit, est ordinairement appliqué au départ de la salle du repas. Voir à 14.31. A nos yeux, lié directement, comme il l'est, au régime πέραν τοῦ χειμάρρου, au-delà du torrent, ce verbe signifie plutôt : « Il sortit de la ville pour passer le torrent. » C'est ce que reconnaît de Wette, lors même qu'il admet avec tant d'autres que les discours ch. 13 à 17 ont été prononcés dans la salle du repas. - La leçon reçue qui est celle du Vaticanus, de la plupart des Mjj. et Mnn. et d'Origène, est τῶν Κέδρων et signifierait : « le torrent des cèdres ; » ce serait évidemment une erreur de Jean : car le nom de Cédron vient de קדרון (Kidron), noir (eau noire). Aussi dans Josèphe le nom Κεδρων est-il un nominatif singulier (par exemple χείμαρρος Κεδρῶνος, Antiq. VIII, 1, 5). La leçon du Sinaït. et du Cantabrig. est Κέδρου, du cèdre. Il est évident que ces deux leçons sont le fait de copistes dont les uns ont conformé le substantif à l'article (en remplaçant Κεδρων par Κεδρου), les autres l'article au substantif (en remplaçant τοῦ par τῶν), et que la vraie leçon, en apparence très invraisemblable, est celle de l'Alexandr. et du Sangallensis (appuyés par Syrsin, les Vss. gothique et arménienne, et Augustin), τοῦ Κεδρών, qui seule explique aisément les deux autres. Westcott, pour l'honneur du Vatic., maintient la leçon τῶν Κέδρων, en en appelant à une légende du Talmud de Jérusalem, d'après laquelle il y aurait eu quelques cèdres sur le mont des Oliviers : Tischendorf, pour l'honneur du Sinaït., τοῦ Κέδρου. Voilà ce que peut faire le parti pris. La même variété de leçons se retrouve dans plusieurs Mss. de l'A. T. (LXX) : voir 2 Samuel 15.23 et 1 Rois 15.13. - Le torrent de Cédron prend sa source à une demi-lieue au Nord de Jérusalem et va se jeter au Sud dans la mer Morte après un cours de 6 à 7 lieues. Il est ordinairement à sec pendant neuf mois de l'année : depuis plus de 20 ans, nous disait-on en septembre 1872 à Jérusalem, on n'y a pas vu un filet d'eau. Son lit est au fond de la vallée de Josaphat, entre la colline du temple et la montagne des Oliviers. Après avoir passé le petit pont sur lequel on traverse ce lit desséché, on trouve sur la droite un emplacement planté d'antiques oliviers, que l'on prétend être le jardin de Gethsémané. Aucune raison valable, quoi qu'en dise Keim, ne s'oppose à la vérité de cette tradition. Le mot πολλάκις, souvent, au v. 2, pourrait ne s'appliquer qu'aux jours précédents ; mais il est plus probable qu'il se rapporte aussi aux séjours antérieurs de Jésus à Jérusalem. Ce jardin appartenait sans doute à des amis de Jésus. Il servait ordinairement de rendez-vous au Seigneur et à ses disciples (συνήχθη, l'aoriste de répétition, d'habitude : il s'était réuni…), lorsqu'ils s'en retournaient de Jérusalem à la montagne des Oliviers et à Béthanie et qu'ils voulaient éviter de traverser tous ensemble les rues de la ville. Comparez Luc 21.37 ; 22.39. - Le terme σπεῖρα désigne toujours dans le N. T. (Matthieu 27.27 ; Actes 21.31) et dans Josèphe, la légion ou une partie de la légion romaine qui occupait la citadelle Antonia, à l'angle nord-ouest du temple. Un détachement de soldats romains avait paru nécessaire pour soutenir les gens du sanhédrin. Marc 14.2 prouve qu'on redoutait en effet un soulèvement en faveur de Jésus : et l'on avait par cette raison dû requérir les ordres du gouverneur. Ce détachement était commandé par le tribun lui-même, le chiliarque, mentionné au v. 12. L'article ἡ, « la cohorte, » désigne la cohorte connue : et s'il paraît indiquer la présence de ce corps de troupe tout entier (600 hommes), il faut voir là ou une expression populaire ou une manière de parler que justifie la présence du commandant en chef. Les synoptiques ne parlent pas de cette escorte. Cependant le message de la femme de Pilate, raconté par Matthieu, prouve que, dès la veille, le gouverneur avait eu à s'occuper de cette affaire, circonstance qui confirme la participation de la troupe romaine à l'arrestation. Keim tourne ce récit en ridicule, en parlant ironiquement d'une demi-armée ; cette mauvaise plaisanterie reste à son compte. Bæumlein et d'autres ont combattu l'application du terme σπεῖρα à la garnison romaine et ont pensé qu'il s'agissait seulement de la garde du temple. Mais le sens constant de ce mot ne comporte pas cette explication. - Les ὑπηρέται, huissiers, sont, comme 7.32,43, les sergents du temple. C'étaient eux qui avaient proprement le mandat d'arrêter Jésus. La cohorte romaine devait uniquement leur prêter main-forte en cas de résistance. Le v. 10 montre que des valets appartenant aux maisons des grands-sacrificateurs s'étaient aussi joints à la troupe. - Le sens des mots φανοί et λαμπάδες est discutable. Le premier nous paraît désigner plutôt des lanternes ; le second, des flambeaux de résine. Tout cet attirail : « des lanternes et des flambeaux et des armes » (à remarquer les καί, et), jette, par son inutilité même, une sorte de ridicule sur cette scène. On craint que Jésus ne se cache, et il se livre volontairement (v. 4), ou qu'il ne se défende… : mais à quoi ces armes eussent-elles servi, s'il eût voulu user, de sa puissance (v. 6) ?
Versets 4 à 9 : La rencontre de Jésus avec la troupe.