Jésus a recommandé à Dieu l'auteur et les instruments de l'œuvre du salut ; il prie maintenant en faveur de l'objet de cette œuvre, le corps des croyants. L'Eglise apparaît ici élevée par la foi à l'unité avec Dieu, et rendue par là capable de contempler et de partager la gloire du Fils. C'est la réalisation de la destination suprême de l'humanité qu'il contemple et demande, le contenu de cette « sagesse cachée que Dieu avait prédéterminée avant les siècles pour notre gloire » (1 Corinthiens 2.7). Il ne s'agit donc pas seulement, comme on le croit souvent, de l'union des chrétiens entre eux, mais avant tout de l'union qui en est le fondement, celle du corps des croyants avec Christ et, par lui, avec Dieu lui-même. C'est cette sublime unité que Jésus oppose à celle du monde dans ce qui suit. La vraie leçon est certainement le participe présent, πιστευόντων, les croyants, et non, comme lit le T. R. presque sans autorités, le futur πιστευσόντων, ceux qui croiront. Ces croyants ne sont pas sans doute les fidèles au moment où Jésus prie, puisque ceux-là avaient cru par sa parole et non par celle des apôtres. Mais il se représente tous les croyants, absolument parlant. Il les voit en esprit, ces fidèles de tous les temps et de tous les lieux, et, par sa prière, il les réunit en un seul corps et les transporte en quelque sorte dans la gloire. En français, ce présent ne peut se rendre d'une manière tout à fait exacte. Aux yeux de Reuss, ce participe présent prouverait que c'est l'évangéliste qui parle et non Jésus. C'est prêter une grande maladresse à un si habile compositeur. - Les derniers mots assignent à l'enseignement apostolique un rôle capital dans la vie de l'Eglise. Jésus ne reconnaît, dans l'avenir, de foi capable d'unir l'homme à Dieu et de le préparer à la gloire, que celle qu'enfantera et qu'alimentera la parole de ces onze. Le terme de parole (λόγος) ne désigne pas seulement, comme pourrait le faire celui de témoignage (μαρτυρία), la narration des faits évangéliques : il renferme aussi la révélation du sens religieux et moral des faits : c'est le contenu des épîtres aussi bien que celui des évangiles. On ne parvient réellement à la foi en Christ (εἰς ἐμέ, à moi), dans tous les temps, que par cet intermédiaire. Comment Reuss peut-il conclure de ce passage que les apôtres n'ont d'autre privilège vis-à-vis des autres croyants que celui de la priorité ? Cette parole leur assigne précisément une place unique dans la vie de l'Eglise. Tout enseignement capable de produire la foi ne peut être qu'une reproduction du leur. - Les versets suivants présentent l'objet de la demande sous la forme d'un but à atteindre par cette prière même (ἵνα, afin que) ; le v. 21 désigne ce but en lui-même : le v. 22 dit ce que Jésus a déjà fait pour qu'il puisse se réaliser ; le v. 23 le montre parfaitement atteint. - Il me paraît que la première proposition du v. 21 est formée uniquement des mots : afin que tous soient un, qui indiquent l'idée générale ; puis, que la proposition : comme toi, Père…, dépend du afin que suivant, par une inversion semblable à celle de 13.34. Il y a ici une reprise explicative : « Afin qu'ils soient un : afin, dis-je, que, comme toi, Père…, eux aussi soient en nous. » Cette construction n'a pas le caractère traînant de celle qui fait dépendre le comme du premier afin que. Après avoir demandé l'unité générale des croyants (tous), Jésus la décrit comme une unité de l'ordre le plus élevé : elle partage la nature (καθώς) de celle du Père et du Fils. Comme le Père vit dans le Fils et le Fils dans le Père, ainsi le Fils vit dans les croyants et, en vivant en eux, il les unit étroitement les uns aux autres. Au lieu de : « afin qu'ils soient un en nous quelques Mjj. lisent : « afin qu'ils soient en nous. » On peut dire que le contexte réclame l'idée de l'unité des fidèles et que le petit mot ἑν s'est aisément perdu dans le ἑν ἡμῖν qui précède. Cependant l'idée ne réclame pas impérieusement ce mot. C'est en étant en Christ et par lui en Dieu (en nous) que les fidèles se trouvent vivre les uns dans les autres. Ce qui les sépare, c'est ce qu'ils ont de propre dans leurs vues et leurs volontés ; ce qui les unit, c'est ce qu'ils ont de Christ et par là de divin en eux. Il est clair que cette habitation de Christ et par conséquent de Dieu en eux est l'œuvre de l'Esprit, qui seul a la puissance de faire tomber la barrière entre les personnalités, sans les confondre. - Un pareil organisme, fonctionnant sur la terre, est une apparition si nouvelle que sa vue doit être un moyen puissant d'amener le monde à la foi en celui de qui il procède. C'est ici le contenu du troisième afin que, qui est subordonné aux deux précédents et en indique le but final. Le mot croire n'est jamais pris dans le N. T. autrement que dans un sens favorable (sauf Jacques 2.19 qui se rapporte à un cas tout particulier). Il ne peut donc désigner une conviction forcée, telle que celle que l'on peut trouver dans Philippiens 2.10 et suiv. Jésus ne veut pas dire sans doute que le monde entier croira ; ce serait en contradiction avec ce qu'il a dit du monde 15.20,22,24. Il faut se rappeler qu'il s'agit d'un but, qui peut ne pas être atteint pour tous. En tout cas, Jésus déclare que dans le monde étranger à Dieu il se trouve encore des éléments capables d'être gagnés à la foi. Et ce que la vue d'un phénomène local et passager, comme celui de la primitive église à Jérusalem, a produit chez le peuple juif (Actes 2.44-47), ce même spectacle, agrandi, ne le produira-t-il pas un jour, sur une plus grande échelle, dans le monde entier ? Peut-être même Jésus pense-t-il plus spécialement à la conversion des Juifs à la fin des temps, lorsqu'ils verront l'Eglise réalisée dans toute sa beauté chez les païens. Au ch. 15, v. 18-20, le mot monde désigne avant tout le peuple juif. Cette supposition est confirmée par les mots : que c'est toi qui m'as envoyé, c'est-à-dire : « que moi, ce Jésus de Nazareth qu'ils ont rejeté, suis réellement l'Envoyé promis qu'ils attendaient. » Romains 11.23-31. Comparez 1 Jean 1.3 ; Ephésiens 4.13. - Après avoir présenté à Dieu ce but digne de son amour, Jésus rappelle, v. 22, comme aux versets 4, 6, 14, 18, comment il a préparé lui-même l'œuvre dont il réclame l'achèvement, et au v. 23 il décrit sa glorieuse consommation.