Dans toute cette prière, Jésus appuie ses demandes sur ce fait qu'il a déjà commencé ce dont il sollicite l'achèvement. De là le ἐγώ, moi, placé en tête. - Quelle est la gloire dont Jésus a déjà fait don aux siens et par laquelle il a posé le fondement de l'unité qu'il réclame ? Chrysostome et aujourd'hui Weiss entendent par là le pouvoir glorieux de soutenir leur ministère apostolique par des miracles. Mais ce signe extérieur n'a rien de commun avec la sphère intime dans laquelle se meut ici la pensée de Jésus. Comment un résultat comme celui qui est énoncé par le ἵνα, afin que, suivant, proviendrait-il d'un pouvoir miraculeux, phénomène extérieur, passager et individuel ? Hengstenberg entend par ce terme de gloire la participation des fidèles à l'unité du Père et du Fils ; mais cette explication conduit à une tautologie avec la proposition suivante. De Wette, Reuss, Meyer, Wahle l'appliquent au règne à venir, et voient dans le terme donner une propriété uniquement de droit ; mais c'est là anticiper sur le sens du v. 24. Jésus part au contraire au v. 22 d'un fait déjà accompli, pour en faire le point de départ d'un bien à venir (v. 23) qui précédera la gloire finale (v. 24). Nous lisons, v. 24, que la gloire de Jésus consiste à être l'objet éternel de l'amour du Père ; la gloire qu'il a communiquée aux fidèles, c'est donc d'être devenu par la foi ce qu'il est, lui, par essence, les objets de ce même amour divin ; comparez v. 23 (que tu les as aimés comme tu m'as aimé) et v. 26. Cette gloire, qui est celle de l'adoption, Jésus l'a communiquée aux siens en amenant les choses à ce point que Dieu peut, sans offusquer sa sainteté, reporter sur eux l'amour qu'il a pour Jésus lui-même. On comprend par là la proposition suivante : Afin qu'ils soient un, comme nous [sommes] un. Cet amour du Père dont ils sont tous en commun les objets, les unit étroitement entre eux et fait d'eux tous une famille dont Jésus est le Frère aîné (Romains 8.29 ; Ephésiens 1.10).
Les premiers mots du v. 23 rappellent encore (dans une proposition simplement juxtaposée à la précédente : « afin qu'ils soient un comme nous ») le mode de cette unité : Dieu vivant en Christ. Christ vivant dans chaque fidèle, et cela afin que soit atteint le terme d'une parfaite unité et qu'apparaisse l'organisme de l'humanité consommée en Dieu. - Le but de cette unité admirable est que le monde reconnaisse. Ce mot n'est pas sans doute synonyme de croire, v. 21. Le terme reconnaître renferme avec la foi des fidèles (v. 21) la conviction forcée des rebelles. Il s'agit de l'hommage universel, volontaire ou involontaire, rendu à Christ, tel qu'il est décrit Philippiens 2.10 ; Romains 14.10-12. Tout l'univers rend hommage à l'envoyé divin qui, en transformant les croyants à sa propre image, a réussi à les faire aimer, comme il est aimé lui-même. - Ainsi est préparée l'indication du terme suprême des voies de Dieu envers l'Eglise de Christ, sa participation à la gloire du Fils de Dieu :